‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 8 sur 177 · SUR LA RUINE DE LISBONNE · texte numérisé non relu

SUR LA RUINE DE LISBONNE

L'orgueilleux s'est dit à lui*»méme :

Je suis le dieu de l'univers.

Mon front est ceint du diadème ; J'enchatne à mes pieds les revers.

Mes palais couvrent les montagnes; Mon peuple inonde les campagnes ; La Volupté sert mes festins ; Les feux brûlent pour ma vengeance :

L'onde et les vents d'intelligence , Livrent la terre à mes destins.

Mortel superbe ! folle argile , Cherche tes destins éclipsés :

De la terre habitant fragile , Tes pas à peine y sont tracés !

Quoi ! son berceau touche à la tombe?

Échappé du néant , il tombe Dans le noir oubli du cercueil :

Ses jours sont des éclairs rapides Qu'engloutissent des nuits avides :

Quel espace pour tant d'orgueil !

Il est un Dieu qui t'environne ; Son empire est Tinmiensité : ' Il ne doit qu'à lui sa couronne ; Et son régne est Fétemité.

Il peupla les déserts du vide De globes qu'un vaste fluide Enveloppe de toutes parts ; Océan sans fond, sans rivage, Où sa vertu plane , surnage , Voit flotter les mondes épars.

Les cieux , sous sa démarche altière , Courbent leurs sommets étemels ; Et les astres sont la poussière Que foulent ses pas inunortels.

Sous son char les tonnerres grondent; L'air mugit , les enfers répondent Au tumulte des éléments ; Immobile dans cet orage,

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