‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 88 sur 177 · A NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

A NÉMÉSIS

Toi y qu'invoque en ses pleurs Tinnocent qu'on outrage ,

Toi y qui semblois trahir mes vœux et mon courage ,

Des crimes de l'Amour, des crimes de Thémis,

Tu me venges enfin , tardive Némésis 1

Tu me fais de ta coupe enfin goûter les charmes.

Avant ce doux nectar, ô que j'ai bu de larmes !

Sous mes pas innocents que de pièges dressés !

Quel noir et long tissu de maux entrelacés !

J'ai durant sept hivers , jouet d'un sort barbare ,

Fatigué de Thémis le labyrinthe avare

Depuis ce jour, fetal au reste de mes jours ,

Qtii de treize ans d'hymen empoisonna le cours.

ÉLÉGIES. i55

Ah! le calme riant de mes jeunes années M*aimonçoit-ily grands dieux, ces noires destinées? Quand je parois Fanni de myrtes et de fleurs. Ah ! croyois-je à Fanni devoir un jour mes pleurs? Quand je fermai sa tombe aux dépens de ma vie , Pensois-je qu^elIe-méme un jour me Teût ravre? Ma candeur n eût jamais soupçonné ces revers. De mes illusions je parois Funivers.

Je me fis des vertus une chimère auguste. Tosois même penser que Thémis étoit juste. Dans mes douces cireurs j'avois sacrifié Au tendre et pur amour, à la sainte amitié. Ta mort, jeune Badne ! et les pleurs des Corneilles, En pénétrant mon ame , inspirèrent mes veilles. L'édat de lor jamais n éveilla mes désirs. Fanni , les arts , la gloire , enchantoient mes loisirs ; Je voyois dans Fanni, moins épouse qu'amante, De mes destins heureux la compagne charmante ; Et par leurs tendres soins une mère, une sœur, Eussent fait de mes jours envier la douceur. J*aimois , je cultivois , je chantois la nature. Que mon cœur étoit loin de croire à Fimposture I Qu'un en&nt des neuf Sœurs est facile à tromper ! Je caressois la main qui devoit me firapper. DW ennemi trop cher complaisante victime. Tranquille , je dormois sous le poignard du crime : Le noir complot m^éveille en éclatant sur moi.

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Sans doute il éprouva moins de trooUe et d'^fiEroi ,

Le premier qui , rasant le cap de la Tempête ,

D'un nuage imprévu vit fondre sur sa tête

La nuit , les vents , la foudre à grands coups redoublés ,

Et Touragan roulant les flots amoDcdé9.

Que de fois , Némésis , dans ce funeste orage ^

Mon fragile vaisseau fut voisin du naufrpge \

Que de fois j'appelai les dieux à mon secours !

Et les flots et les vents , et les dieux ëtoient /sourds.

Tu vis le triple nœud de ce complot infâme ;

Tu vis s'armer ensemble et mère , et sœur, et femme ' ;

Tu vis leur noire audace , ô €rime i 6 triple horreur !

De leurs coups sur moi seul diriger la fureur ;

Tu les vis toutes trois, s'fuJwmant à leur proie,

Puiser dans mes tourments une exécrable joie ;

Et de mes tristes jours se disputant la fin ,

Se faire de ma vie un funeste bulÎB.

O Méléagre ! ainsi ton eflfiroyable m^

Te dévouoit aux feux qu'alluma sa colère ;

Ainsi rhorrible sœur d'Absyrthe massacre

Dispersoit en lambeaux son firère déchiré;

Ainsi de Danaûs les fiUes «xécrables

Au sang de leurs époux baignoient leura mains coupables.

* Foyez la ïlotice «ar lidbniB.

ÉLÉOIES. i57

Mais ancim ifeifx ii*a tu^ dand ses deiliiers abois. Épouse, et mère, et sœur, le frapper à-Ia-fbis.

Ah! tu vis phis encor ! tu vis leur calonmie Des lois contre mes jours armer la tyrannie ; Tu vis llndigne chef d'un indigne sénat Au poignard de Thëmis dicter l'assassinat ; Tu le vis 9 souriant de sa lâche puissance. Aux pieds même du crime égorger Imnocence.

Et moi , je m'écriois , en regardant les cieux : Yiendras-tu , Némésis , justifier les dieux? Laisseras-tu dormir ta vengeance et leur foudre ? « Est-ce sur mon tombeau que tu dois les absoudre? Et par le vain récit des monstres terrassés Penses-tu réjouir mes ossements glacés ? Comphce du forfait que tu n oses confondre , C'est en l'exterminant que tu dois me répondre.

Et tu restois muette au un de mes douleurs ! Et le succès du crime insùltoit à mes pleurs ! Et j'entendois gronder la haine étincelante 1 Et je voyais pàhr l'amitié chancelante ! Et d^ns cet univers , saisi d'un lâche eflroi , Contre tons mes tyrans je n'avois plus que moi ! Je dévorai mes pleurs , et j'embrassai ma lyre. Armé de l'infortune, ivre d'un saint délire, Mon génie indignélonna sur des pervers.

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Je condamnai leur chef aux tourments des enfers ; Dans les siédes futurs je traînai sa mémoire ; Je le couvris de honte au flambeau de la gloire; Et son nom , expirant sous ma juste foreur, Déjà de l'avenir est l'opprobre et Tborreur.

Viens ! viens, 6 Némésis ! seconde ma vengeance ! Sur mes lâches tyrans frappons d'intelligence ! Périsse jusqu'au nom d'un sénat odieux.

Et qu'un fils d'Apollon soit vengé par les dieux !

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