SUR LA RUINE DE LISBONNE
L'orgueilleux s'est dit à lui*»méme :
Je suis le dieu de l'univers.
Mon front est ceint du diadème ; J'enchatne à mes pieds les revers.
Mes palais couvrent les montagnes; Mon peuple inonde les campagnes ; La Volupté sert mes festins ; Les feux brûlent pour ma vengeance :
L'onde et les vents d'intelligence , Livrent la terre à mes destins.
Mortel superbe ! folle argile , Cherche tes destins éclipsés :
De la terre habitant fragile , Tes pas à peine y sont tracés !
Quoi ! son berceau touche à la tombe?
Échappé du néant , il tombe Dans le noir oubli du cercueil :
Ses jours sont des éclairs rapides Qu'engloutissent des nuits avides :
Quel espace pour tant d'orgueil !
Il est un Dieu qui t'environne ; Son empire est Tinmiensité : ' Il ne doit qu'à lui sa couronne ; Et son régne est Fétemité.
Il peupla les déserts du vide De globes qu'un vaste fluide Enveloppe de toutes parts ; Océan sans fond, sans rivage, Où sa vertu plane , surnage , Voit flotter les mondes épars.
Les cieux , sous sa démarche altière , Courbent leurs sommets étemels ; Et les astres sont la poussière Que foulent ses pas inunortels.
Sous son char les tonnerres grondent; L'air mugit , les enfers répondent Au tumulte des éléments ; Immobile dans cet orage,