‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 97 sur 177 · A MADAME PALISSOT · texte numérisé non relu

A MADAME PALISSOT

Gallois paitir ; déjà llieure au timbre argentm Avoit frappé sept fois les portes du matin. Et sept fois e£Beuré , d'une aile vigilante , Le Sommeil étendu sur la plume indolente. Giel 1 et Morphée enoor vous tenoit dans ses bras ! Et vos yeux m'oublioient sous des pavots ingrats ! Quand de vos seuls regards j attendois cette Aurore Que rOlympe attristé n avoit point fait édore ; Quand je bravois pour vous l'inclémenoe des deux ;

Quand, Tame de douleur saisie, Je oonjurois FAmour d'entr*ouvir à mes yeux

Votre importune jalousie I Je n^ai donc pu , cruelle , obtenir un coup d œil ! Et votre indifférence , au sonmieil obstinée , Dormit , à mes dépens , la grasse matinée ! Ah I ma douleur du moins eût flatté votre orgueil !

Vous eussiez entendu Fécho , plaignant ma peine > Vous répéter les noms d'ingrate et d'inhumaine. Vous m^eussiez vu , pareil à cette triste fleur Qui semble de Clytie attester le malheur,

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Et se penche , en mourant , vers l'astre qu'elle adore. Vous m'eussiez vu , plus tendre et plus touchant encore, Sous le voile peu sûr d'un léger parasol

Que battoit l'orageuse pluie, Charmer de votre nom ma guitare attendrie.

Plus langoureux qu'un Espagnol

Chantant la beauté qu'il ennuie.

Vous m'eussiez vu mêler mes plaintes , mes soapin.

Non pas aux folâtres Zéphyrs, Mais aux noirs Aquilons qui , soufiEkmt la tempête, Versoient à flots pressés des torrents sur ma tâte,

Et me juroient , sur cet honible ton ,

D'accompagner mon triste phaéton.

Hélas ! quand je perdois raison, t^mps , vers et pK>se,

Motiillé, transi, plaintif, et rebuta, Sans doute un songe heureux vous cowtmnoit de rose ; Je goùtois l'amertume, et vous la volupté. Peut-être même alors , sous un voile complice, D*un œil malin et curieux Vous jouissiez de mon supplice , Et riant.... Non , ce doute est trop injurieux ! Non , vos yeux n'eurent point cette noire mafice :

Ils sont trop beaux pour être si cruels ; Ib sont indifiBSrents , et non pas crimineis.

Du moins , si de vos jeux la compagne bruyante , Si Myrrine, sensible à mes vives douleurs ,

ÉPITftES. 919

De sa jeune maltresse interprète âcxJMnie , Avoit daigné mêler une larme à mes pleurs « Cette larme eût sans doute adouci mes disgrâces 1 Mais tout dort I et Myrrine, et vos yeut, et les Grâces.

Nous partons. Ciel ! 6 del ! dans ce char qu'à pas lents Tratnoient de deux coursiers les spectres ambulants , Je vois des C(Mn{)agnons le plus épouvantable I Pôlyphème à mes yeux seroit moins redoutable.

Ce n étoit plus le dieu des bons vers , des bons mots , Ce dieu dont votre époux épuisa Tironie

Sur les sophistes et les sots, Rival d'Aristophane et vengeur du génie ;

Ce n étoit plus le dieu charmant

Qui, toujours prêt à vous sourire, De votre asile avoit fait son empire, Et d'une aile de rose y semoit l'enjouement ;

G'étoit ce dieu si lourd que Pope a su nous peindre. Qui dWe aile de plomb sait pourtant nous atteindre , Qui traîne de Gamier la pesante Cho ,

P^iéside à tout in-folio ,

Fait tous les vers d'Académie , Écrivit de sa main Tell , Gomminge , Euphémie > ;

' Piioet de d*Araand et de liemierre.

aao ÉPITRES.

Sur Zulica % sur Mëlanie,

Fit rouler la pres$e endormie ; Inspira de Benjuin l'insipide Érato ; Dicta seul Égyptus, Guiscard, les Héraclides ^,

Et Gustave et les Barmécides ; Au plus bel opéra se glisse incognito,

Et même inventa le loto ! De ses mornes exploits il remplit les cinq zones; Tout craint, tout fiiit ses traits ; l'assoupissant démon

Fait bâiller les rois sur leurs trônes ,

Et les prélats même au sennon.

Faut-il qaun trait plus sûr vous dévoile son nom ? Le pauvre en sa cabane où le chiaume le couvre

Gonnoit peu ce fléau; Mais la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en put sauver Boileau»

Jamais énigme de Mercure,

Tel que par de savants efibrts Le compose aujourd'hui FAcadémie en corps,

Ne dut paroitre moins obscure ,

Ni plus juste dans ses rapports.

Pour moi , qui des pavots crains la froide énei^e, Je n'opposai qu'amour et sa douce magie , Et votre souvenir, et mes tendres regrets ,

* Zulica, tragédie de Dorât

' ^gyp^*^ ^ l^ Héraelîdes, tragédies de Bfarmontd. Blanche et Gmseard, tragédie de Saurin.

ÉPITRES. aai

Et quelque peu de médisance.

Aux inévitables progrès Du dieu dont Marmontel atteste la présence.

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