‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 2 sur 74 · I. Mémoires du père Bougerel · texte numérisé non relu

I. Mémoires du père Bougerel

SUR MÂKSILLON. 3

récit peu sûr de d'Alembert,^ ayant lu une longue lettre que le jeune novice lui avait adressée au nom de l'abbé de Sept- Fonts, y découvrit les preuves d'un talent qu'il ne voulut pas laisser étouffer dans la solitude. Il rentra dans la congrégation de l'Oratoire. Le père de La Tour, alors supérieur général , le chargea (1696) de la direction du séminaire de Saint-Magloire, destiné à former de jeunes prêtres à l'art de la prédication et à la pratique des devoirs et des vertus du sacerdoce. C'est là qu'il commença véritablement à acquérir de la célébrité par ses conférences ecclésiastiques. Le charme de ses discours, éloquents et insinuants, malgré la simplicité du ton, attira bientôt à Saint-Magloire l'affluence des hommes les plus distingués par leurs lumières et par leur rang. Plus tard , vers la fm de sa vie , Massillon reprit dans son évêché de Clermont ce genre d'instruction, parfaitement approprié à la nature de son talent, et en éleva le ton à la hauteur de ses discours les plus remarquables et les plus soignés.'

1. Cette anecdote du secrétaire perpétuel de 1* Académie française a été démentie par i*abbé de La Bâtisse, doyen de Téglise de Clermont, longtemps bmilier avec le pieux évoque, dont il connaissait toute la vie. « L*abbé de Sept-Fonts,— dit-il dans une lettre à M. de Clermont-Ferrand, du 26 septembre 1179, — Tabbé de Sept-Fonts étoit pour lors dom de Beaufort, homme de naissance, d'esprit et d'une grande vertu ; s'il eût reçu une lettre du cardinal, eût -il été embarrassé pour y répondre? et, supposé son embarras, entre cent cinquante religieux auroit-il choisi un novice qui n'étoit pas dans nue position à faire éclater des talents? Ces raisons seules fonderoient de violentes saspicions contre l'existence de la lettre de l'Énfinence; mais passons la vraysemblance, il est certain que la vérité manque. M. Massillon n'a jamais été novice à Septr-Fonts. Nous avons ici deux oratoriens plus qu'octogénaires qui ont vécu quelques années dans la congrégation avec le père Massillon, ils prouvent l'impossibilité du prétendu septfonisme; mais une preuve sans réplique, c'est le témoignage de dom Dorotée, actuellement abbé et religieux de cette abbaye depuis trente -huit ans, qui m'assume, dans une lettre que j'ay sous les yeux, que cette prétendue anecdote est une fable, et que M. Massillon n'a jamais été novice à Sept-Fonts. »

Cette lettre curieuse, qu'on ne trouve dans aucun des recueils littéraire» du temps, a été insérée, par M. L. Paris, dans le Cabinet historique, t. III, p. 320 et suivantes. Elle contient la réfutation de plusieurs autres assertiont» légères de d'Alembert.

2. La Harpe a justement signalé plusieurs de ces conférences. <i II faut

NOTICK

Les supérieurs de Massillon , désormais convaincus de sa vocation, résolurent de l'appliquer exclusivement à la chaire. Dans sa timide modestie , il témoigna de la répugnance à se rendre à ce désir; mais enfin il céda, et le succès dépassa toutes les espérances, d'abord à la station du carême, qu'il alla prêcher à Montpellier, en 1698, et ensuite à celle du carême qu'il prêcha , l'année suivante , dans l'église de l'Oratoire de Paris, rue Saint-Honqré.^

(( La grande réputation de ce prédicateur, dit l'abbé Le Dieu , après son premier carême à Paris , lui mérita de passer de plein saut de la chaire des pères de l'Oratoire à celle du château de Versailles.* » Il y prêcha l'avent de 1699, et obtint l'admiration de son auditoire. On fut particulièrement frappé de Texorde de son premier discours, où, par un merveilleux coup de Tart, il avait pris pour texte : Beati qui lugent : Bien-

lire, dit ce célèbre critique, le discours qui a pour titre : De Vambitûm des clercs. Cest là quMl tonne contre cet impérieux préjugé qui voudrait attribuer les grands biens et les dignités de TÊglise à une seule classe d'hommes, comme une espèce de patrimoine qui leur appartient. » {Lycée, 2* partie, liv. Il, ch. I, sect. 4.)

« Le discours sur VUsage dês revenus ecclésiastiques, continue-t-il un peu plus loin, offre quelque chose de plus frappant; il ressemble à une prophétie qui u*a été que trop vérifiée :

« Le maniement des revenus ecclésiastiques n*est qu'une simple dispen- « sation, puisque ce sont des fonds publics pour ainsi dire destinés à servir « de ressource aux calamités publiques : nos besoins, une fois mesurés avec M la religion, et retranchés, le reste n*est plus à nous, n*est plus qu'un bien « étranger qu'on met en dép6t entre nos mains. »

On trouvera dans ce recueil des fragments assez étendus de ces deux conférences mémorables.

1. D'après des mémoires particuliers cités par le père Bougerel, le duc de Lorraine, à une époque que nous ne saurions préciser, le demanda pour prêcher le carême à sa cour, et les auditeurs accoururent en foule, de trente lieues à la ronde, pour avoir le bonheur de l'entendre.

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