‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 142 sur 145 · La mère d Inès · texte numérisé non relu

La mère d Inès

A MELANIE WALDOR

(Paris), le 21 février i85i .

Vous êtes toujours bonne et cruelle de me parler de soirée, mon amie. Qu'y a-t-il donc de changé en moi depuis que j'avais tant de peur du mot soirée! Je n'en suis pas là de me jeter dans la musique qui réveille tout, et dans des figures inconnues dont la bienveillance même me donne un tremblement. Avez-vous oublié nos luttes à cet égard, mes fuites sauvages, et y a-t-il une seule personne dans Paris qui puisse vous dire m'avoir vue là ou là, depuis que j'ai eu le courage de résister à vos charmantes instances? Je suis restée accablée peutêtre pour toujours, Mélanie, parce qu'une vraie part de ma vie s'est en allée! — Sans doute, le bonheur sérieux d'Ondine m'atteint de quelques rayons de soleil, mais le soleil n'est pas du côté d'une soirée, chère femme; il est, pour moi, dans une causerie intime d'un cœur qui m'a toujours aimée, à qui je l'ai bien rendu. J'irai, presque aussitôt que ce billet, vous dire ces choses qui vous ont tant de fois désarmée. Vous savez, dès longtemps, que mon cher Valmore,

Frère, époux et maître,

est homme à me contredire en fait de solitude. Pour lui, si les chartreuses n'existaient pas, il faudrait les inventer. Aussi s'en fait-il une partout où il y a quatre murs et des livres à dévorer.

LETTRES CHOISIES 3o3

Les jeunes, je ne dis pas; ils ont leurs ailes et vos invitations attirantes. Qu'ils aillent à leur volonté. Le bonheur des autres me fait toujours du bien.

Ayez-en beaucoup, et que je le sache et qu'il me soit permis de penser que c'est pour cela que vous êtes si bonne.

Hélas! aux cœurs heureux les vertus sont faciles. Souvenez-vous aussi qu'aux cœurs déchirés les amitiés fidèles sont indispensables.

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