‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 87 sur 177 · A MADAME LA COMTESSE DE PUJET · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE PUJET

LE l4 MARS 1778, En fan enroyant une copie de ma premito Ode à M. de BnflSim.

0 VOUS dont la douleur augmente encor les charmes , Vous voulez que mes vers , complices de vos larmes , Réveillent par leur chant aux plaintes consacre Les blessures dm cœur dëja trop déchiré I Apolloh obéit quand les Grâces demandent. Vous avez leurs attraits ; vos prières commandent.

Sans cesse offirant vos pleurs à des mânes trop chers , Vous croyez , dites-vous , les rendre moins amers.

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Les épuiser peut*te« !... Erreur dWe ame tendre I Ah 1 rAmouF se nourrit des pleurs qu'il fiût répandre ! Le temps , et non des pleurs versés sur un tombeau , Peut seul du tendre Amour refroidir le flambeau. Le temps peut aflbiblir par de lentes atteintes Les feux dont vous brûlez pour des cendres éteintes. Le temps ! . .. Mais vous craignez son utile secours ; Votre cœur veut aimer et çoupirer toujours.

Heureux cent fois l'objet d'une douleur si tendre ! Vous soupirez son nom ; vous pleurez sur sa cendre ; Il revit dans vos pleurs : fdi ! son sort est si doux Que même dans la tombe il fera des jaloux. Le jour , l'ombre , les bois , Pkîloméle éplorée , Tout rappelle à vos sens une image adorée ; Tout la rend à vos yeux , et Hto à votre cœur ! Il seroit sans plaisir s'il étoit sans douleur !

Ces vers où de BuJBfon j'ai peint la tendre épouse Arradwit ce qu'elle aime à la Parque jalouse , Et du &tal ciseau désarmant le courroux Par ce cri de l'amour qui sauva son époux , Ces vers vous ont émue ; et votre ame plaintive D'un sein baigné de pleurs tout-à-coup ftigitive S'efforça de voler jusques aux sombres bords , Et de rejoindre enfin votre époux chez les morts.

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Ah ! luknéme , tremblant aux pieds du noir monarque , S'empressa d'arrêter l'impitoyable Parque. Ne meurs point ! cria-t-il d'une touchante voix ; Je cnûrois expirer une seconde fois.

D^un époux adoré tel est l'ordre suprême. Hélas I ce n est qu'en vous qu'il respire , qu'il s aime ! Calmez donc de vos sens l'ardente émotion ; Chérissez de vos feux la douce illusion. Nos biens sont des erreurs que le sommeil prolonge , Et le plus tendre amour n'est qu'un aimable songe.

Qu*un songe vous transporte aux rives du Léthé ! Sous de riants berceaux , près d'un myrte arrêté , Voyez-y votre époux soupirer sa tendresse, De ses cruels ennuis flatteuse enchanteresse. Aux bords du Léthé même il trace avec des fleurs Votre nom*., qu'il achève en l'arrosant de pleurs. L'amour de vos regrets lui présente lliommage; Votre époux se console à cette douce imaçe; Ainsi le dieu charmant dont vous êtes l'appui Vous permet de gémir, mais en vivant pour lui.

Oui , conservez des jours que vous devez aux Grâces ; Consolez vos douleurs en plaignant mes disgrâces. La tombe a renfermé votre plus doux trésor ; Moi je pleure une épouse, hélas ! qui vit enoor '.

* Lebnin ^it séparé de sa femme. ( Foyez l*élégie qui suit. )

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Du moins , en embrassant la tombe la plus chère ^

Votre douleur vous plaît ; et la mienne est amère !

Je vois toujours Fanni dont la perfide main

Me plonge en souriant un poignard dans le sein.

Et j'atteste les dieux et TÂmour et vous-même

Que de voir au cercueil descendre ce qull aime

Est pour un tendre <3tEur cent fois moins douloureux

Que de se voir trahir par lobjet de ses feux.

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