‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 14 sur 74 · Lettre du '29 Janvier · texte numérisé non relu

Lettre du '29 Janvier

désavouei'ont toujours, et qui, en voulant récraser sous un de nos derniers rois, ranima sa force et sa fureur, et fit, si je rose dire, de son sang, la semence de nouveaux disciples.' »

Massillon ne se contentait pas de professer des sentiments généreux, il se montrait bienfaisant dans sa conduite de tous les jours. Rien d'admirable comme son désintéressement et sa charité ! 11 réduisit à des sommes très-modiques ses droits épiscopaux. Tout son revenu appartenait aux pauvres. En deux ans, il fît porter vingt mille livres à THôtel-Dieu de Clermont.

Sa tendresse pour les malheureux éclate particulièrement dans la lettre qu'il adressa au cardinal de Fleury, relativement à Texcès des impôts qui pesaient sur l'Auvergne, et à l'affreuse misère des habitants des campagnes, dont il avait été témoin dans ses visites diocésaines :

« Les peuples de nos campagnes, y dit le compatissant prélat, vivent dans une misère affreuse, sans lit, sans meubles; la plupart même, la moitié de Tannée, manquent de pain d*orge ou d'avoine, qui fait leur unique nourriture , et qu'ils sont obligés de s'arracher de la bouche et de celle de leurs enfant^pour payer les impositions.

• J'ai la douleur d'avoir chaque année , monseigneur, ce triste spectacle devant mes yeux dans mes visites, ^on, monseigneur, c'est un fait certain, que dans tout le reste de la France il n'y a pas de peuple plus pauvre et plus misérable que celui-ci. H l'est au point que les nègi*e8 de nos lies sont infiniment plus heureux , car en travaillant ils sont nourris et habillés, eux, leurs femmes et leurs enfants , au lieu que nos paysans les plus laborieux du royaume ne peuvent, avec le travail le plus opiniâtre, avoir du pain pour eux et pour leur famille, et payer leurs subsides. S'il s'est trouvé dans cette province des intendants qui aient pu parler un autre langage, ils ont vérifié la vérité et leur conscience à une misérable fortune...

• Mais, monseigneur, continue -t-il un peu plus loin , à cette indigence ^nérale et ordinaire de la province se sont Jointes, ces trois dernières années, des grêles et des stérilités qui ont achevé d'accabler les pauvres peuples. i *hiver dernier, surtout, a été si affreux que, si nous avons échappé à lu famine et à une mortalité générale qui paroissoit inévitable, nous n'en avons été redevables qu'à un excès et à un empressement de charité que des personnes de tous les états ont fait paroltre pour prévenir tous les malheurs.

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