‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 12 sur 74 · I . Oraison funèbre de Madame · texte numérisé non relu

I . Oraison funèbre de Madame

*!. Voir : Quelques idées sur MassUlon, Stts oraisons funèbres , par F. Biin<i:iMi.;r, dan» la fiibliothèque universelle de Genève^ février IKil.

SUR MASSILLON. Vi

martyr, patron d'une église. Malgré leur imperfection, quelques-uns de ces panég>Tiques annoncent déjà le talent que l'orateur devait déployer plus tard. Tel est en particulier le panég>'rique de saint Bernard, où l'on remarque des traits comme celui-ci :

« Tous les siècles adinireruiit les instructions vives et touchautes,et cette Doble liberté qui règne dans ses livres de la Considération au pape Eugène. 11 est vrai que ce pontife avoit vu croître sous les yeux et la discipline de notre saint ces grandes qualités qui depuis l*élevèrent au pontificat. Mais qui ne sait combien la religieuse soumission qu'on doit à tout ce qui part de cp trône auguste, et les hommages éternels dont le pontife est environné, le familiarisent peu avec une liberté chrétienne, et des discours qui ne sont pas faits pour louer? »

Ce langage parait se sentir un peu du mouvement gallican de 1682. Mais il ne faudrait pas en inférer que Massillon ait jamais manqué au respect et à la soumission qu'il devait au siège apostolique.

L'évéque de Clermont , rentré dans son diocèse tout aussitôt après avoir prononcé Toraison funèbre de Madame, ne le quitta plus, nous l'avons dit.

Tous ses soins se portèrent désormais à faire fleurir la piété et régner la charité dans la grande province dont l'administration spirituelle lui était confiée. 11 y trouva bien des réformes à faire parmi les pasteurs comme parmi le troupeau. Il mit à les réaliser le zèle le plus actif et le plus persévérant, surtout pour ce qui concernait le culte et les hautes fonctions du ministère.

Son soin à retrancher les abus dans les exercices de la religion éclatait de toutes les manières et s'appliquait à tous les détails. C'est dans ce sage esprit qu'il composa pour ses pré-

1res un nouveau bréviaire, dont il leur parle en ces termes dans un de ses Discours synodaux :

H Iji prière publique, vous le savez, est le canal le plus ordinaire et le pins fécond de toutes les grâces que Dieu répand sur les peuples; et on ne saurait trop, ou en éloigner tout ce qui peut distraire Tesprit et dessécher le cœur, ou y rassembler tout ce qui est le plus capable de fixer l'un et d'attendrir et d'enflammer Tautre. C'est ce que nous nous sommes proposé dans la composition de ce nouveau bréviaire. Tout ce qui ne nous a pas paru convenir à la décence et à la dignité de l'office public, nous l'avons retranché; nous y avons substitué les endroits des livres saints et des Pères qui nous ont paru les plus propres à nous instruire de nos devoirs, ou à exciter en nous ces mouvements tendres et vifs de repentir, d'actions de grâces, d'amour, d'adoration , de supplications , qui font devant Dieu tout le mérite de nos prières.

« Nous n'avons rien laissé de fabuleux, ni même de douteux, dans la vie des saints que l'Église nous propose pour modèles et pour l'objet public de notre culte ; ils nous ont laissé des exemples si certains et si incontestables de toutes les vertus, que l'Eglise n'a pas besoin de recourir à des faits supposés pour nous rendre ces héros de la religion respectables, i »

Il se trouvait plus heureux dans ces montagnes solitaires et sauvages qu^au sein de la capitale et au milieu de la cour, parce qu'il mettait tout son bonheur dans l'accomplissement de ses devoirs. Doué des qualités et des manières les plus liantes et les plus attachantes , il était un ange de paix pour tous ceux qui étaient placés sous son autorité. Il vivait également bien , rapporte-t-on , avec les jésuites et les oratoriens de son diocèse, et aimait à les réunir dans sa maison, où il leur marquait la même bienveillance et les mêmes égards, et se plaisait à les faire jouer aux échecs.

Les Nouvelles ecclésiastiques , feuille janséniste, lui jetaient fréquemment comme un reproche et une injure la qualification de ce pacifique prélat. Sans se prononcer plus qu'il ne devait en faveur des appelants indociles , il les défendait auprès de l'autorité ecclésiastique et séculière. Il s'occupa avec mesure , avec sagesse, et avec une tendresse ferme qui ose dire la vérité, à ramener M»' Soanen, évoque de Senez, ancien ora-

i. Disc, synod,, x. De la prière publique, 173'2.

torien qui avait des talents et des vertus, mais qui, pour avoir soutenu ouvertement et opiniâtrement les erreurs du père Ouesnel, qu'il avait eu pour confesseur à l'Oratoire, et pour avoir, dans une instruction pastorale, appelé la bulle Unigenitus un décret monstrueiuc, duquel il croyait devoir appeler au futur concile, s'était vu condamner au concile d'Embrun que le cardinal de Fleury avait assemblé en 1727, et que présida le cardinal de Tencin ; avait été suspendu de ses fonctions d' évoque et de prêtre, et exilé à l'abbaye de la Chaise-Dieu, daqs le diocèse de Clermont. Dans cette abbaye, Soanen se trouvait incommodé. Aussitôt que Massillon l'apprit, il lui fit offrir son château de Beauregard , dans la persuasion que la cour ne lui refuserait pas cet adoucissement. 11 renouvela son offre dans l'hiver de 1728, en proposant au malheureux évêque tout ce qui pourrait dépendre de lui pour améliorer sa situation. Il profita de cette occasion pour lui exprimer la douleur qu'il ressentait avec toute l'Église de sa triste séparation :

K Vous affligez l*Église par votre injuste séparation, lui dit -il. Vous alomniez vos confrères ; vous nous regardez tous comme des déserteurs de la vérité, comme des évèques livrés à la cour, et disposés à tout Hacrifier pour une misérable fortune : c'est là, du moins, le langage de vos adhérents.

« Je suis assurément le plus foible et le plus imparfait de mes confrères ; mais je vous déclare devant Dieu que c'est l'amour de l'Église et de sa doctrine tout seul qui me retient dans Tunion avec le pape et tous mes confrères; que je croirois être hors de l'Église si J'en étois séparé, et que je perdrois plutôt mille vies que de rompre les liens sacrés qui font toute ma sûreté et ma consolation.

« Je demande tous les jours à Dieu, monseigneur, qu'il vous mette dans les mêmes dispositions. Dépouillons-nous de toutes ces complaisances inséparables de la singularité ; regardons comme un piège que nous tend l'orgueil ce désir, souvent caché à nous-mêmes, de nous donner en spectacle. U est terrible d'être tout seul de son c6té, et d'avoir contre soi tout ce qui porte un nom d'autorité dans l'Église : cette solitude , loin de flatter Tamourpropre, doit alarmer la foi. l\ faut, pour être tranquille dans cet état, pouvoir parvenir à se persuader qu'on est seul plus éclairé ou plus sincère que tout l'univers ensemble, et penser, comme le pharisien, qu'on n'est pas fait comme le reste des hommes. > »

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