‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 31 sur 74 · Cet y n*à pas an rapport bien déterminé · texte numérisé non relu

Cet y n*à pas an rapport bien déterminé

preniez de si loin et si sûrement vos mesures pour tromper les yeux d'un époux, la vigilance d'une mère , la bonne foi peut-être d'un confesseur; vous n'auriez pas survécu à un accident qui eût trahi là-dessus vos précautions et vos artifices. Soins inutiles I vous ne couvriez, dit le Prophète, vos débordements que d'une toile d'araignée, que le Fils de l'homme dissipera en ce grand jour du seul souffle de sa bouche. J'assemblerai, dit le Seigneur, autour de vous, devant les nations assemblées, tous vos amants profanes : Congregabo super te omnes amatores tuos (Ezech., XVI, 37). Ils verront cette suite étemelle de feintes, d'artifices, de bassesses , ce trafic honteux de protestations et de serments, dont vous vous serviez pour fournir en même temps à des passions diflérentes et pour endormir leur crédulité ; ils les verront, et, remontant jusqu'à la source des complaisances criminelles que vous aviez pour eux, ils les trouveront, non pas dans leur prétendu mérite, comme vous aviez voulu le leur persuader, mais dans votre mauvais caractère, dans un cœur naturellement emporté, vous qui vous piquiez de l'avoir si noble, si sincère, et incapable d'être touché que du seul mérite : Congregabo super te omnes amatores tuos... et videbunt omnem turpitudinem tuam (EzBCH., xvi, 37). Et tout cela se passera aux yeux de l'univers, de vos amis, qu'une apparence de régularité vous avoit conservés ; de vos proches , qui ne connoissoient pas le déshonneur dont vous les couvriez; de ce confesseur, que vous aviez toujours trompé ; de cet époux, qui avoit si fort compté sur votre fidélité : Et videbunt omnem turpitudinem tuam.

0 mon Dieu! la terre aura-t-elle d'abtmes assez profonds où ne voulût alors se cacher l'âme mfidèle? Car dans le monde les hommes ne voient jamais de nos vices que

les dehors et les scandales , et cette confusion nous est commune avec ceux qui se trouvent tous les jours coupables des mêmes fautes ; mais devant le tribunal de Jésus- Christ on verra vos foiblesses dans votre cœur même, c'està-dire leur naissance , leurs progrès, leurs motifs les plus secrets , et mille circonstances honteuses et personnelles, dont vous rougirez plus que des crimes mêmes : ce sera là une confusion qui vous sera propre et que vous ne partagerez avec personne : Et videbunt omnem turpitudinem tuant.

Enfin, la dernière circonstance qui rendra la honte du pécheur accablante, seront ses qualités personnelles.

Vous passiez pour un ami fidèle, sincère, généreux ; on verra que vous étiez lâche, perfide, intéressé, sans foi, sans honneur, sans probité, sans conscience, sans caractère. Vous vous étiez donné pour une ftme forte et audessus des foiblesses vulgaires ; et vous allez exposer les bassesses les plus humiliantes, et des endroits dont l'âme la plus vile mourroit de honte. On vous regardoit dans le monde comme un homme intègre et d'une probité à f épreuve dans l'administration de votre charge; cette réputation vous avoit peut-être attiré de nouveaux honneurs et la confiance publique : vous abusiez cependant de la crédulité des hommes ; ces dehors pompeux d'équité cachoient une âme inique et rampante , et des vues de fortune et d'intérêt avoient mille fois trahi en secret votre fidélité et corrompu votre innocence. Vous paroissiez orné de ssdnteté et de justice ; vous étiez toujours revêtu de la ressemblance des justes; on vous croyoit l'ami de Dieu et l'observateur fidèle de sa loi; et cependant votre cœur n'étoit pas droit devant le Seigneur : vous couvriez sous le voile de la religion une conscience souillée et des mys-

