‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 43 sur 74 · LE JEUDI APRÈS LES GENDRES · texte numérisé non relu

LE JEUDI APRÈS LES GENDRES

Amen dico t^Ms, non inveni tantam fidem in

Israël,

Je vous le dis en vérité, je n*ai pas trouTé une si grande foi dans Israël.

( Mattb., VI11, 10.)

D'où venoit donc Tincrédulité que Jésus-Christ reproche aujourd'hui aux Juifs? et quel sujet pouvoient-ils avoir de douter encore de la sainteté de sa doctrine et de la vérité de son ministère? Ils avoient demandé des miracles et il en avoit opéré à leurs yeux -de si convaincants que personne avant lui n'en avoit fait de semblables. Ils avoient souhaité que sa mission fût autorisée par des témoignages; Moïse et les prophètes lui en avoient rendu; le Précurseur avoit dit hautement : Voilà le Christ et l'agneau qui vient effacer les péchés du monde ; un gentil rend gloire dans notre Évangile à sa toute-puissance ; le Père céleste du haut des airs avoit déclaré que c'étoit là son Fils bien-aimé ; enfin les démons eux-mêmes, frappés de sa sainteté , ne sortoient des corps qu'en confessant qu'il étoit le Saint et le Fils du Dieu vivant. Que pouvoit encore

SUR LA VÉRITÉ DE LA RELIGION. i3H

opposer Fincrédulité des Juifs à tant de preuves et de prodiges?

Voilà , mes frères , ce qu'on pourroit demander aujourd'hui avec bien plus de surprise à ces esprits incrédules, lesquels après l'accomplissement de tout ce qui avoit été prédit , après la consommation des mystères de Jésus- Christ , l'exaltation de son nom , la manifestation de ses dons, la vocation des peuples, la destruction des idoles, la conversion des césars, le consentement de l'univers, doutent encore , et entreprennent eux seuls de contredire et de renverser ce que les travaux des hommes apostoliques , le sang de tant de martyrs , les prodiges de tant de serviteurs de Jésus-Christ , les écrits de tant de grands hommes , les austérités de tant de saints anachorètes et la religion de dix-sept siècles ont si universellement et si divinement établi dans l'esprit de presque tous les peuples.

Car, mes frères, au milieu des triomphes de la foi s'élèvent encore en secret parmi nous des enfanta d'incrédulité , que Dieu a livrés à la vanité de leurs pensées, qui blasphèment ce qu'ils ignorent; des hommes impies qui changent, comme dit un apôtre, la grâce de notre Dieu en luxure, souillent leur chair, méprisent toute domination, blasphèment la majesté, corrompent toutes leurs voies comme des animaux sans raison , et sont réservés à servir un jour d'exemple aux jugements terribles de Dieu sur les hommes.

Or, si parmi tant de fidèles que la religion assemble en ce lieu, il se trouvoit quelque âme de ce caractère, souffrez, vous, mes frères, qui conservez avec respect le dépôt de la doctrine que vous avez reçue des mains de vos ancêtres et de vos pasteurs, que je me serve de cette occasion, ou pour les détromper, ou pour les combattre. Souffrez

i36 SERMONS DE MASSILLON.

que je fasse ici une fois ce que les premiers pasteurs de rÉglise faisoient si souvent devant leur peuple assemblé, c est-à-dire que j'entreprenne Tapologie de la religion de Jésus-Christ contre l'incrédulité ; et qu'avant que de vous instruire de vos devoirs durant cette longue carrière , je commence par jeter les premiers fondements de la foi. Il est si consolant pour ceux qui croient de découvrir combien leur soumission est raisonnable , et de se convaincre que la foi qui parott Técueil de la raison en est pourtant la seule consolation, le seul guide et l'unique ressource.

Voici donc tout mon dessein. L'incrédule refuse de se soumettre aux vérités révélées , ou par une vaine affectation de raison, ou par un faux sentiment d'orgueil, ou par un amour mal placé d'indépendance.

Or, je veux montrer aujourd'hui que la soumission que l'incrédule refuse par une vaine affectation de raison est l'usage le plus sensé qu'il puisse faire de la raison même; que la soumission qu'il refuse par un faux sentiment d'orgueil en est la démarche la plus glorieuse ; et enfm que la soumission qu'il rejette par un amour mal placé d'indépendance en est le sacrifice le plus indispensable. Et de là je tirerai les trois grands caractères de la religion : elle est raisonnable ; elle est glorieuse ; elle est nécessaire.

0 mon Sauveur, auteur éternel et consommateur de notre foi, défendez vous-même votre doctrine. Ne souffrez pas que votre croix, qui vous a soumis l'univers, soit encore la folie et le scandale des esprits superbes. Triomphez encore aujourd'hui, par les prodiges secrets de votre grâce, de la même incrédulité dont vous triomphâtes autrefois par les opérations éclatantes de votre puissance; et détruisez par ces lumièras vives qui éclairent

les cœurs , plus efficaces que tous nos discours , toute hauteur qui s'élève encore contre la science de vos mystères.

Ave y Maria,

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