POEME EN QUATRE CHANTS
:i36 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
Une nuit que Phébus » jaloux de les entendre, A Finsu de Téthys, près d^elles vint se rendre , La sensible Érato voulut chanter lamour ; Pour la tendre amitié Calliope eut son tour; Et la vive Thalie, au folâtre sourire , Joignit son luth badin à leur touchante lyre. Permesse, impatient d*écouter leurs concerts, S arrête, et Taquilon n ose troubler les airs.
Mes sœurs , dit Érato , si je romps le silence,
G est Amour qui le veut ; tout lui doit la naissance ;
Vous-mêmes lui devez la lumière des deux ;
Les dieux ont fait le monde , Amour a fait les dieux.
Parmi vous cependant sa flanmde est condamnée; Mais craignez-vous TAmour conduit par l'Hyménée? Pour deux tendres époux je demande vos pleurs. Hélas ! peindre lamour c'est peindre des malheurs ; Orphée eu est la preuve, et mou récit l'expose; Mais je dois de ses maux vous retracer la cause. O mes sœurs, gardoiis-nous d'ofienser les amants, Il est, il est des dieux qui vengent leurs tourments.
Dans ces riants vallons où le fleuve Pénée Promène entre des fleurs son onde fortunée , Poursuivi du destin , un berger demi-dieu Avoit dit à ces bords un éternel adieu. Aristée est son nom : loin de ce doux rivage ,
CHANT PREMIER. aSy
Pleurant ses doux essaims que la Parque ravage, Aristée égaroit ses pas et ses douleurs : Aux sources du Pénée il accourt tout en pleurs ; Et là y tendant les mains vers ces grottes profondes : • O Cyrène, ô ma mère , ô nymphe de ces ondes , Du plus brillant des dieux si j ai reçu le jour, Si vous êtes ma mère, où donc est votre amour? Eh! que m'importe, hëlas! cette illustre origine , Si les Destins jaloux ont juré ma ruine ? Est-ce là ce bonheur que vous m aviez promis ; Cet Olympe où les dieux attendoient votre fils ? Un seul bien ici-bas ( mes abeilles si chères ! ) Eût de mes jours mortels adouci les misères ; C etoient les plus doux fruits de mes soins assidus; Et vous êtes ma mère, et je les ai perdus ! Cruelle ! de mes pleurs ne soyez point avare ; Au sein de mes agneaux plongez un fer barbare ; Et que mes jeunes ceps expirent sous vos coups , Si le bonheur d'un fils arme votre courroux. »
Gyrène , assise au fond de sa grotte azurée.
Entend le bruit confus d'une plainte égarée ;
Ses nymphes lentouroient : sur leurs fuseaux légers
Brille un lin de Milet teint de 1 azur des mers.
Là sont en foule Opis , Glaucé , Pyrrha , Néère ,
Cydippe, vierge enqor, Lycoris déjà mère ;
Nésé , Spio , Thahe , et Dryope , et Naïs
(liCurs blonds cheveux flottoient autour d un sein de lis).
a38 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
, Xanthe, Éphir, jeunes sœurs, filles du vieux Nérée, Ceinte dor, Tune et T-autre, et d'hermines parée; Et l'agUe Arédiuse , abjurant le carquois , Et la jeune Clyméne à la brillante voix.
Pour charmer leurs loisirs» Clyméne, au milieu d'elles. Leur chantoit de Vénus les amours infidèles , Les iloux larcins de Mars , les fureurs de Vulcain , Et ses réseaux, tissus d'un invisible airain. Les nymphes, en filant, écoutoient ces merveilles. Quand un lugubre cri frappe encor leurs oreilles. Cyrène , en pâlissant, tremble à ce cri fatal. Chaque nymphe se trouble en son lit de cristal ; Leur immobile effiroi garde un morne silence. Plus prompte que ses sœurs, Arédiuse s'élance, Et , jetant ses regards sur la face des eaux, Lève sa tète humide et ceinte de roseaux; Et de loin : « O Cyrène I ô mère infortunée ! Ton fils!... il est en pleurs aux sources du Pénée; Il te nomme barbare. » A ces tristes récits : «Va, cours, vole , Aréthuse ; amène-moi mon fils ; Il a droit de descendre en nos grottes sacrées. »
Elle dit : à sa voix les ondes séparées , Se courbant tout-à-coup en mobiles vallons. Reçoivent Aristée en leurs gouffres profonds. Il s'avance, étonné, sous ces voûtes liquides, Admire avec effroi ces royaumes humides,
CHANT PREMIER. %3g
Tous ces fleuves grondant sous leurs vastes rochers , Et la source du Nil, inconnue aux nochers , Et THébre , et le Gaî'que , et le Phase , et le Tibre , Orgueilleux d'arroser les champs d'un peuple libre ; L'Hyppanis à grand bruit sur des rocs écumant. Et le mol Ânio s'écoulant lentement, Et FÉridan fougueux qui, dans les mers profondes, Précipite en grondant le tribut de ses ondes.
