LE MERLE ET LE VER-LUISANT
I EîfDANT une nuit assez sombre, Tout fier de son étoile, un jeune ver-luisant Se pavanoit dans l'épaisseur de l'ombre, Et s'enivroit d'orgueil, en se considérant. Sur ce globe, où chacun m'admire avec justice, Je ne vois rien , dit-il , de comparable à moi ; Des insectes je suis le roi :
Eh ! qui d'entre eux pourroit entrer en lice , Quand mon empire est si bien affermi ? Est-ce l'active abeille, ou la sobre fourmi? Ces orbes éclatants qui versent la lumière , Pour briller empruntent mes feux ; Et l'astre qu'adore la terre, N'est que le ver-luisant des ciëux.
Gomme il parloit, d'une branche voisine Un merle fond soudain, et gobe l'orgueilleux. Ton éclat cause ta ruine, Pauvre insecte !... Moins lumineux, Tu pourrois vivre, enseveli sous l'herbe : Que je te plains d'être né si superbe! L'obscurité t'eût rendu plus heureux.