‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 135 sur 145 · A SES ENFANTS · texte numérisé non relu

A SES ENFANTS

Le i" novembre 1840, 10 heures du soir.

Je vous écris, mes chères âmes, au milieu de toutes les cloches battantes de Bruxelles, qui se répondent pour les saints et pour les morts1. Rien ne peut, à Paris, donner ridée de ces solennités, qui émeuvent ici la terre et les airs. Les églises que nous avons parcourues étaient pleines de femmes à longues failles sur la tête, et qui tombent jusqu'à leurs pieds. Les églises ont tellement le caractère de l'Italie que je donnerais tout au monde pour que vous les vissiez. Nous y avons vu, aujourd'hui, la Vierge noire et le petit enfant Jésus noir comme sa mère. Ces modernes me serrent le cœur de mille souvenirs. L'art n'y est pour rien, mais les premières et douces croyances font que j'adore leurs voiles raides doublés de roses et leurs immobiles couronnes de fleurs d'une batiste si ferme, que tous les orages du monde n'en feraient pas bouger une feuille. J'ai à vous faire le récit d'un cabinet de peinture où nous avons pénétré, hier, chez le duc d'Arenberg. Quelle richesse tranquille! Quelle solitude glorieuse! Les Rubens y pleuvent, et ses deux femmes, presque vivantes de son pinceau, et lui-même peint de sa main; on croit voir ses lèvres bouger. Vraiment, c'est le refuge, ici, de la peinture; on sent qu'elle y est adorée par une religion profonde, sans paroles. Mais que direz-vous quand vous

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