Quand il a pénétré ces liquides palais, Gyrène, en lembrassant, calme ses vains regrets ; Chaque nymphe, à l'envi , sert le jeune Aristée. Les unes, sur ses mains, versoient Fonde argentée; Un Un blanc les essuie ; et d autres à ses yeux Ofifroient les coupes d-or, les mets délicieux. Mais Cyrène : « 0 mon fils , que cette liqueur pure Coule pdur FOcéan, père de la nature.
Pour les nymphes des bois , des fleuves et des mers. » Elle dit;.Fencens fume et les voeux sont offerts. Trois fois le vin se mêle aux flammes odorantes ; Trois fois la flamme vole aux voûtes transparentes.
« O mon fils, dit Cyrène, à ce présage heureux. Non loin des flots d'Egée est un devin fameux ; C'est Fantique Prothée aux regards infaillibles. Sur des coursiers marins il fend les mers paisibles. Il court vers FÉmathie, et côtoyant nos ports De Palléne déjà son char touche les bords.
24o LES VEILLÉES DU PARNASSE.
G est l'oracle des mers : les dieux lui font connoltre Et tout ce qui n'est plus , et tout ce qui doit être. Ainsi le veut Neptune ; et lui seul, sous les eaux, Fait paître de ce dieu les énormes troupeaux. Il sait de vos malheurs la source et le remède : Mais par de longs soupirs c'est en vain qu'on lobséde; Son oracle est le prix de qui l'ose dompter ; Cest lui que votre audace enfin doit consulter. Moi-même, dès que l'astre, embrasant l'hémisphère, Aux troupeaux altérés rendra l'ombre plus chère. Je veux guider vos pas vers l'antre où le vieillard , Loin du jour et des mers, se repose à l'écart C'est là que le sommeil invite à le surprendre. Chargez-le de liens ; mais, prompt à se défendre, A vos yeux , sous vos mains, il se rou^e en torrent, Gronde en tigre irrité, glisse et siffle en serpent. Dresse, en lion fougueux, sa crinière sanglante. Et tout-à-coup échappe en flamme pétillante ; Mais plus le dieu mobile est prompt à s'échapper, Plus de vos nœuds pressants il faut Tenvelopper. Vaincu , chargé de fers, qu'il vous rende Prothée. »
D'ambroisie à ces mots parfumant Aristée, Cyrène lui souffla l'espoir d'être vainqueur ; Ses membres respiroient l'audace et la vigueur.
Dans les flancs caverneux d'un roc battu de l'onde. S'ouvre un antre ; à ses pieds, le flot bouillonne et gronde;
Biais il creuse à Fentour deux golfes , dont les eaux Loin des vents orageux accueillent les vaisseaux. Le vieillard, de ce roc aime le frais et lombre ; Gyrène y met son fils vers le flanc le plus sombre, Et se dérobe au fond de son nuage épais.
Déjà lastre du jour, enflammant tous ses traits , Des fleuves bouillonnants tarit lume profonde, Et du baut de sa course il embrase le monde ; Des feux du Sinus tout Pair est allumé,
Prothée alors, nageant vers Fantre accoutumé.
Voit les monstres , autour de sa grotte sauvage ,
D'une rosée amère inonder le rivage ,
Et dans sa grotte assis, loin des feux du soleil,
Compte ses lourds troupeaux que presse un lourd sommeil .
A peine il s endormoit, que le fils de Cyrène S^élance, jette un cri , le saisit et Tenchaine. Prothée, en s*éveillant, s'agite dans ses fers; Et, surpris des liens dont ses bras sont couverts, Rappelant de son art les merveilles en foule, Tigre, flamme, torrent, gronde, embrase, s'écoule. Vains efforts ! et cédant au bras victorieux, A lui-même rendu, sa voix l'annonce aux yeux. « Que me veut ton audace, ô jeune téméraire? Et qui te fait tenter ma grotte solitaire? »
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a43 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
« Divin pasteur des eaux, tu le sais mieux que moi ; Mes revers et les dieux guident mes pas vers toi : Parle, j'attends mon sort de ta bouche sacrée. »
Prothée alors frémit; sa prunelle égarée
Roule un bleuâtre éclat dans ses yeux menaçants,
Et sa bouche au Destin prête ces fiers accents :
« Les dieux soat irrités : leur courroux légitime
N'égale point encor ton supplice à ton crime.
Du sein des morts Orphée arme ces dieux vengeurs.
Souviens-toi d'Eurydice enlevée à ses pleurs:
Tu poursuivais la nymphe ; hélas ! son pied timide
Foule un serpent caché sur la rive perfide ;
Il l'atteint ; elle expire : à douleurs 1 ô regrets !
