‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 6 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Va filer son trésor liquide Dans un mystérieux loisir.

La nymphe s'enferme avec joie Dans ce tombeau d'or et de soie Qui la voile aux profanes yeux , Certaine que ses nobles veilles Enrichiront de leurs merveilles Les rois, les belles , et les dieux.

Ceux dont le présent est Tidole

Ne laissent point de souvenir :

Dans un succès vain et frivole

Ils ont usé leur avenir.

Amants des roses passagères,

Ils ont les grâces mensongères

Et le sort des rapides fleurs.

Leur plus long régne est d'une aurore ;

Mais le temps rajeunit encore

L'antique laurier des neuf Sœurs.

Jusques à quand de vils Procustes Viendront-ils au sacré vallon , Bravant les droits les plus augustes , Mutiler les fils d'Apollon?

Le croirez-vous , races futures ?

J'ai vu Zoïle aux mains impures , Zojde outrager Montesquieu !

Mais quand la Parque inexorable

Frappa cet homme irréparable.

Nos regrets en firent mi dieu.

Quoi 1 tour-À-tour dieux et victimes , Le sort fait marcher les talents Entre l'Olympe et les abymes , Entre la satire et Fencens !

Malheur au mortel qu on renomme.

Vivant , nous blessons le grand honune ; Mort , nous tombons à ses genoux :

On naime que la gloire absente; La mémoire est reconnoissante ; Les yeux sont ingrats et jaloux.

Bufibn, dès que rompant ses voiles , Et fugitive du cercueil , De ces palais peuplés d*étoiIes Ton ame aura franchi le seuil , Du sein brillant de Tempyrée Tu verras la France éplorée T'ofifrir des honneurs inmiortels^ Et le Temps y vengeur légitime , De TEnvie expier le crime, Et Fenchaîner à tes autels.

Moi, sur cette rive déserte Et de talents et de vertus, Je dirai, soupirant ma perte :

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