Panfqtfrique (le Ijouis XIV, 2* partie
hontea^, et où les hommes, vivant sans Dieu sur la terre, ne vous connottroient plus que pour vous faire servir à leurs cupidités injustes ?> »
Dans ses peintures de mœurs , Massillon s'arrête quelquefois à des détails assez minutieux , comme dans cet exposé des moyens par lesquels la mollesse cherche à éluder la rigueur du précepte du jeûne :
m II semble que toute notre attention se borne à faire en sorte qu*on puisse arriver à Theure du repas sans s'être aperçu de la longueur et de la rigueur du jeûne.
« Et de là (puisque vous nous obligez de le dire ici, et de mettre ces détails indécents à la place des grandes vérités de la religion), de là on prolonge les heures du sommeil pour abréger celles de rabstinence , on craint de sentir un seul moment la rigueur du précepte, on étouffe dans la mollesse du repos Taiguillon de la faim, dont le Jeûne même de Jésus-Christ ne fut pas exempt ; on nourrit dans Toisiveté d*un lit une chair que TÉglise avoit prétendu exténuer et affliger par la pénitence ; et, loin de prendre la nourriture comme un soulagement nécessaire accordé enfin à la longueur de l'abstinence, on y porte un corps encore tout plein des fumées de la nuit, et on n'y trouve pas même le goût que le seul plaisir auroit souhaité pour se satisfdire. >i>
Les vices des grands et des princes ne sont pas plus à couvert du zèle de Massillon que ceux des petits et du peuple; et , par les hardies censures qu'il en ose faire , il montre qu'il n'est pas « un de ces ministres timides qui , sous prétexte d'honorer les grands, croient qu'il faut Tespecter leurs vices; qui, éblouis de l'éclat qui les environne, n'osant envisager leurs démarches , se mettent volontairement un voile devant les yeux, de peur de les apercevoir, et donnent à leur foiblesse les noms spécieux de modération et de prudence '. »
11 s'indigne saintement et éloquemment de la prétention qu'ont ces grands d'être épargnés plus que la multitude par les ministres de la parole sainte :
« Aujourdlmi, dans le siècle, s'érrie-t-il, si Ton se trouve né avec quelque distinction , on exige des ministres de Jésus-Christ des égards et des
1. Sermon pour le mardi de la première sema -ne de. Carême, Sur le respect dans les temples , S* partie.
2. Sermon pour le mercredi des Cendres, Sur le jeûne, 2' partie. A. Panégyrique de saint Bernard , S' partie.
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ménagements indignes de leur caractère ; ou est biesf^ de leur zèle, on croit être dégrad<^ , 8*ils nous disent la vérité comme ils la disent au peuple : on diroit que la sainte sévérité de TÊvangile ne regarde plus que les &mes vulgaires, et que les vices des grands sont nés nobles comme eux, et qu'on leur doit les mêmes égards qu'à leurs personnes.^ »
Comme Bourdaloue, comme Fléchier, Massillon ne fait pas plus grâce aux vices et aux désordres du clergé qu'à ceux des autres conditions. Exposant combien d'hommes suivent une voie , une carrière différentes de celles qui leur avaient été tracées par la main de Dieu :
H On est surpris après cela quelquefois, mes frères, dit-il, que les mœurs des chrétiens aient si fort dégénéré : on se demande d'où vient que nos siècles sont si différents de ceux de nos pères, que tous les états ont corrompu leur voie, que la magistrature n'est presque plus qu'une honorable oisiveté ou un art de faire servir les lois à dépouiller les peuples mêmes en faveur de qui elles ont été faites; que la voie des armes n'est plus qu'une profession déclarée d'irréligion et de licence ; que la cour est le théAtre de toutes les passions; que tous les arts inventés pour les besoins et les délassements publics ne fournissent plus qu'au luxe et à la licence publique ; que l'art des arts, l'honneur du sanctuaire, n'est presque plus qu'un trafic honteux d'ambition et de cupidité; que la contagion n'a pas même épargné ces asiles saints et religieux élevés au milieu de nous ; et que, dans ces maisons de retraite, de prière, d'austérité, où il semble que le Seigneur devroit trouver cette foi qui n'est plus dans le reste de la terre, l'esprit du monde y règne quelquefois plus que dans le monde même : on en est, dis-je, surpris; et les Justes qui sont encore parmi eux en gémissent sans cesse devant le Seigneur, et lui demandent avec douleur d'où vient qu'il a abandonné son peuple.
« Mais la raison n'en est pas difficile à trouver : tout est corrompu, parce que nul homme n'est à la place où il devroit être, etc.'»
Dans son Petit Carême, parlant des tentations des grands, et en particulier du piège partout tendu sous leurs pas , il s'écrie :
<c Mais l'adulation la plus dangereuse est dans la bouche de ceux qui, par la sainteté de leur caractère, sont établis les ministres de la vérité. Allez , dit le Seigneur à l'esprit de mensonge ; entrez dans la bouche des prophètes du roi Achab; vous réussirez, vous le tromperez, et sa séduction est inévitable : decipieSt et prœvalebU, Hélas! si l'adulation a tant de