Ses compagnes en pleurs font gémir les forêts.
Du Rhodope attendri lés rophers soupirèrent ;
Dans leurs antres sanglants les tigres la pleurèrent.
« Mais lui , belle Eurydice, en des bords reculés , Seul et sa lyre en main , plaint ses feux désolés : Cest toi quand le jour naît , toi quand le jour expire, Toi que nomment ses pleurs, toi que chante sa lyre. Mais que ne peut l'amour! Orphée, aux sombres bords, Ose tenter, vivant, la retraite des morts. Ces bois noirs d'épouvante , et ces dieux e£Eroyables , Aux larmes des humains toiyours impitoyables. Il chante ; tout s'émeut , et du fond des enfers Les mftnes accouroient au bruit de ses concerts.
Tels , quand d'un soir obscur grondeut les noirs orages , D umombrables oiseaux volent sous les ombrages , Telles autour d*Orphée enrôlent de toutes parts Les ombres des héros, des enfents, des vieillards, Et ces fils qu'au bûcher redemandent leurs mères, Et ces jeunes beautés à leurs amants si chères : Peuple léger et vain , que de ses bras hideux Presse neuf fois le Styx qui mugit autour d eux. De FÉrébe à sa voix les gouffires tressaillirent ; Sur leur trône de fer les Parques s'attendrirent ; L'Euménide cessa d'irriter ses*serpents , Et Cerbère retint ses triples hurlements.
« Déjà l'heureux Oiphée est vainqueur du Ténare ; Il ramène Eurydice échappée au Tartare; Eurydice le suit ( car un ordre jaloux Défend encor sa vue aux yeux de son époux). Mais , 6 d'un jeune amant trop aveugle imprudence ! Si l'enfer pardonnoit , 6 pardonnable offense ! Orphée impatient, troublé, vaincu d'amour. S'arrête, la regarde, et la perd sans retour. Plus de trêve, Pluton redeopiandç sa proie, Trois fois le Styx avare en murmure de joiiS. Mais elle : Àhl cher autant, quel aveugle transport, Et nous trahit tous deux, et me rend à faumort! Déjà le noir sonuneil flotte sur ma paupière, Déjà je ne vois plus tes yeux ni la hunière ; Orphée! un ^ieu jaloux m'entraine malgré moi,
Et je te tends ces mains qui ne sont plus à toi.
Adieu !.. L'ombre à ce mot fuit comme un vain nuage.
Son amant veut encor la suivre au noir rivage ;
Mais comment repasser le brûlant Phlégéthon?
Gonunent fléchir deux fois l'inflexible Pluton?
Quels pleurs, ou quels accents lui rendroient son épouse?
L'ombre pâle est déjà dans la barque jalouse.
« Sur les bords du Strymon déplorant ses revers , Orphée erra sept mois en des rochers déserts. Aux tigres , aux forêts , il conta ses disgrâces : Les tigres, les forêts, gémirent sur ses traces. Telle pleurant, la nuit, sur un triste rameau, Ses fils, sans plume encor, ravis dans leur berceau, Philoméle, charmant les forêts attentives , Traîne ses longs regrets en cadences plaintives. Ah! depuis qu'Eurydice est ravie à ses feux. Nul amour, nul hymen, ne flattent plus ses vœux. Son désespoir Tégare ; il franchit dans sa course Ces monts afireux où luit le char glacé de l'Ourse : il pleuroit ses amours, hélas! deux fois trahis. Quand tout-^-coup, ô rage! ô forfaits inouïs! Les Bacchantes en foule assiégeant le Riphée, De leurs jalouses mains déchirèrent Orphée, Lui percèrent le cœur de leurs thyrses sanglants. Et semèrent au loin ses membres palpitants. Dans l'Hébre impétueux sa tète fîit jetée; Mais tandis qu'elle erroit sur la vague agitée.
Ses lèvres , qu'Eurydice animoit autrefois , Et sa langue glacée et sa mourante voix , Sa voix disoit encore : O ma chère Eurydice ! Et tout le fleuve en pleurs répondoit Eurydice ! »
A ces mots tout4t-coup élancé dans les mers , Prothée a disparu sous les flots entr ouverts.
a46 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
( Après une transition , pour amener son rédt, Calliope raconte un trait d'amitié consacré par Virgile, Enéide, liy. IX.)
NISDS ET EDRYALE.
Nisus, épris de gloire et cherchant les combats, DlÉnée aux bords du Tibre avoit suivi les pas. Nul guerrier ne sut mieux , d'une adresse intrépide , Darder le javelot , lancer le trait rapide: Ida l'avoit nourri pour le métier de Mars ; Tout jeune il y perçoit les monstres de ses dards. A ses soins vigilants , dans Tabsence d'Énée , D'une porte du camp la garde fut donnée.
