‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 120 sur 218 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

se vêtir, et quand on n^a rien à soi, elle esthieu pauvre et nue ilosophie. De mon temps, quoiqu^un homme tombe malade îrvice de son maître, on lui accorde une grande faveur en lisant avoir une place au Saint-Esprit '^. De mon temps, à nous autres à payer les blanchisseuses ** et les barbiers ; s bénéfices qui vaquent , de mon temps, se donnent à qui ut jamais à la cour, ou se partagent ch tant de morceaux, [ en revient un ducat à chacun , et nous serions plus heu- : qu^un pape, si ce ducat ne devait pas être disputé dix ans. lion temps, non-seulement on ne paye point les maîtres li veut apprendre les belles-lettres ou les beaux-arts, mais >re qui les apprend à ses frais est persécuté comme un emi , parce que les seigneurs ne veulent pas à leurs côtés personnes plus savantes qu'eux ; et de mon temps, nous s mangerions réciproi|uemeut ; et, nous avons tant de haine pour l'autre en vivant du même pain et du même vin , les exilés en ont moins pour le tyran qui les exile hors eur patrie.

EMPROMUs. S'il en est ainsi , Camille restera près de moi. i^AMiNio. Qu'il reste avec vous, si vous ne voulez point voyer à la cour pour qu'il y devienne larron. EMPRONius. Gomment, larron?

LAMiNio. Le larron est là de fondation "; car le moindre que fasse la cour est de dérober vingt-quatre ans de vie à excellent gentilhomme, tel que messirc Vincent Bovio , , après y avoir vieilli , n'a retiré pour récompense de ses gs services, que deux capes de deuil*®; mais quiconque Itérait de sa probité la juge mieux en voyant qu'il n'a rien de ses patrons , car on ne voit s'élever que des ignorants, plébéiens, des parasites et des ruffîens. Maintenant, après arron vient le traître. Quoi de plus? Il ne faut que baiser pieds des grands seigneurs, pour que les homicides soient

icés *®.

lENPRONius. Parlons d'autre chose.

^LAMiNio. C'est vraiment une cruauté incompréhensible que

le de lâ cour ; car il est bien vrai qu'on n'y désire tieu.., sv

ce n'est de voir mourir tel ou tel ; et s'il advient qu'il en réchappe, ce rival dont tu as obtenu la survivance, tous les maux d'estomac, tous les maux de côté, toutes les fièvres, qu'a ressentis celui dont tu convoitais les revenus, tu les ressens toimême. N'estH^e pas une misérable chose, que de souhaiter la mort à qui ne t'ofTensa jamais?

SEMPRONius. C'est la vérité.

FLAMiNio. Écoutez celIc-ci : Nos patrons ont imaginé de manger une fois le jour : ils allèguent que deux repas les tuent, et , feignant de faire collation le soir, ils passent seuls dans leur chambre ^^. Et ils font ceci , non point tant pour paraître sobres, que pour chasser quelque virtuose qui se nourrit" des miettes de leur table.

SEMPRONIUS. Ou conte pourtant merveilles des Médicis. FLAMINIO. Une feuille ne fait pas le printemps. SEMPRONIUS. En effet.

FLAMINIO. Et il y a vraiment de quoi rire à se disloquer la mâchoire, lorsqu'ils se renferment en secret , sous prétexte d'étudier ; ah I ah! ahl SEMPRONIUS. Pourquoi ris-tu ?

FLAMINIO. Parce qu'ils siègent dans un conclave de l'un et de l'autre sexe , et qu'ils se font enseigner ** la philosophie par une jeune fille et un jeune garçon bien dressés et bien aimables^'. Mais parlons de leurs festins splendides. Le cuisinier du Ponzetta ''*, qui faisait avec trois œufs une omelette pour deux personnes , mettait ses omelettes , pour qu'elles parussent plus grandes , à la presse où l'on met les rabats plissés des prêtres ***, et, comme elles étaient étendues sur des plats plus gras que la cape de Julien Leno *^ à l'endroit du cou , un coup de vent les emportait dans l'air, et elles tombaient sur la tête des convives en guise de diadèmes. SEMPRONIUS. Ah ! ah ! ah!

FLAMINIO. Le pourvoyeur de Malfelta *', ce singulier prélat qui se faisait mourir wJe faim et qui laissa tant de milliers de ducats à Léon'®, avait dépensé un batocco de trop pour une alose ;jle révérend monsignore voulut le contraindre à la re-

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