Cf. le recueil de Benj. Rivière
tueuses aussi, au sculpteur Théophile Bra1, cousin de Marceline. Elles nous la montrent touchée d'une vive sollicitude à l'égard de ses proches, toute désireuse de resserrer les liens d'une famille que la mort et l'absence dissolvent, à chaque moment, et, parmi ses perplexités cruelles, toute réjouie de la part de bonheur ou de succès qu'ils peuvent saisir. Voici la première missive. Mme Desbordes-Valmore ne connaît encore Théophile Bra que par souvenir d'enfance. Elle n'emploie pas avec lui, déjà, la forme de langage qui lui sera familière plus tard, — la bonne et franche amitié du tutoiement.
M. Bra, rue de Sèvres, n" 8, Paris.
Bordeaux, le 20 août 1824.
Il y a longtemps, mon cousin, que je me félicite d'être votre parente. Je n'ai pas oublié le tendre intérêt que ma mère portait à la vôtre. Elle doit être bien heureuse d'avoir un enfant tel que vous.
Notre famille est si défaite que les liens qui restent semblent en être plus précieux. Vos talents, vos succès, le bonheur qu'ils vous préparent, me comblent de joie'2. Ecoutez bien mon oncle'; il a parlé de vous avec l'amitié et presque l'orgueil d'un père. Soyez bon comme lui, et soyez plus heureux. Pour moi, je le serais davantage, si j'étais près de lui. Cette réunion est écrite, mais c'est dans l'avenir, j'en fais ma consolation présente. Il est triste de voyager beaucoup. Est-il vrai que vous allez bientôt à Rome ? Ce voyage, au contraire, serait bien utile au développement de votre talent, qui nous intéresse tous. Tenez votre promesse, je vous prie, à vos amis et à votre famille. Semez une belle moisson, nous en serons tous fiers.
Vous me parlez beaucoup de moi, et je suis touchée de ce que vous me dites. Si j'avais écouté davantage la voix un peu sévère de mon oncle, alors vous auriez pu, en effet, vous enorgueillir de nos liens
1. Bra (Théophile), né à Douai le 23 juin 1797- Obtint le 2' prix au concours pour Rome, en 1818, une médaille de 2e classe, en 1819; une médaille de i™ classe en 1824. Chevalier de la Légion d'honneur, janvier 1825 ; mort à Douai, le 2 mai i863.
2. Elle aimait le bonheur chez les autres. Cela reposait son cœur et ses yeux. Elle s'en trouvait, pour un instant, radieuse comme d'une joie personnelle. Ainsi, dans ce passage d'une lettre inédite àMm<>Pape-Carpantier (2 mai 1844):
« J'ai vu M»' Tastu, belle de sa pure joie de mère. Son àme rayonnait sur sa figure. J'ai pleuré de joie de la voir ainsi. Son fils est glorieux et digne d'elle. »