Là veîUoit Euryale, enfant plein de valeur, Le charmant Euryale en sa première fleur. Gomme on voit deux palmiers, déKces d'un rivage, Réunir leurs rameaux, confondre leur ombrage; Us sélévent ensemble, et de leiu-s fronts naissants Ils vont chercher TOlympe et défier les vents : Tels ces jeunes guerriers, réunissant leurs armes, Cherchoient la gloire ensemble, et voloient aux alarmes.
CHANT SECOND. 2i^
Inséparables cœurs, prodiges d*àinitié!
Le même {x>sle encor leu* étoit confie.
Quand Nisus tout^-ooùp : « Est-ce un dieu qui m mspire,
0 mon cher Euryale 1 ou de ce qu'il désire
Notre cœur aveuglé se feroit*il un dieu ?
Je frémis du repos ; je sens qu'un noble feu
A quelque grand exploit appelle mon courage.
L'ennemi dans son camp repose sans ombrage.
Vois ces feux presque éteints, ces postes négligés.
Et leurs soldats épars dans l'ivresse plongés;
La plaine au loin se tait d'ombres enveloppée.
Tiens, voici le projet dont mon ame est firappée.
Tumus au camp troyen va fondre avec le jour ;
Chefs, soldats, tous d'Énée implorent le retour;
Tous voudroient que du moins un guerrier plein de zélé
De son camp menacé lui portât la nouvelle :
Ami, ce sera moi, s'ils t'en donnent le prix;
Je ne veux que l'honneur de l'avoir entrepris.
Je sais vers ce coteau quelle route écartée
Me conduira dans l'ombre aux murs de Pallantée. »
Amoureux de périls et de gloire enflammé: « Quoi, Nisus ! c'est ainsi qu'Euryale est aimé ! Tu veux sans moi, cruel, affironter les alarmes! Crains-tu d'associer mon courage à tes armes? Sur ma jeune valeur as-tu quelques soupçons ? Aurois-je de mon père oublié les leçons?
Toi-même oublierois-tu que Mars, dans nos mm^es, Entoura mon berceau d^armes, de funérailles? Depuis que nous servons sur ces bords étrangers, M'as-tu vu près de toi pâlir dans les dangers ? Ce cœur brave la mort : ce cœur qui t*est fidèle Paieroit de tout son sang la gloire qui t'appelle. »
« Ami, répond Nisus, garde-toi de penser
Que d'un pareil soupçon je veuille t offenser.
Et toi, grand Jupiter, vous tous, dieux que j'implore!
Accordez-moi de vaincre et de le voir encore.
Dieux ! qu'un si doux moment paieroit bien ma valeur!
Mais si le sort jaloux me gardoit un malheur
(Car aux coups hasardeux tu sais qu'il en arrive),
Je prétends qu'à mes jours ton amitié survive.
Ta vie est dans sa fleur, je dois la ménager :
Vis donc ! et si ce n'est , hélas ! pour me venger,
Du moins pour racheter et poser dans la tombe
Le corps de ton ami, si ton ami succombe.
Ou, si Ion m'envioit un si triste bonheur.
Qu'au moins d'un vain tombeau je te doive l'honneur.
Ciel ! et j'exposerois une tête si chère !
Et dans ce deuil affreux je plongerois ta mère.
Ta mère, hélas ! qui seule , en ces bords ennemis,
Malgré les flots et Mars voulut suivre son fils ! »
« Cesse, dit Euryale, un obstacle funeste.
Je te suivrai ; partons , les dieux feront le reste. »
Il dit : leur veille passe à deux guerriers voisins. Le couple impatient se livre à ses destins. Sur les pas de Nisus Euryale s'élance ; Vers la tente dlule ils marchent en silence.
La nuit du haut des airs verse le doux sommeil ; Tout dort. Seuls , près d'Iule, en un secret conseil Veilloient du camp troyen tous les chefs invincibles ; D^une main appuyés sur leurs piques terribles, De l'autre ils soutenoient leurs pesants boucliers. L'absence de leur roi &it gémir ces guerriers : Â travers l'ennemi , quel généreux courage Pourroit jusqu'au héros se frayer un passage? Qui l'osera ? Soudain les deux braves amis S'annoncent au conseil , demandent d'être admis : Iule avec transport voit leur impatience, L'accueille, et par ces mots Nisus rompt le silence :
c Magnanimes Troyens, soyez-nous indulgents; En faveur du projet, faites grâce à nos ans. Jeunes, mais occupés de la cause commune. Nos regards , cette nuit , épioient la fbrtmie. Le Rutule est vaincu de sommeil et de vin : Vers la porte du camp dont Neptune est voisin. En un double sentier la route se partage ; Leurs feux n'y veillent plus , et livrent ce passage. Si vous nous permettez de nous saisir du sort , Par cette route, ouverte à notre heureux efifbrt.
