LIVRE PREMIER. i
Il voit à ses pieds le naufrage Des rois, des pei:^es, et des temps.
D'un regard sa justice éclaire L'abyme des cœurs insensés :
Il rit de l'orgueil téméraire Des rois follement encensés* De leurs couronnes qu'il agite y Des empires qu'il précipite , Les débris sèment la terreur : Dieu jaloux ! que ton indulgence Renferme ces jours de vengeance Dans les trésors de ta fureur! .
O Lisbonne! A fille du Tage!
O superbe reine des mers !
L'Océan avec toi partage Le tribut de sels flots amers.
Pour dompter des ondes rebelles , La Fortune attacha ses ailes A tes vaisseaux impérieux ; Et dans ces lointaines contrées , De nos astres même ignorées , Tu lanças la foudre des dieux.
Tu brisas les fers tyranniques Dont l'Espagne endialnoit tes bords :
Tu vis les lies Rritanniques
i4 ODES.
Et Ilnde s*unir dans tes ports.
Ville supeii)e et malheureuse , De trésors , de gloire amoureuse , Quel orgueil diarmoit tes regards , A Faspect des forêts errantes , Des mâts dont les têtes flottantes Ombrageoient au loin tes remparts !
Le dernier soleil qui féclaire Pâlit sous des voiles sanglants ; Les premiers traits du sagittaire Menacent tes peuples tremblants.
La mer, qui te rendoit honunage , Ne t ofire qu W tribut d orage Dont tes remparts sont insultés.
Tage ! dis-nous quelle épouvante , Jusqu'à ta source frémissante , Repousse tes flots révoltés ?
Déjà les fières Destinées
Précipitent l'instant fatal :
Le cri des Parques mutinées
De ta chute est l'affreux signal.
Au bruit des ondes qui mugissent ,
Des noirs tourbillons qui frémissent ,
Des vents dans les airs déchaînés ,
Murs , tours , palais , tremblent , s'écroulent ;
Leurs débris se heurtent et roulent