Lettre à M*' Soanen, évêque de Senez, 29 janv
30 NOTICK
Flattant un peu Téloignement que Soanen avait pour les opinions des jésuites, que Massillon lui-même, comme tous les oratoriens , était loin d'adopter sans exception :
« Les jésuites, dit Tévêque de Clermont, ont leurs opinions que rÉglisc tolère; mais croyez-vous que la plupart des évoques pensent et enseignent comme eux? Je puis attester le contraire. Au lieu de vous unir à nous pour aider à soutenir la même doctrine et la saine morale , vous nous affoiblissez en vous séparant de nous; vous donnez de nouvelles armes au molinisme; \ou8 aidez ses sectateurs à persuader au monde qu'on ne peut combattre leur doctrine sans tomber dans des excès opposés ; et votre conduite seule seroit capable de la faire prévaloir sur la vérité... Vous êtes seul, ajoute-t-il, comparé au reste de TÉglise. Vous avez été élevé dans son sein ; vous y avez vieilli : ne doit-il pas être douloureux pour vous, à la fin de votre arrière, de la voir armée contre vous, et de mourir dans sa haine et sa disgrftce? * »
Malgré ces sages représentations et ces tendres exhortations, Soanen mourut en effet dans son scandaleux entêtement, à Tabbaye de la Chaise-Dieu, en 1740, âgé de quatre-vingt-quatorze ans, honoré comme un saint par le parti, mais jugé par le reste de l'Église coupable d'opiniâtreté et d'orgueil.
Jamais Massillon ne se départit des sentiments de chanté , de dévouement qui honorent tout son caractère, et il les avait hautement proclamés dans les occasions les plus solennelles. C'est ainsi qu'en face du cercueil de l'auteur de la révocation de l'édit de Nantes, il n'avait pas craint de laisser voir combien il répugnait aux moyens violents employés pour la défense de l'Église et de la religion, quand il peignit » l'hérésie , depuis si longtemps redoutable au trône par la force de ses places , par la foiblesse des règnes précédents forcés à la tolérer, par un déluge de sang français qu'elle avoit fait verser, par le nombre de ses partisans et par la science orgueilleuse de ses docteurs, par l'appui de tant de nations, et même par r ancien souvenir et l'injustice de cette jowniée sanglante qui devrait être effacée de nos annales, que la piété et Vhumamtc