‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 55 sur 177 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Que de fois l'orgueil de Malherbe Promit à sa lyre superbe Nos hommages et notre encens!

Et ne savons- nous pas quHorace , Cygne immortel , de race en race, Porte son y<A et ses accents?

Un demi-dieu seroit injuste Sll ne flattoit son ame auguste De Tespërance des autels; Les astres attendoient Alcide; Et Pindare , en aigle rapide , Dans la nue échappe aux mortels.

Sans doute ces esprits célestes, Dissipant les ombres funestes Oîi Foubli veut les retenir, Voyoient leur splendeur immortelle Réfléchie au miroir fidèle De 1 mcomiptible avenir.

Et toi , modeste par foiblesse ,

Ame ^e , qu'étonne et blesse

Un espoir d'immortalité,

Jamais, vainqueurs des temps rapides,

Tes ouvrages , lents et timides ,

N atteindront la postérité.

Oh! que cet espoir magnanime , A tous les mortels qu'il anime Prête un essor audadeux!

Aux combats il guidoit Turenne»

Corneille aux rives d'Hippocrène y Newton dans les routes des cieux.

Tout ce qu W timide vulgaire Croit impossible ou téméraire, Par un grand cœur est surmonté.

L obstacle fîiit devant l'audace ; Condé te proclame et t'embrasse, O prudente témérité !

Ainsi le héros de la Sprée Voit l'Europe en vain conjurée Le combattre de toutes parts; En vam la foudre l'environne; Il sait agrandir sa couronne Parmi les orages de Mars.

Le danger pare un cœur sublime.

Plongez-le au fond du noir abyme % Il en sort plus briUant, plus fier; Tel l'arbre que Jupiter aime ,

* Menés profundo^ pulchrior etfenit, etc. HoftACE, ode 4* livre rV.

Page 1