tëres d'ignominie ; vous marchiez sur les choses saintes pour arriver plus sûrement à vos fins. Ah ! vous allez donc en ce jour de révélation détromper tout l'univers; ceux qui vous avoient vu sur la terre, surpris de votre nouvelle destinée, chercheront l'homme de bien dans le réprouvé : l'espérance de l'hypocrite sera alors confondue. Vous aviez joui injustement de l'estime des hommes : vous serez connu, et Dieu sera vengé. Enfin, mais oserai- je le dire ici, et révéler la honte de mes frères? vous étiez peutêtre dispensateur des choses saintes, élevé en honneur dans le temple de Dieu ; le dépôt de la foi , de la doctrine , de la piété, vous étoit confié; vous paroissiez tous les jours dans le sanctuaire revêtu des marques redoutables de votre dignité, offrant des dons purs et des sacrifices sans tache ; on vous confioit le secret des consciences, vous souteniez le foible dans la foi, vous parliez de la sagesse parmi les parfaits ; et sous ce que la religion a de plus auguste et de plus saint , vous cachiez peut-être ce que la terre a de plus exécrable; vous étiez un imposteur, un homme de péché assis dans le temple de Dieu ; vous enseigniez les autres, et vous ne vous enseigniez pas vousmême; vous inspiriez de l'horreur pour les idoles, et vous ne comptiez vos jours que par vos sacrilèges. Ah! le mystère d'iniquité sera donc révélé, et l'on vous connoîtra enfin pour ce que vous aviez toujours été, l'anathème du ciel , et la honte de la terre : Et videbunt omnem turpitudinetn tuam.

Voilà, mes frères, toute la confusion dont sera accablée l'âme criminelle. Et ce ne sera pas ici une confusion passagère. Dans le monde, il n'y a de pénible à essuyer que la première honte d'une faute; les bruits tombent peu à peu; de nouvelles aventures prennent enfin la place des

nôtres , et le souvenir de nos chutes s'éteint et s'évanouit avec l'éclat qui les avoit publiées. Mais au grand jour la honte demeurera éternellement sur l'âme criminelle ; il n'y aura plus de nouveaux événements qui fassent perdre de vue ses crimes et son opprobre; rien ne changera plus, tout sera fixe et étemel; ce qu'elle aura paru devant le tribunal de Jésus-Christ, elle le paroîtra durant l'éternité tout entière ; le caractère même de ses tourments publiera sans cesse la nature de ses fautes, et sa honte recommen* cera tous les jours avec son supplice. Mes frères, les réflexions sont ici inutiles, et, s'il vous reste encore quelque foi, c'est à vous à sonder votre conscience et à prendre dès ce moment des mesures poiu* soutenir la manifestation de ce jour terrible.

Mais après vous avoir montré la confusion publique dont sera couvert le pécheur, que ne puis-je vous exposer ici quelle sera la gloire et la consolation du véritable juste lorsqu'on étalera aux yeux de Tunivers les secrets de sa conscience et tout le mystère de son cœur; de ce cœur dont toute la beauté, cachée aux yeux des hommes, n'étoit connue que de Dieu seul ; de ce cœur où il avoit toujours cru voir des taches et des souillures, dont son humilité lui avoit dérobé toute la sainteté et Tinnocence; de ce cœur où Dieu seul avoit toujours fait sa demeure , et qu'il avoit pris plaisir d'orner et d'enrichir de ses dons et de ses grâces 1 Que de nouvelles merveilles va offrir aux yeux des spectateurs ce sanctuaire divin, jusque-là si impénétrable, lorsque le voile en sera ôté I que de fervents désirs I que de victoires secrètes I que de sacrifices héroïques I que de prières pures ! que de tendres gémissements I que de transports amoureux I que de foi I que de grandeur ! que de magnanimité 1 que d'élévation au-dessus de tous ces vains

objets qui forment tous les désirs et toutes les espérances des hommes I On verra alors que rien n*étoit plus grand et plus digne d'admiration dans le monde qu'un véritable juste, que ces âmes qu'on regardoit comme inutiles, parce qu'elles Tétoient à nos passions, et dont on méprisoit tant la vie obscure et retirée ; on verra que ce qui se passoit dans le cœur d'une âme fidèle avoit plus d'éclat et de grandeur que tous ces grands événements qui se passent sur la terre, méritoit seul d'être écrit dans les livres étemels, et offroit aux yeux de Dieu un spectacle plus digne des anges et des hommes que les victoires et les conquêtes qui remplissent ici-bas la vanité des histoires, auxquelles on élève des monuments pompeux pour en éterniser le souvenir, et qui ne seront plus regardées alors que comme des agitations puériles ou le fruit de l'orgueil et des passions humaines. Premier désordre réparé dans ce grand jour : le vice dérobé ici-bas à la honte publique, et la vertu aux éloges qu'elle mérite.