25o LES VEILLÉES DU PARNASSE.
Nous allons, nous trouvons le roi dans Pàllantée; Il en sort ; Fennemi sous sa main indomptée Tombe: nous revenons sanglatits, victorieux; Demain avec le jour Énée est en ces lieux. Et la route ne peut égarer notre audace ; Cent fois , dans ces vallons , entraînés par la chasse , De Pallantée, au loin, nos yeux virent les tours, Et du fleuve et du bois nous savons les détours. »
Le vieux, le sage Aléthe, ému, saisi de joie: . « Grands dieux I s'écria-t-il, dieux protecteurs de Troie! Oui, vous aimez encor ses restes malheureux , Puisque vous leur donnez de ces cœurs généreux ! »
A ces mots, le vieillard les serre, les embrasse, Les baigne de ses pleurs : « Jeune et vaillante race ! Dun service si grand quel sera le loyer? Votre cœur et les dieux peuvent seuls vous payer; Mais comptez sur les dons d*un héros magnanime. Sur la reoonnoissance étemelle, unanime De son fils , et d un peuple à qui votre grand cœur Va rendre avec Énée et la vie et Thonneur. »
a Oui , dit le jeune Iule , oui , rendez à mes larmes Un héros qui peut seul dissiper nos alarmes. Au nom de tous les dieux , de ma race adorés , Au nom de Vesta même et de ses feux sacrés , Volez, braves amis, c'est en vous que j'espère,
CHANT SECOND. aSi
Et je vous devrai tout , si je vous dois mon père. Nisus , je te pnmiets deux beaux vases gravés, Par mon père vainqueur dans Arisbe enlevés^ Deux trépieds» deux talents, la coupe d or antique , Ridie don que me fit cette reine d'Afrique ; Mais si nous parvenons à l'empire latin , Si jamais , triomphant , je préside au butin ^ N as-tu pas de Tumus , quand il vole aux alarmes , Vu le coursier superbe et les brillantes armes? Eh bien ! ce que tu vis , ces afmes » ce coursier, Sa cuirasse d'argent , son riche bouclier. Et ce beau casque d'or quW aigle dW couronne, Dès ce moment, Nisus, à toi seul je les donne. Mon père ajoutera douze jeunes beautés , Avec douze captifs par lui-même domptés. Ce champ, de Latinus aujourd'hui l'héritage, Ce champ, n'en doute pas « sera dans ton partage. Pour toi , bel Ëuryale , enfant déjà héros , Puisque le sort voulut presque unir nos berceaux, Je veux que désormais une chaîne commune Nous unisse de cœur, de gloire, et de fortune. »
« Prince, si je survis à ces nobles essais. On ne me verra point démentir leurs succès : Mais, poursuit Euryale, à ces dons que j'honore. Daignez joindre une grâce , hélas 1 plus chère encore ^ Tai, seigneur, une mère ! et jusqu'en ces climats Son amour inquiet a suivi tous mes pas ;
Digne sang de nos rois dont elle est desœndue, Rien n^a pu retenir sa tendresse éperdue. Mi l'amour qu'elle doit aux rivages troyens. Ni les bienfaits d'Aceste aux bords siciliens. Son cœur a tout quitté ! Maintenant je la laisse, Et lui cache un péril, affreux pour sa tendresse; Je lui dérobe , hélas ! ma vue et mes adieux ; Je pars sans Tembrasser: car j atteste les dieux Que jamais... non, jamais mon ame déchirée Ne soutiendroit l'aspect d'une mère éplorée ! Dans ce triste abandon, seigneur, daignez la voir; Consolez sa douleur, flattez son désespoir; Mon cœur vole aux dangers avec plus d'assurance, Si j'obtiens en partant cette douce espérance. »
A ces vœux d'un guerrier noblement ingénus, A ce touchant discours, tous les Troyens émus Fondent en pleurs : sur-tout le jeune fils d'Énée D'une amère douleur a Famé consternée ; Et l'image d'un père est vivante à ses yeux.
« Poursuis , cher Euryale, un projet glorieux. Je promets tout : je his ma mère de la tienne ; Il ne lui manquera que le nom de la mienne. Le seul nom de Creuse! et c'est assez pour moi Que son sein ait produit un enfant tel que toi. Je fais plus : que le sort soit propice ou contraire (J'en jure par ma tête et celle de mon père),
Ces prix que t*eût donnés mon cœur reconnoissant, Je les donne à ta mère, à tous ceux de ton sang. »
Il dit, et dWe main, de ses larmes trempée. Se dépouillant alors de sa superbe épée. Captive dans Tivoire, étincelante dor, Il en arme Euryale , en l'embrassant encor.
Au valeureux Nisus, Mnesthée aussi présente D'un lion qu'il dompta la dépouille efirayante : Alétbes avec lui change de bouclier, Et d'un casque bruni charge son front guerrier.
