I . De Véloquence de la chaire
efficace que celui qui le recevait se l'était déjà donné lui-même. Personne n'eut des vues plus exemptes d'ambition que le pieux Massillon. Aussi , après quelques retards forcés , s'empressa-t-il de quitter la cour et le centre des faveurs pour se rendre dans son diocèse, d'où il ne sortit plus qu'une seule fois , au mois de février 1723 , pour venir prononcer à Saint- Denis Toraison funèbre de la duchesse d'Orléans, mère du régent.
Nous devons ici dire quelques mots sur les diverses oraisons funèbres de notre orateur. Outre les deux essais dont nous avons parlé, il prononça, en 1709, l'oraison funèbre de M. de Conti, qui venait de mourir dans les plus grands sentiments de piété, entre les bras du père de La Tour, général de l'Oratoire. On y admira de très-belles parties , telles que le tableau du prince de Conti à la journée de Nerwinde , et la peinture de toutes les grâces séductrices et de toutes les qualités liantes qui en firent l'idole des armées dans la guerre civile. Ces morceaux brillants auraient dû préserver cette oraison funèbre des critiques qu'elle essuya quand elle eut été rendue publique : elle serait digne d'être encore lue aujourd'hui.
Deux ans après , Massillon prononça l'oraison funèbre du grand Dauphin, pâle éloge d'un prince médiocre; et, en 1715, celle de Louis XIV. « Son Éloge de Louis XIV, dit M. de Chateaubriand , n'est remarquable que par la première phrase : « Dieu seul est grand , mes frères. * » C'est un beau mot que celui-là , prononcé en regardant le cercueil de Louis le Grand. Cette oraison funèbre est du reste remplie de pensées généreuses et hardies. On y sent, dans les appréciations sur le gouvernement et la conduite de Louis XIV, l'esprit de Fauteur du Ttlèmaque ; mais de bons juges ont