Le second désordre qui naît dans le monde du mélange des bons et des méchants est l'inégalité de leurs conditions et l'injuste échange de leurs destinées. Il est du siècle présent comme de la statue dont Daniel expliqua le mystère : les justes, comme une argile que l'on foule aux pieds ou comme un fer durci par le feu des tiîbulations, n'y occupent d'ordinaire que les parties les plus basses et les plus méprisables ; au lieu que les pécheurs et les mondains, figurés par l'or et par l'argent, vains objets de leurs passions, s'y trouvent presque toujours placés à la tête, et dans les lieux les plus éminents. Or, c'est un désordre; et, quoique par là les bons soient exercés et les pécheurs endurcis; quoique cette confusion de biens et de maux entre dans l'ordre de la Providence, et que, par des routes

et des ménagements impénétrables, Dieu s'en serve pour conduire à ses fins le juste et le pécheur, il faut cependant que le Fils de rbonune rétablisse toutes choses : Per ipmm imtaurare omnia (Ephes., i, 10); et qu'on voie enfin quelle différence on doit faire de l'impie d'avec l'homme de bien, de celui qui sert le Seigneur, d'avec celui qui le méprise : Quid sit inter justum et impium ; et inier êervieniem DeOy et non servieniem ei (Malagh., m, 18). Or, voilà le spectacle de ce dernier jour : l'ordre sera rétabli, les bons séparés des méchants; les uns placés à la droite, et les autres à la gauche : Et statuet oves quidem a dextris misy hœdos autem a sinistris (Matth., XXY, 33).

Séparation, premièrement, toute nouvelle. On ne vous demandera pas, pour décider du rang que vous devez occuper dans cette formidable scène, votre nom, votre naissance, vos titres, vos dignités ; ce n'étoit là qu'une famée, qui n'avoit de réalité que dans l'erreur publique; on examinera seulement si vous êtes un animal immonde ou une brebis innocente. On ne séparera pas le prince du sujet, le noble du roturier, le pauvre du puissant, le conquérant du vaincu ; mais la paille du bon grain, les vases d'honneur des vases de honte, les boucs des brebis : Et statuet oves quidem a dextris suisy hœdos autem a sinistris.

On verra le Fils de l'homme parcourant des yeux , du haut des airs, les peuples et les nations confondus et assemblés à ses pieds, relisant dans ce spectacle l'histoire de l'univers, c'est-à-dire des passions ou des vertus des hommes ; on le verra rassembler ses élus des quatre vents ; les choisir de toute langue, de tout état, de toute nation ; réunir les enfants d'Israël dispersés dans l'univers ; exposer

l'histoire secrète d'un peuple saint et nouveau; produire sur la scène des héros de la foi jusque-là inconnus au monde ; ne plus distinguer les siècles par les victoires des conquérants, par l'établissement ou la décadence des empires, par la politesse ou la barbarie des temps, par les grands hommes qui ont paru dans chaque âge, mais par les divers triomphes de la grâce, par les victoires cachées des justes sur leurs passions, par l'établissement de son règne dans un cœur, par la fermeté héroïque d'un fidèle persécuté. Vous le verrez changer la face des choses, créer un nouveau ciel et une nouvelle terre, et réduire cette variété infinie de peuples, de titres, de conditions, de dignités, à un peuple saint et un peuple réprouvé, aux boucs et aux brebis : Et statuet oves quidem a dexiris suisy hœdos autem a sinistris.

Séparation, secondement, cruelle. On séparera le père de l'enfant, l'ami de son ami, le frère de son frère : l'un sera pris, et l'autre laissé. La mort, qui nous ravit les personnes chères, et qui nous fait pousser tant de soupirs et verser tant de larmes, nous laisse du moins une consolation dans l'espérance d'être un jour réunis avec elles. Ici la séparation sera éternelle; il n'y aura plus d'espoir de réunion ; nous n'aurons plus de proches, de père, d'enfant, d'ami; plus de liens que les flammes éternelles qui nous uniront pour toujours aux réprouvés.

