LETTRE XIII
A la même,
Paris, 1 5 juillet 1790.
Bon Dieu! que j'admire votre courage et que j'aime votre bonté ! Que je vous ai désirée à la place où j*étois, en face de Tautel, et, tout auprès, un asile contre les averses! Je sais oîi vous étiez, et vous étiez bien mal. Dans ce moment, je vous aurois presque grondée; mais je vous aurois aimée davantage , s'il est possible. Comme il n'y aura plus de fédération, j'espère que vous vous ménagerez, que vous soignerez ce mieux qui, Dieu merci, est arrivé bien vite, dont j'irai voir les progrès au plus tôt, peut-être aujourd'hui même, et dont je vous remercie.
J'aime bien encore votre nouvelle profession de foi : nous sommes inébranlables dans notre religion. J'entends crier à mes oreilles, tandis que je vous écris : Suppression de toutes les pensions de France! et je dis : « Supprime tout ce que tu voudras, je ne changerai ni de maximes ni de sentimens. » Les hommes marchoient sur leur tête, et ils marchent sur les pieds; je suis content : ils auront toujours des défauts, des vices même ; mais ils Chamfort. — II. 3 3
n'auront que ceux de leur nature, et non les difformités monstrueuses qui composoient un gouvernement monstrueux.
Adieu, mon aimable amie, conservez-vous pour vos amis. Faisons durer tout ce qui est bon de l'ancien temps , qui étoit si mauvais !