‹ uvres choisies de DoratChapitre 97 sur 142 · LE LUSTRE ET LA LAMPE · texte numérisé non relu

LE LUSTRE ET LA LAMPE

Auprès d'une lampe enfumée, Un lustre fort brillant, mais tant soit peu brutal,

Faisant sonner ses boules de cristal, Déployoit sa splendeur, vantoit sa renommée. Peu faite au ton d'un tel voisin, L'autre bien modeste, au contraire, Dans un petit coin noir se tapit , mais en vain ; Pour échapper elle a beau faire.

Va-t'en , fuis ; tu me fais horreur, Dit mon fat à l'humble veilleuse :

Comment oses-tu, malheureuse, Paroître aux pieds de ma grandeur?

Vois-tu jaillir mes étincelles ?

On attache mes diamants Aux lambris fastueux des belles ; Et chacun de mes mouvements Semble suspendre au-dessus d'elles Des feux et des astres mouvants.

Parmi les guirlandes de Flore J'orne les fêtes des amants :

Je préside aux enchantements De Cornus ou de Terpsichore, Et trompe la marche du temps.

La lampe lui répond : Après tant de merveilles , Quels titres vous citer ? vous seul les avez tous : Je n'ai jamais brillé pour vos aimables fous; Mais j'éclairai les doctes veilles Des Racines et des Corneilles :

On donne un bal sans moi; le Cid s'est fait sans vous.

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