Séparation, troisièmement, ignominieuse. On est si vif sur une préférence, lorsque dans une occasion d'éclat on nous oublie, on nous laisse confondus dans la foule I on est si touché lorsque, dans la distribution des grâces, on voit des subalternes emporter les premières places; nos services oubliés, et ceux que nous avions toujours vus audessous de nous, élevés et placés sur nos têtes I mais

c'est dans ce grand jour où * la préférence sera accompagnée des circonstances les plus humiliantes pour Tâme criminelle. Vous verrez dans ce silence universel, dans cette attente terrible où chacun sera de la décision de sa destinée, le Fils de l'homme s'avancer dans les airs, des couronnes dans une main, et la verge de sa fureur dans Tautre, venir enlever à vos côtés un juste dont vous aviez peut-être ou calomnié l'innocence par des discours téméraires, ou méprisé la vertu par des plaisanteries impies; un fidèle, qui peut-être étoit né votre sujet; un Lazare, qui vous avoit importuné inutilement dû récit de ses besoins et de son indigence ; un concurrent que vous aviez toujours regardé d'un œil de mépris, et sur les ruines duquel vos intrigues et vos artifices vous avoient élevé : vous verrez le Fils de l'homme lui mettre sur la tête une couronne d'immortalité, le faire asseoir à sa droite, tandis que vous, comme le superbe Aman, rejeté, humilié, dégradé, n'aurez plus devant vos yeux que l'appareil de votre supplice.

Oui, mes frères, tout ce qu'une préférence peut avoir d'accablant se trouvera dans celle-ci. Un sauvage converti à la foi trouvera sa place parmi les brebis, et le chrétien, héritier des promesses, sera laissé parmi les boucs. Le laïque s'élèvera comme un aigle autour du corps , et le ministre de Jésus-Christ restera couvert de honte et d'opprobre sur la terre. L'homme du monde passera à la droite, et le solitaire à la gauche. Le sage, le savant, l'investigateur du siècle sera chassé du côté des animaux immondes ; et l'idiot qui ne savoit pas même répondre aux bénédictions communes sera placé sur un

1. Pour que, conformément à ta pratique générale du xvii* siècle.

438 SERMONS DE MÂSSILLON.

trône de gloire et de lumière. Rahab, une femme pècheresse, montera à la céleste Sion, avec les vrais Israélites; et la sœur de Moïse, et l'épouse de Jésus-Christ, sera séparée du camp et des tentes d'Israël, et paroitra couverte d'une lèpre honteuse : Et statuet oves quidem a dextris suis y hœdos autem a sinistris. Vous voulez, ô mon Dieu, que rien ne manque au désespoir de l'âme infidèle. Ce ne sera pas assez de l'accabler sous le poids de son infortune ; vous lui ferez encore un nouveau supplice de la félicité des justes qui lui seront préférés, et qu'elle verra portés par les anges dans le sein de l'immortalité.

Quel changement de scène dans l'univers, mes frères ! C'est alors que tous les scandales étant arrachés du royaume de Jésus-Christ, et les justes entièrement séparés des pécheurs, ils formeront ime nation choisie, une race sainte, et l'Église des premiers-nés, dont les noms étoient écrits dans le ciel. C'est alors que le commerce des méchants, inévitable sur la terre, ne fera plus gémir leur foi et trembler leur innocence ; c'est alors que leur partage n'ayant plus rien de commun avec les infidèles et les hypocrites, ils ne seront plus contraints d'être les témoins de leurs crimes, ou quelquefois même les ministres involontaires de leurs passions ; c'est alors que tous les liens de société, d'autorité ou de dépendance, qui les attacboient ici-bas aux impies et aux mondains , étant rompus , ils ne diront plus avec le Prophète : Seigneur, pourquoi prolongez-vous ici notre exil et notre demeure ? notre âme sèche de douleur à la vue des crimes et des prévarications dont la terre est infectée. C'est alors enfin que leurs pleurs se changeront en joie, et leurs gémissements en actions de grâces ; ils passeront à la droite comme des brebis, et la gauche sera

pour les boucs et pour les impies : Et statuet oves quidem a dextris suisy hœdos auiem a sinistris.

