SCÈNE XXII
MAITRE ANDBÉ , MESSIRË MACO.
ANDRÉ. Saluts et encouragements, etc.
HAGO. Bon jour et bon an. Et le'Iivre, où est-il ?
ANDRÉ. Le voici, au bon plaisir de votre seigneurie.
MACO. Je me mourrai, si vous ne me lisez pas une leçon maintenant.
ANDRÉ. Vous êtes facétieux.
MACO. Vous avez tort de médire une injure.
ANDRÉ. Je vous dis une injure en vous appelant facétieux?
MACO. Oui, parce que ni moi ni aucun de ma famille ne fut jamais facétieux. Maintenant, commencez.
ANDRÉ. Il importe, avant tout, que le courtisan sache blasphémer ; qu'il sache être joueur, envieux, putassier, hérétique, adulateur, médisant, ingrat, ignorant, àne; qu'il sache hà-^ Mer '^y faire le damoiseau'**, et être à la fois agent et patient.
HAco. jédagio, ptano, ferme» Que veut dire agent et fa* iientl Je n^entends point cette énigme.
ANDRÉ. GeJa veut dire femme et mari.
NACo. 11 me semble vous comprendre. Mais comment d^ vient-on hérétique ?^ C'est là la question.
ANDRÉ. Remarquez.
NACO. Je remarque très-bien.
ANDRÉ. Quand quelqu^m vous dit qu'à la cour on trouve bonté, discrétion, amour ou conscience, dites : « Je ne le crois point. >
NACO. Je ne le crois point '**.
ANDRÉ. A qui voudrait vous faire croire que ce soit un péché de rompre le carême, dites : < Je m'en moque. »
MACo. Je m'en moque.
ANDRÉ. £n somme, à qui vous dit du bien delà cour, dites: « Tu es un menteur. >
MACo. Il sera mieux que je dise : < Tu mens par la gorge. >
ANDRÉ. Ce sera plus intelligible et plus bref.
MACO. Pourquoi blasphèment-ils, les courtisans, maître?
ANDRÉ. Pour paraître habiles, et par la cruauté d'Acursius ^* et de ses pareils qui dispensent les faveurs "' de la cour, lesquels, donnant les rentes à des vauriens, et faisant pàtir les bons serviteurs, réduisent à un tel désespoir les courtisans, que ceux-ci sont près de dire : < Je renonce au baptême. »
MACO. Comment fait-on pour être ignorant?
ANDRÉ. En restant bête"*.
MACO. Et envieux?
ANDRÉ. En crevant du bien d'autrui.
MACO. Comment devient-on adulateur?
ANDRÉ. En louant toute coquinerie.
MACO. Comment hàble-t-on?
ANDRÉ. En comptant des miracles.
MACO. Comment fait-on le damoiseau?
ANDRÉ. Ceci vous sera enseigné par le premier faquin de courtisan qui, du soir au malin, fait nettoyer, comme une patène "*, sa cape et son pourpoint de drap frisé ®", et passe des