Le couple armé s'éloigne : une foule attendrie Pleure et les recommande aux dieux de la patrie. Iule, qui les suit dans ces derniers instants, Leur confioit encor des ordres importants ; Vains bruits que faquilon disperse dans la nue !
Us volent; le camp fuit, la plaine est disparue; La nuit les fieivorise, et d'un pas hasardeux Aux postes ennemis ils pénétrent tous deux.
Que de sang va couler sous leur main vengeresse ! Leurs yeux trouvent par-tout le sommeil et l'ivresse. Les chars loin des coursiers , les guides sous les chars. Coupes, armes, soldats, confusément épars.
a54 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
« Void lestant du glaive , et voilà notre route, DitNisus, le fer nu; viens, Euryale, ëooute; Veille sur l'ennemi qui peut m envelopper ; Vois tout, observe tout ; c'est à moi de frapper, Et ce fer va t'ouvrir une assez large voie. »
Il dit, se tait, et frappe, et Rhanmès est sa proie. Du superbe Bhamnès les membres assoupis Reposoient mollement sur de riches tapis. Dans les flots de son sang sa vie est étouffée, Quand sa boucbe à grand bruit respiroît tout Morphée; Roi devin qui n^a pas su deviner sa mort. Trois esclaves du prince en partagent le sort Nisus dévoue au glaive et Fécuyer de Rhéme, Et le guide du char entre les coursiers même : De leur ipattrô égorgé la tête, en bondissant, Roule , inonde et son lit et la terre de sang. Lamyre, tu péris ! et toi , Sarrane encore. Toi qui devois au jeu veiller jusqu'à laurore. Malheureux ! tu cédas aux charmes du sommeil, Mais, à peine assoupi, la mort fut ton réveil.
Gomme un lion , pressé par une faim brûlante , Attaque dans ses murs la nation bêlante; Il ravage, il déchire, il tratne avec fureur Ce peuple mol et doux, et muet de terreur; Sa gueule en feu rugit de carnage trempée : Tel Nisus dans le sang abreuvoit son épée.
CHANT SECOND. aSS
Mais le fier d'Euryale , ivre d'un beau courroux , Ne s'est point signalé par de moins nobles coups : Il entasse le meurtre, et son glaive dévore Hébès, FaduSf Abar, qui sonuneilloient encore. Rhœtus, seul éveillé ^ voyoit tout; et sa peur STétoit feit d un grand vase un asile trompeur : Sa tête, qui déjà se croyoit échappée, Et se relevoit, tombe au même instant frappée; Le Rutule abattu roule, et dans les sanglots Vomit le vin, le sang, et la vie à longs flots.
Euryale s'élance , et sa fougue imprudente Veut encor de Messape ensanglanter la tente. Il marche à la p&leur de ces feux presque éteints , Près des coursiers épars, sans conducteurs, sans freins. Mais Nisus Farrétant : « C'est assez de carnage, Craignons le jour ; volons par ce noble passage. » Il dit : du seul honneur leur courage affiimé Laisse un riche butin sur la terre semé ; Quand de Rbamnès, hélas ! et l'écharpe fatale. Et le baudrier d'or vient tenter Euryale. Malheureux Euryale! aveuglé du destin, Tu saisis vainement ce funeste butin !
L'imprudent ! il y joint le casque de Messape; Ce casque, dont l'aigrette et l'invite et le fînppe, Sur sa tête superbe étincelle un moment, De ce liront enchanteur dangereux omement I Enfin du camp £Eital ils ont franchi l'enceinte
a56 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
Cependant accouroient , semant au loin la crainte, Vers ce camp malheureux, sur d'agiles coursiers, En bruyant escadron, trois cents braves guerriers: Volcens est à leur tête ; et de loin , parmi l'ombre Dont le casque brillant perçoit l'horreur moins sombre , Il croit voir deux guerriers qui, vers le bois voisin, S'échappoient : il accourt , il les voit, et soudain : « Arrêtez ! arrêtez, jeunesse fugitive ! D'où vient , où va , que veut votre course ftutive ? Arrêtez ! répondez ! » Muet, le couple fuit , Se jette dans le bois, espère que la nuit Les sauvera du moins sous ses ombres mourantes. Et dans les longs détours des routes différentes. Volcens, qui veut fermer toute issue à-la-fbis, Divise l'escadron, le sème autour du bois ; Bois sombre, antique ombrage, où la plus noire yeuse Verse un deuil étemel sous sa feuille ennuyeuse. Et qui , d'épais buissons par*tout entrelacés, N'offrent qu afi&*eux sentiers de ronces hérissés.