La disposition de l'univers ainsi ordonnée; tous les peuples de la terre ainsi séparés ; chacun immobile à la place qui lui sera tombée en partage; la surprise, la terreur, le désespoir, la confusion , peinte sur le visage des uns ; sur celui des autres la joie, la sérénité, la confiance ; les yeux des justes levés en haut vers le Fils de Thomme, d'où ils attendent leur délivrance; ceux des impies fixés d*une manière affreuse sur la terre, et perçant presque les abîmes de leurs regards , comme pour y marquer déjà la place qui leur est destinée; le Roi de gloire, dit l'Évangile, placé au milieu des deux peuples, s'avancera; et se tournant du côté de ceux qui seront à sa droite, avec un air plein de douceur et de majesté , et seul capable de les consoler de toutes leurs peines passées, il leur dira : VeneZy les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dés le commencement des siècles (Matth., xxv, 3A). Les pécheurs vous avoient toujours regardés comme le rebut et la portion la plus inutile du monde ; qu'ils apprennent aujourd'hui que le monde lui-même ne subsistoit que pour vous, que tout étoit fait pour vous, et que tout a fini dès que votre nombre a été rempli. Sortez enfin d'une terre où vous aviez toujours été étrangers et voyageurs ; suivez-moi dans les voies immortelles de ma gloire et de ma félicité, comme vous m'aviez suivi dans celles de mes humiliations et de mes souffrances. Vos travaux n'ont duré qu'un instant ; le bonheur dont vous allez jouir ne finira plus : VenilCy benedicti Patris meiy possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi (Matth., xxv, 3i).

Puis se tournant à gauche , la vengeance et la fureur dans les yeux, lançant çà et là des regards terribles,

comme des foudres vengeurs sur cette foule de coupables ; d'une voix, dit un Prophète, qui entr' ouvrira les entrailles de l'abîme pour les y engloutir, il dira, non comme sur la croix : Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font; mais : Retirez-vous, maudits, dans le feu éternel qui est préparé à Satan et à ses anges ; vous étiez les élus du monde, vous êtes maudits de mon Père ; vos plaisirs ont été rapides et passagers, vos peines seront éternelles : Discedite a me, maledictij in ignem œternum qui paratus est diabolo et angelis ejus (M/ltth., xxv, 41). Les justes alors, s' élevant dans les airs avec le Fils de l'homme , commenceront à chanter le cantique céleste : Vous êtes riche en miséricorde, Seigneur, et vous avez couronné vos dons en récompensant nos mérites. Alors les impies maudiront l'auteur de leur être, et le jour fatal qui présida à leur naissance ; ou plutôt ils entreront en fureur contre eux-mêmes, comme les auteurs de leurs malheurs et de leurs pertes. Les abîmes s'ouvriront, les cieux s'abaisseront, les réprouvés, dit l'Évangile, iront dans le supplice étemel, et les justes dans la vie éternelle : Ibunt hi in supplicium œternum , justi autem in vitam œtemam (Matth., xxv, 46). Voilà un partage qui ne changera plus.

Après un récit si formidable et si propre à faire impression sur les cœurs les plus endurcis, je ne puis finir qu'en vous adressant les mêmes paroles que Moïse adressa autrefois aux Israélites, après leur avoir exposé les menaces terribles et les promesses consolantes renfermées dans le livre de la loi : Enfants d'Israël, leur disoit ce sage législateur, je vous propose aujourd'hui une bénédiction et une malédiction : En propono in conspectu vestro hodie benedictionem et maledictionem (Deux., xi, 26) ; une béné-

diction, si vous obéissez aux commandements du Seigneur votre Dieu : Benedictionem^ si obedieritis mandatis Domini (Deut., xi, 27) ; et une malédiction, si vous sortez de la voie que je vous montre, pour suivre les dieux étrangers : Maledictionem , si recesseritis de via quam ego nunc ostendo vobisy et ambulaveritis post deos aliénas (Ibid., 28).

Voilà, mes frères, ce que je vous dis en finissant un sujet si terrible. C'est à vous maintenant à opter et à vous déclarer : voilà la gauche et la droite, les promesses et les menaces, les bénédictions et les malédictions. Votre destinée roule sur cette affreuse alternative : ou vous serez du côté de Satan et de ses anges , ou vous serez élus avec Jésus-Christ et ses saints; il n'y a point ici de milieu : je vous ai montré la voie qui conduit à la vie et celle qui mène à la perdition. Dans laquelle des deux marcbez-vous ? et de quel côté vous trouveriez-vous si vous paroissiez dans ce moment devant le tribunal redoutable? On meurt comme on a vécu : craignez que votre destinée d'aujourd'hui ne soit votre destinée étemelle. Sortez dès à présent des voies des pécheurs; commencez à vivre comme les justes, si vous voulez dans ce dernier jour être placés à la droite , et monter avec eux dans le séjour de la bienheureuse immortalité. Ainsi soit-il.

SERMON

POUR

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