‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 58 sur 74 · LE MERCREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME

SUR LA VOGATIOiN.

Tune accetxil ad Jesum mater fUiorvm Zebedœi, cum filiii suit; et ait illi: Dit ui tedeant M duo fLlii mei, uwu» ad dextenm tuam, et uniu o^ sinistram, in regno tuo.

Alors la mère des enfants de Zébédée s'approcha de Jésus ayec ses deux fils, et lai dit : Ordonnez qae mes deux fils qae Toici soient assis dans votre royaume, l*un à votre droite, et l'autre à votre gauche.

(Mattb., XX, ;20, 21. )

Qu'il est rare, mes frères, que la nature s'accorde avec la grâce , et que les vues de la foi servent de règle aux projets et aux désirs d'une tendresse tout humaine ! Cette mère ne demande pour ses enfants qu'une gloire et une grandeur temporelle ; elle ne paroît ravie de les voir attachés à Jésus-Christ que dans l'espérance de les voir assis dans les premières places d'un royaume terrestre ; elle leur fait une destinée au gré de ses souhaits, sans consulter si les conseils éternels s'ajustent avec la témérité de ses espérances; elle ne consulte que l'excès d'une tendresse maternelle , et sans se mettre en peine si l'élévation où elle veut placer ses enfants est la situation que Jésus-Christ leur destine , elle les élève et les fait asseoir

de ses propres mains sur des trônes imaginaires, et usurpe les droits de Dieu , seul arbitre de la destinée des hommes.

Oui, mes frères, Dieu seul, qui voit nos cœurs et qui a marqué dès le commencement la voie par où il vouloit nous conduire, peut nous en inspirer le choix; à lui seul il appartient de nous appeler à Fétat où il nous a préparé dans ses conseils étemels des moyens de salut; lui seul doit être consulté dans une affaire où lui seul peut nous éclairer et nous conduire. Les usages, les passions, les circonstances du bien, du rang, de la naissance, qui ont d'ordinaire la meilleure part au choix d*un état de vie , sont des guides trompeurs qui nous font presque toujours prendre le change. Or, comme se tromper ici est de toutes les méprises la plus irréparable, je veux aujourd'hui vous exposer les règles de la foi sur un point si important de la doctrine chrétienne.

Il est vrai que la plupart de ceux qui m' écoutent sont déjà entrés dans des engagements qui ne leur permettent plus de choisir ; mais il ne sera pas inutile de leur découvrir dans le défaut de vocation la première source de leur infidélité aux devoirs de leur état, ou afin qu'ils rectifient par des larmes abondantes l'imprudence de leur choix, ou que, respectant l'ordre de Dieu dans la diversité des voies qu'il a marquées aux hommes , ils ne s'érigent pas en arbitres de la destinée de ceux à qui ils ont donné la vie, mais dont le sort n'en est pas moins entre les mains du Seigneur.

Voici donc tout le sujet de ce discours. Le choix d'un état est, de toutes les circonstances de la vie , celle où la méprise est plus ordinaire ; le choix d'un état est, de toutes les circonstances de la vie, celle où la méprise est plus à craindre. La rareté d'une vocation véritable, les

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périls d'une fausse vocation, c'est sur quoi j'ai à vous instruire. Implorons, etc.

Ave y Maria.

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