Euryale troublé, que sa proie embarrasse, Du sentier de Nisus vient de perdre la trace; Il s'égare : Nisus, le croyant sur ses pas. Vole, et trompe, en fuyant, Volcens et le trépas. Il vole; il a firanchi, dans sa course rapide. Les bords des lacs Albains et leur source limpide : Il touche au doux rivage , à ces vallons si beaux Où du roi Latinus paissent les grands troupeaux.
CHANT SECOND. aSy
Plein de joie, il s'arrête. O surprise fatale ! U regarde, et son œil cherche en vain Euryale. « Imprudent ! qu'ai-je fait ! O jeune infortuné ! Cher ami ! quoi ! Nisus t auroit abandonné ! »
Il ne dit pas , il vole ; il revoit ces bois sombres , Lasse tous les sentiers , perce toutes leurs ombres , Et demande Euryale à leur muette horreur. Tout-à-coup il entend un bruit plein de terreur, Des coursiers, des soldats , et cette voix si chère ! Il s'élance, il franchit la forêt solitaire ; Il voit son Euryale, ô dieux trop inhumains ! Surpris et non vaincu , se débattre en leurs mains.
Ah ! comment le ravir au fer qui le menace? Que peut son désespoir, sa force , son audace ? Ira-t-il se jeter parmi les glaives nus, Et rejoindre, en mourant, Euryale et Nisus?
Soudain dW bras terrible il prend son arc fidèle. Et regardant les deux : « O lumière immortelle I Brillant honneur des nuits, Diane! entends ma voix. Si ton arc me fut cher, si j adore tes lois, Viens ravir ce que j*aime a des mains meurtrières, Viens diriger le vol de mes flèches guerrières ; Abandonne à mes traits cet escadron nombreux , Fais voler et la fîiite et la mort avec eux ! »
a58 LES VEILLÉES DU PARNASSE.
Il dit y et, ployant 1 arc d'une main aguerrie, Lance un trait qui fend Tombre , et siffle avec furie : Il frappe au cœur Sulmon ; le Volsque chancelant Tombe, et sous son coursier se débat tout sanglant. L'escadron en frémit, et cherche en vain la trace: Nisus, dont le succès encourage laudace, Saisit, lance avec force un de ses traits aigus, Et d'une tempe à l'autre en va percer Tagus; La cervelle blanchit la flèche ensanglantée; Et ce coup fidt pâlir la troupe épouvantée.
L'afireux Volcens rugit; et, son ardent courroux
Ne sachant où porter la fureur de ses coups,
Il regarde Euryale, et d'un ton plein de rage.
Le bras levé : « Ton sang va payer ce carnage. »
A ce mot, à ce geste , à la lueur du fer,
Pâle, troublé, Nisus vole, et d'un cri fend Tair :
« Moi! c'est moi ! j ai tout fait, frappez votre victime;
Celui-ci n'a voulu ni pu faire le crime ;
J'en atteste ce ciel , cette nuit et ces feux !
Son crime est d'aimer trop un ami malheureux ! •
En vain prioit Nisus; l'inexorable épée Du beau sang d'Euryale étoit déjà trempée ! Il tombe, et de ses traits que la mort a pâlis Un long ruisseau de pourpre ensanglante les Us. La Parque appesantit cette tête charmante : Tel se courbe un pavot que l'orage tourmente.
CHANT SECOND. aSg
Ou qui , du soc fiital cm passant déchiré , Penche languissamment son front décoloré.
Dieux ! que devient Nisus à ce spectacle horrible !
Il se plonge au milieu de Fescadron terrible :
Dans ses rangs hérissés de glaives menaçants,
Son fer ne voit, ne suit, ne cherche que Volcens.
Près de Volcens en vain sa troupe resserrée
0£Ere à Nisus par-tout une mort assurée;
Nisus roule son glaive en cercle foudroyant ,
Se fait, dans leurs rangs même, un passage effrayant,
Joint Thorrible Volceps, lui plonge avec furie
Son glaive dans la bouche au moment qu'il s'écrie.
Nisus, percé de coups, tombe, mais en vainqueur. Et sur son Euryale expire avec douceur.
36o LES VEILLÉES DU PARNASSE.
(Aventure de Faune avec Hercale et Omphale, tirée du livre n des Fastes d'Ovide.)
FRAGMENT
« Mes sœurs y vous triomphez, et Thalle est en pleurs, Dit ThaUe elle-même en essuyant des larmes Qui voiloient de ses yeux les riantes douceurs ; Cependant la tristesse est contraire à mes charmes : La plainte, la douleur, même un air sérieux M^enlaidit, quand des pleurs embellissent vos yeux. Permettez donc, mes sœurs, que la vive ThaUe Oppose à vos douleurs quelque aimable foUe;
Qu a vos tristes et tendres chants Je mêle des récits plus gais et moins touchants. »
La belle reine de Lydie Et le fameux Alcide encor dans son printemps. Déjà héros, mais héros de vingt ans , Voyagèrent de compagnie.
