LIVRE PREMIER
Lisbonne , queb objets fiinébres Le jour dévoile à tes regards !
Tes yeux regrettent les ténèbres; Le soleil chadbe tes remparts :
Il voit des mères intrépides A travers les flammes avides Saisir des berceaux embrasés :
Du jeune époux la veuve expire; Le vieiUard fait, tombe, soupire , Et meurt sur ses fils écrasés !
Leur roi , plein d'un tixmble fimeste , Revoloit vers ces murs chéris ; Un peuple emmt» un folùAe reste L'environne en poussant des cris :
Elle'nest plus !... L'horreur farouche A ces mots a glacé leur bouche; Leur silence peint ses malheurs :
Il lève en frémissant la vue ; Et sur Lisbonne disparue Il égare ses yeux en pleurs.
Les cris , le désespoir, les larmes
D'un peuple cher et malheureux
RepasscHent avec les alarmes
Dans son cœur tendre et généreux.
A la mort la nuit joint ses ombres ;
Roi, peuple, erroient sur ces bords sombres.
i8 ODES.
La terre mugit à Fentour :
Famille auguste et gémissante , Un gouffre , la mort, Fépouvante y Quel palais ! quelle horrible cour !
Le jour et les besoins renaissent ; La faim ranime ses tourments.
L'abyme , les feux reparoissent ; L*œil cherche en vain des aliments.
Leur bouche se nourrit de plainte ; Dans les pleurs la soif est éteinte ; Leur roi veille et gémit sur eux :
Sa pompe irrite sa misère ; Sa grandeur lui semble étrangère , Et son sceptre un poids douloureux.
Tufîis, Lisbonne! 6 sort barbare !
Tu n'es plus que dans nos regrets !
Un gouffre est lliéritier avare De ton peuple et de tes palais :
Tu n'es à la vue alarmée Qu'une soUtude enflammée Que parcourt la mort et l'horreur :
Un jour les siècles , en silence , Planant sur ton cadavre inmiense , Frémiront enoor de terreur.
Tel un sapin , dont les ombrages