LA FLEUR D'EAU
Fleur naine et bleue, et triste, où se cache un emblème,
Où l'absence a souvent respiré le mot : J'aime!
Où l'aile d'une fée a laissé ses couleurs,
Toi, qu'on devrait nommer le colibri des rieurs,
Traduis-moi : porte au loin ce que je n'ose écrire;
Console un malheureux comme eût fait mon sourire :
Enlevée au ruisseau qui délasse mes pas,
Dis à mon cher absent qu'on ne l'oubliera pas!
Dis qu'à1 son cœur fermé je vois ce qui se passe; Dis qu'entre nos douleurs je ne sens pour espace Que ton voile charmant d'amitié, que toujours Je puise dans ma foi les vœux que tu lui portes, Que je les lui dédie avec tes feuilles mortes, Frêles et seuls parfums répandus sur mes jours; Dis qu'à veiller pour lui mon âme se consume, Qu'elle a froid, qu'elle attend qu'un regard la rallume! Dis que je veux ainsi me pencher sous mes pleurs, Ne trouver nulle joie au monde, au jour, aux fleurs, Que la source d'amour est scellée en mon âme, Que je sais bien quelle âme y répondrait encor, Dont je serais la vie, et qui serait ma flamme. Il le sait bien aussi; mais cette âme, elle dort...
Va donc comme un œil d'ange éveiller son courage; Dis que je t'ai cueillie à la fin d'un orage, Que je t'envoie à lui comme un baiser d'espoir, Et que se joindre ainsi c'est presque se revoir2!
i. En.
2. Toute cette élégie respire l'inspiration naturelle, la sincérité de sentiment, le pur amour.
Qui, toi, mon bien-aimé, t'attacher à mon sort,
Te parer d'une fleur que la tombe t'envie,
Lier tes jours de gloire à ma tremblante vie,
Et ton baiser d'amour au baiser de la mort!
Me suivre, toi si cher, aux rives enchantées
Que, pour jamais, bientôt mes pas auront quittées!
Mes pas que tu soutiens, qui te cherchaient toujours,
Dont la trace légère effleura le rivage
Où tu m'avais montré des fleurs et de beaux jours,
Où je vais devant toi passer comme un nuage!
Oui, devant toi ma vie incline son flambeau,
De ses pâles rayons le dernier va s'éteindre.
Ces fleurs, ces belles fleurs, que je ne puis atteindre.
Tu les effeuilleras, un soir, sur mon tombeau.
La Mort m'a regardée, et ta plainte adorable,
Ma jeunesse, tes vœux, rien ne doit l'attendrir.
Elle m'a regardée, et cette inexorable,
Quand j'écoutais ton chant, m'a dit : « Tu vas mourir... »
Conduis-moi près des flots. La nymphe qui soupire
Y rafraîchit l'air de sa voix :
Cet air doux et mortel, que ma bouche respire,
Brûle moins à l'ombre des bois.
Vois dans l'eau, vois ce lis dont la tête abaissée
Semble se dérober au sourire des cieux;
Telle, craignant l'Amour et le cherchant des yeux,
J'essavais de te fuir, innocente et blessée.
Je demandais aux bois l'oubli de tes accents;
Un vague, un triste écho m'en rappelait les charmes,
Et dans les rameaux frémissants Ton image venait s'attendrir à mes larmes.
Un jour, ce fut toi-même, un jour, à mes genoux, Je te vis sous le saule ami de mon jeune âge; Je ne m'v trouvai plus seule avec ton image, Il nous cachait ensemble, il se penchait sur nous. Trop tard, hélas! trop tard; et ta flamme timide Enhardit vainement mes timides secrets.
Tu les connus trop tard, et ma fuite rapide T'abandonne à de longs regrets.
Oh! que je crains pour toi l'aurore désolée Qui ne pourra me rendre à tes vœux superflus, Quand sa douce lueur, pour moi seule voilée,
Ne m'éveillera plus!
Mais le ruisseau répond par un faible murmure
Au souffle expirant des zéphyrs; La nymphe qui s'endort entraîne mes soupirs
A la source déjà moins pure.
Demain... L'écho plus triste a dit aussi : Demain. Adieu, ma jeune vie! adieu, toi que j'adore! Ne gémis pas. Ce soir, je serre encor ta main : Ce soir, efforce-toi de me sourire encore.