CHANT TROISIÈME. a6i
L'Amour, dit-on, marchoit à leur côté; Il suivoit la valeur, il suivoit la beauté ;
Mais , quoique Amour, il fîit sage ,
Car le seul but du voyage Étoit, le croiriez-vous? un saint pèlerinage Au temple de Bacchus, et le couple amoureux Vouloit arriver piu-, aussi pur que ses vœux. Quand on a ce projet, le plus sur, ce me semble. Pour deux amants, n est pas de voyager ensemble.
Ceux-ci pensèrent autrement.
Les voilà qui, tous deux, cheminent lestement, Gonune bons pèlerins qu'un même vœu rassemble ; L'une en reine daignant traverser ses états ; L'autre en galant héros , vengeur de ses appas.
Quel temps ? un ciel d'azur ; quel chemin ? tout de roses ; Et l'Amour voyageant peut-il voir autres choses?
Ainsi par des sentiers de fleurs.
Dans la campagne lydienne,
S'avançoieut nos deux voyageurs.
Quand d'une colline prochaine Faune, qui va toujours cherchant quelques minois, Grâce à l'espiègle Amour, voit celui de la reine : Le voir c'est l'adorer. « Adieu, nymphes des bois , Vous qu'honoroient mes feux , vous qu'embellit mon choix , Adieu, vous dis-je, adieu; voici ma souveraine. Eh! quelle autre seroit digne de mes désirs? Cette reine charmante aura tous mes soupirs. »
Qui rit? ce fut Amour. Flamme mal assortiie Souvent au dieu malin plait mieux que sympathie.
Eh ! comment ne riroit-il pas?
Il voit Faune sur la colline ,
Qui déjà miroit ses appas Dans le cristal mouvant d'une source voisine ,
Et se disoit tout bas :
« Quelle reine, en effet» ne rendroit pas les armes A ce front, à ce teint bruni, mais plein de charmes? Deux cornes , il est vrai, mais faites par TAmonr, De ce front enchanteur sont un nouvel atour. O combien mes rivaux vont ressentir d'alarmes ! Je n*ai point d'Adonis l'insipide langueur, Mais ces membres velus annoncent ma vigueur : Ces yeux vifs , pétillants , ces oreilles mobiles , Ces pieds un peu fourchus , mais lestes, mais agiles,
Ne sont pas d'un amant commun.
Non , Faune , ton amour ne peut être importun. « Faune de (ttre.
Amour de rire.
Et de lancer encore au dieu qull a blessé Un nouveau trait , un trait plus insensé.
Mes sœurs, rappelez-vous la £uneuse toilette Du berger Polyphème aux bords de l'onde assis.
Ayant à ses pieds sa houlette Faite d'un grand sapin qu'il arracha jadis ; Taillant avec amour sa barbe, ses sourcils.
CHANT TROISIÈME. a63
Pour 9a gentille bergerette :
Vous aurez Timage complète De celle du dieu Faune en ses tendres soucis.
Faune en cet art valoit bien Polyphème ; Omphale valoit mieux que l'amante. d'Acis. Eh ! que! cœur ri est jaloux de plaire à ce qu^il aime ?
Oui , de son cœur Faune avoit pris leçon :
Ce que 1 art prête à la nature Pour embellir une aimable figure , Faune l'emploie à sa façon.
Une ronce épineuse en ses mains a la gloire De remplacer la dent du frêle et blanc ivoire : Il doit sa tresse au lierre tortueux , Qu'il entrelace avec ses crins hideux.
Sur son front, hérissé de poil rude et sauvage. En couronne champêtre il ajoute un feuillage; Puis de l'épaule au flanc il décore son sein
D'un mobile tissu de roses, Que sa main pétulante efïeuille à peine écluses , Et qui doivent servir son amoureux dessein.
Ainsi paré, brillant, beau conune l'Amour même,
Rien ne manque plus à ses vœux
Que de conquérir ce qu'il aime ;
Mais c'est là le point hasardeux :
Car, par quel heureux stratagème En pourra-t-il jouir à l'insu d'un rival
Jaloux , toujours présent , et tant soit peu brutal?
Ces soins rouloient dans son ame agitée :
Il remet donc Omphale à la nuitée ;
Car à Vénus la nuit porte conseil :
Mais que ses yœux vont presser le soleil !
Omphale cependant , par les Grâces parée ,
Objet, sans le savoir, de vœux impatients,
Paimi de beaux valions et des bosquets riants,
Lentement s avançoit, pareille à Cythérée.
Sur sa tète éclatoit le feu des diamantsi:
En bouquets sur son sein des fleurs sembloient édore ;
Et de leurs mains Zéphire et Flore Sans doute avoient tissu ses légers vêtements. Qui sur elle flottoient ^ replis ondoyants.
(Le reste man<iue.)
FRAGMENT