LA MÉTEMPSYCOSE
Plus ne croyois à la métempsycose , Ni qu'en la tombe une ame bien enclose Osât des morts le rivage quitter Pour revenir d'autres corps habiter.
Si maints dévots, croyants en Pytbagore, Juroient par lui qu'on alloit voir encore Virgile , Homère , au terrestre séjour.
Las ! je n osois espérer ce grand jour. Et qu'advint il? Grâce à leur prophétie, Du pauvre siècle on vit mieux l'ineptie; Ce vain espoir nous rendit plus amers Les pleurs donnés à des mânes si chers.
Eh ! que voyois-je au lieu dé ces grands hommes ? Un peuple nain , d'impérieux atomes.
Qu en vain lenreur fit briller <{uelque temps, Mais qae du vrai les rayons éclatants Ont replongés dans lenr onibre première, Honteux d'avoir affronté la lumière.
Trop bien je vis qu'en ce siêde fiallot, Mode ou cabale impose au peuple sot; Qu'aveugle erreur est fille d^ignoranoe.
Eh I qui n'en eut la fatale assurance ! Quand Marmontel , dramaturge glacé.
Eut d'un pied lourd le cothurne diaussé, Maints zélateurs s'écrioient : A merveille, Grand Pythagore 1 est-ce pas fieu GomâUe Qui reparoit? et pourtant n'en fut rien t Car mon Corneille on sifBa bel et bien , Jusqu'au serpent qui , dans sa Glédpètre, Faisant chorus , le sifHoit comme quatre ; Et si pourtant n avoit traduit Lucain , Ni barbouillé son Numitor romain , Ni mis Quinault en vers de Ghapdain ; Ges deux rimeurs ne sont de même étoffis.
Lors Diderot, charlatan philosophe.
Mêlant parfois Socrate à rArétia , Et des Bijoux romancier libertin, Gonflé d'emphase, empoulant l'apostrophe, Sur ses tréteaux crioît d'un grave ton : « Je me souviens d'avoir été Platon;
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« Et je prétends, d'une main plus hardie» « Échafiiudant mon Encyclopédie « Sur maint volume» exhaussé jusqu'aux cîeax » « Régir les rois et gourmander les dieux. Il dit, on bâille; et voulant être imjne^ Qui le croiroit? il ne fiit qu'ennuyeux.
Pâle d'envie enoor plus que d'algèbre»
Calculant tout » le caustique A plw B^ Plus fin que sage» et moins grand.que oâébre» Fier d'un beau nom à demi dérobé»
Pour ses dévots en lui seul ressuscite Tout à-la4bis Archiméde et Tacite ; linguet s'en plaint» et crie au suborneur.
Le Genevois» ce sublime Érostrate»
Qui des beaux-arts » dont il étoit l'honneur» Brûla le temple ; et fuyant le bonheur» Trouva la gloire, amante trop ingrate!
Par vanité s'érigeant en vaurien »
Disoit Sont bas: « Je suis le vrai Socrate: » Et cependant mon rêveur n'en crut rioa ; Mais on pardonne à qui rêve si bien.
Dorât alors» rimmlkur petitHsiattre»
Anacréon an mcHns se disoit être; Non qu'il chantât le dieu jouflQu du vin» Mais du beau sexe adorateur badin »
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Il affubla d'ëpttres imprévues Mille beautés que jamais il n'a vues»
Et de vers nains fit trente in-octavo.
Avec fleuron , cul-de-lampe , vignette :
Morpbée en a l'édition complète; Et Jean Fréron crioit enoor bravo.
Ce Jean Fréron alors fut Aristarque, Comme Turpin est aujourdliui Plutarcpie.
Trois fois par mois brodiant un numéro , Il rëduisoit tout Voltaire à zéro«
Mais il prdna Fingénieux Delille, Qui , sous le fieurd se donnant pour Virgile , Si bien lima son vers mince et poli , Que le grand homme est devenu joli.
Ainsi masquant de grâces fantastiques Le noble auteur des douces Gëorgiques, Par trop d'esprit il n eut qu'un faux succès : Oh I que Le Franc a bien fui cet excès !
Si m'en croyez , messieurs, je suis Horace, Disoit Bhulière, intrus sur le Parnasse. J'excelle en Tart des jolis vers mal faits , Et pour Mécène ainsi je les Êdsois ; Car vous saurez que bon sens et génie Font mal des vers de bonne compagnie ; Puis relisant ses Disputes qu'il tient.
Dieu sait alors ce qu'Horace devient.
ÉPITBES. 2a5
Dans oes beaux jours , 6 prodige bizarre l Bien j Moschus , sont devenus Berquin ; Tibulle, Guys, et Properoe, Bertin; Cailhava, Plaute, et Sabatier, Pindare. Le noir Gilbert, insolent par candeur.
Corbeau du Pinde, en croit être le cygne, Et d'un vers dur s exaltant sans pudeur, Pour Juvénal hautement se désigne.
L'auteur bernois qui fit Guillaume Tell, Le Pradon suisse, au bon goût si mortel , Le bon Lemierre est Sophocle à sa guise; Il en convient lui-même avec franchise.
Le froid La Harpe, habiUant de son vers, Qu'Q croit facile et qui n'est qu'insipide, Timolêon, Gustave, Barmécide, Et Menzikof et sa beauté perfide, Quoique sifllé de l'ingrat univers, Rêva pourtant qu'U étoit Euripide.
Or voyez bien qu'en tout cet altercas One n'ai pu croire au bon Pythagoras.
Mais quand je vois, dans vos lettres charmantes. Ces toursheureux , ces peintures brillantes, Ce feu » ces traits légers et délicats , Tels qu'Érato ne seroit dans le cas De leur prêter des grâces plus naïves,
!ia6 EPITRE8.
De nous tracer des peintures plus vîtes, Lors de mon doute en moi-méniè indigné. Plus ne mëcrois au divin Pythagore , Et gagerois que Tantre Sévîgnë Respire en vous, et qu'elle écrit encore.