LIVRE PREMIER. Sg
Va, sous les colonnes d'Alcide, De Cadix noyer les remparts.
Toi , qui grondes sur ces rivages , Mer! si tu connois la pitié, Épargne au moins dans tes ravages L'objet de ma tendre amidë.
Hélas! aux rives du Permesse, Le même âge, la même ivresse.
Autrefois emporta nos pas 1 Les Muses!... Quel destin bizarre, Quelle divinité barbare T enlève à jamais de leurs bras ?
Reviens. . . la mer s'élance. . . Arrête ! Vois , crains , fuis ces flots suspendus ! Ils retombent !. .. Dieux ! la tempête L'entraîne à mes yeux éperdus.
Divin Racine ! ombre immortelle !
Ton fils... il expire, il t appelle; Volez, Muses, Grâces, Amours, Volez ! sa bouche vous implore ; Toi, déesse plus chère encore.
Amitié ! vole à son secours.
Quels lauriers ceindront sa jeunesse, S^il peut vaincre un destin jaloux ?
Que ses vertus et ma tendresse ,
6o ODES.
O mer! désarment ton courroux!
Tu fois en étalant ton crime...
La Parque saisit sa victime.
Et détourne ses yeux sanglants;
Ses yeux même en versent des larmes ;
Les Amours regrettent ses charmes;
Et les Arts pleurent ses talents.
O Muses ! recueillez ces restes Que Tonde et la Parque ont flétris !
Disputez à ces mers fonestes Un triste et précieux débris.
Et toi y dont j'adore la cendre , Si tes mânes daignoient entendre Des chants consacrés à ta mort, Que, pénétrant la rive sombre.
L'amitié console ton ombre Des injustes rigueurs du sort !
ODE