‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 95 sur 177 · AD COMTE DE BRANCAS · texte numérisé non relu

AD COMTE DE BRANCAS

Oui, comte, par d'heureux prestiges, La lyre a pu, dans ses beaux jours.

Élever murs, palais, et tours :

Ce n^est plus le temps des prodiges ; Mon luth ne t^est d aucun secours.

A nos plus touchantes merveilles Les rochers sont devenus sourds.

Et l*homme à peine a des oreilles.

L'ingrat manque à ses intérêts :

C'étoit bâtir à peu de frais.

Tel ouvrier ne coûtoit guère ; Un luth est facile à payer :

Ce n est artisan mercenaire ; Il ne travaille que pour plaire :

Un mot d'éloge est son loyer.

Si pourtant les dieux de l'Érébe Me rendoient le luth d'Amphion, Je nirois point ranimer Thébe,

' Le comte de Brancas ëtoit frère du comte de Lanra^ais, depuis dac de Brancas.

aoS ÉPITRES.

Ni travailler, comme Apollon, Pour mi ingrat Laomédon.

Tirois dans ton nouvel empire ; Et si ton cœur est de moitié, JY bâtirois avec ma lyre Une chapelle à TAmitié.

La structure en seroit nouvelle ; Là, sur un autel, on verroit De mon adorable inunorteUe Le céleste et simple portrait; Et pour la rendre trait pour trait, Brancas serviroit de modèle.

Tableau divin, groupe charmant, Où, sous les yeux de Flnnocence, En caressant la Bienfaisance, L'Amitié rit au Sentiment, Et sur FEstime s^appuyant, Embrasse à jamais la Ck>nstance !

Ce temple n'auroit d ornement Que le charme de leur présence ; Tout siècle y seroit un moment; Tout désir une jouissance.

Autel de ma divinité, Jamais d une offrande cruelle

Tu ne serois ensanglanté ! Seulement Flngënuité, Avec sa grâce naturelle, Viendroit t'o£Erir sa tourterelle, Doux gage de fidélité.

La Candeur, la Sincérité , Tomeroient de firalches guirlandes ; Mais l'or en seroit rejeté , Car mon aimable déité Ne veut que des cœurs pour oflErandes.

L'Intérêt ni l'Ambition N'aborderoient son ssmctuaire; Pour un courtisan mercenaire L^Amitié n'est que fiction.

Mais si 1 enfant plein de malice, Si TAmour, qui par-tout se gliisse, Venoit en dévot pèlerin Pour y chanter son doux office , Et d encens offiîr quelque grain, Oubliant l'autel de sa mère, Ne croyez pas que mon câlin Voulût revenir à Cythère.

Mais le firipon n'entrera guère :

Tel aventurier m'est suspect; Et l'inexorable Respect,

ito ÉPITRBS.

Du temple, à doa malin aspect, Fermera vite la barrière.

Pour nous, Teiicensoir k la main, Épris d'une nymphe si belle , Cher Gomte, allons soir et matin L'honorer d'on culte fidèle»

Je lui prépare hymne nouTelle, Avec ces mots seuls pour refrain :

Lb coeufi m'est weubeux que lua elle!

Mais si J6 bâtis la chapdle» Qu'au moins j'en sois le sacristain.

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