‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 99 sur 177 · A L'OCCASION DE L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES · texte numérisé non relu

A L'OCCASION DE L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES

Quoi ! toujoiu*s d'un frondeur la maligne tristesse Viendra mêler son fiel à mes plèûrs d'alégresse, Quand mon cœur s'applaudit de voir un jeune roi Descendre vers son peuple, et l'élever à soi!

« Mais pourquoi ces 'conseils, ces ressdurces suprêmes « Qu'on ne devroit tenter que dans les maux extrêmes? « A-t-on à réparer les pertes d'un combat ? « L'ennemi frappe-t-il aux portes de Tétat? »

Non ; et grâce à Louis , une paix triomphante ' Nous fait goûter les biens que ls( victoire enfante : Neptune et FAmérique ont vu briser' leurs fers ; Et le monde lui doit la liberté des mers.

ÉPiTBES. 227

A lombre de nos lis , tranquille et fortunée , D'olives par ses mains TEurope est couronnée. Source de nos destins, deux astres radieux , Gages toujours présents de la faveur des dieux, Loin du vaisseau public rqpoussent les tempêtes; Ils régnent sur nos cœurs et brillent sur nos tètes. Vergennes , apaisant Torageuse Albion Et des trônes rivaux Tardente ambition.

Tient au char de la Paix la Discorde attachée.

Mais sais-tu de Tétat la blessure cdchée? La France est un colosse, assemblage confus De principes discords et d'antiques abus : L'erreur suivant Terreur combleroit la mesure. Pesant de toutes parts sur sa grandeur future, Treize siédes chargés d'une foule de rois Ont fait pour son bonheur d'insuffisantes, lois. Il fout que la sagesse, il faut que le génie, Dans ce chaos immense enfantent l'harmonie.

Ne cesseras-tu point , frondeur injurieux , De me nier un mal invisible à tes yeux? Le hibou peut-il voir de son regard timide Ce que l'aigle et Galonné ont vu d'un œil rapide? Souvent Tœil d'Esculape , au sein de la beauté , Voit un gerane de mort où rioit la santé. Un état peut languir au milieu de sa gloire: .C'est un vainqueur mourant sur son char de victoire ;

C'est un chêne pompeux qui sèche au bord des eaux,

Quand un suc nourrissant n'atteint plus ses rameaux.

Les foiblesses d un roi , les erreurs d'un ministre,

Du roi qui leur succède héritage sinistre.

Du trône le plus beau sapent le fondement;

Et Tempire ébranlé s'écroule lent^nent.

Des subsides cruels le système varie;

Le fleuve coule encor, mais la source est tarie.

Ouvre du moins les yeux, homme injuste et jaloux;

Il Ëiut voir tous les maux pour les réparer tous.

Cest alors qu'un esprit sagement téméraire. Immolant au public le pouvoir arbitraire. Ose à la nation confier ses projets, Et joint d un nœud sacré le prince et les sujets. O spectacle enchanteur, digne de notre hommage ! D'une inunense fiunille intéressante image , Où d'un chef paternel la tendresse et les soins Consultent ses enfants sur leurs propres besoins ! Bon peuple, il ne veut pas s'enrichir de tes larmes!

Vous ne reviendrez plus, jours d'horreurs et d'alarmes Où l'état présentoit à nos yeux éperdus Le luxe et la misère ensemble confondus ! Quand des fils de Plutus la barbare industrie Osoit boire dans l'or les pleurs de la patrie , On vit des malheureux , pâles et décharnés. Paître et disputer l'herbe aux troupeaux consternés.

ÉPITRES. aag^

Souvent de nos sénats la plaintive éloquence A voulu réparer les malheurs de la Fomoe*

Citoyens assemblés par un roi citoyen.

Conseil de la patrie , et son noble soutien,

Vous ne trahirez point l'attente généreuse

D*un roi qui veut par vous rendre la France heureuse.

Dun si noble devoir soyez fiers et jaloux:

Laissez de vils serpents siffler autour de vous ;

Et tous ces ennemis de Tétat et d eux-méme

Lancer le ridicule, ou vomir le blasphème.

Fuyez sur-tout , fuyez de stériles débats ;

Que le bonheur public naisse de vos combats.

Ainsi des éléments les discordes fécondes

Font, sous l'œil étemel, l'équilibre des mondes.

L'ignorance, obstinée à ses vieilles erreurs, Vous oppose l'usage et de vaines terreurs : Louis a de leur joug brisé la tyrannie; Sa prudence s'éclaire au flambeau du génie.

Un roi sage ressemble au sage agriculteur, Qui, de ses champs divers fidèle observateur, . Enfin consultant mieux et l'art et la nature, Corrige les abus d'une aveugle culture; Et le sol, ranimé par des efibrts puissants, Prodigue des trésors sans cesse renaissants.

23o ÉPITRES.

La richesse n'est point aux mines de Golconde;

Elle est aux champs heureux que le travail féconde.

L'Espagne a trop connu Tindigence de l'or.

Le sol de la patrie est son premier trësor.

L'or s'épuise; et jamais la terre inépuisable

N'a reiusé ses dons à l'homme infatigable.

Louis , tout jeune encore, a tracé de ses mains '

Ces fertiles leçons aux champêtres humains.

O quel riche avenir à mes yeux se révèle l * La France va briller d'une splendeur nouvelle. Je vois dans tous nos ports la fertutie accourir. L'abondance, les arts, le commerce fleurir, Le crédit refermer ses antiques blessures. L'or couler désormais par des routes plus sûres, La cabane échapper aux fardeaux rigoureux , L'indocile frondeur s'étonner d*étre heureux ; Et, pour couronner tout, un vœu naïf et tendre* Que le vers ne dit point, que l'ame doit entendre,

* On sait qae Louis XVI, dans sa première jeunesse, traça hiiméme quelques sillons dans le parc de Versailles. Cet hommage qu*il a rendu à l'agriculture rappelle celui que le souverain da plus grand empire de TAsie rend tous les ans à ce premier des arts. ( Note de fauteur, )

' Personne n'ignore ces divines paroles de Henri IV : Si Dieu me donne encore de la vie, je ferai quil n^ aura point de laboureur en mon royaume tjui nait moyen d'avoir une poule dans son pot. On avoit reproche à notre poésie de n'avoir pas consacré encore un vœu si touchanL ( ^ofe de Vauteur, )

Ce vœu qu'un bon monarque avoit jadis formé. S'accomplir sous le toit du laboureur charmé.

Digne sang de Henri, pui3-je te meconnottre? Que dis-je? il vit encor, et Sully va renaître

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