ACTE III, SCENE VII
i^exeinple que donne à la cour la libéralité d'HippoIyte deMédicis ", qui attire autour de lui une si grande mullitude de savants, il faut nécessairement que les bons temps d'autrefois reviennent.
FLAMiNio. Je m^en irai peut-être à Venise , où je suis déjà allé , et j^enrichirai ma misère avec sa liberté. Là, du moins , il Q^est au pouvoir d^aucun favori ni d'aucune favorite d'assassiner les pauvres gens ; parce que c'est à Venise seulement que la justice tient les balances égales ; ce n'est que là que la peur de la disgrâce d^autrui ne nous force point d'adorer un homme qui hier était un pouilleux... Et qui douterait du mérite de cette ville, regarde de quelle manière Dieu l'élève au-dessus de toutes les villes. Certainement, c est la ville suinte et le paradis terrestre... Et le bercement de ses gondoles est comme une mélodie de farniente. Qu'est-ce que chevaucher? Chevaucher, c^est user les hauls-de-chausses , désespérer les domestiques et briser le cavalier.
VALÈRE. Tu dis bien; et outre cela, la vie y est plus sûre et plus longue qu'ailleurs ; mais on y passe mal son temps , quand on y demeure.
FLAMiNio. Pourquoi?
VALÈRE. Parce qu'il y manque le commerce des savants.
FLAMINIO. Tu es mal instruit. Les savants sont là, et la politesse est indigène à Venise , comme à Rome la rusticité et l'envie. . . Et où trouver un autre révérend frère François Giorgi, assemblage de toutes les sciences?... Bienheureuse la cour, si Bien daigne inspirer le prince qui peut lui donner le rang digne de son mérite!... Et que te serable-t-il du vénérable père Danaiano, qui rompt le marbre des cœurs en préchant, et qui est le véritable interprète de l'Écriture sacrée?... N'entêndis-tu point parler, hier, de Gasparo Contarino **, soleil et àme de la philosophie et des lettres grecques et latines, et miroir de bonté et de vertu ••?
VALÈRE. J'ai connu sa magnificence à Bologne , où il était ambassadeur auprès de l'empereur ; et j'ai entendu parler des deux révérends pères, et j'ai vu ici, à Rome, le Giorgi.
FLAMINIO. Et qui ne devrait point courir en poste tout ex-
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près pour voir le digne Jean-Baptiste Mémo, restaurateur des sciences mathématiques , et vraiment savant *** ?...
VALÈRE. Je le connais par sa renommée.
FLÂMiNio. Tu connais aussi , par sa renommée, le Beva2zano, qui fut jadis une lumière parmi les savants de Rome; et je sais que tu entends retentir le nom de Thonorable Gapello ^*. Mais oublié-je le grand Trifon Gabrielli, dont le génie approfondit la nature et Fart? Et j'entends dire qu'il y a, entre les autres beaux esprits , Jérôme Quirini, plein de goût
de grâce , qui étonne le monde en imitant le divin M. Vineenzio, son oncle, lequel, de son vivant, honora sa patrie et Rome après sa mort ; et Jérôme Molino, favori des Muses **. Eh ! qui ne se réjouirait d*écouter les charmantes compositions de Lorenzo Yiniero?... Quelle aimable conversation que celle de Luigi Quirini, qui, après s'être couvert de gloire dans les camps , a acquis une autre gloire dans l'étude des lois! Euryale d'Ascoli, ou plutôt Apollon, m^a dit qu'à Venise il y a François Salamone , dont la lyre fait honte à celle d'Orphée.
VÂLÈRE. Je l'ai ouï dire.
FLAMiiNio. Le bon Molza ^' me dit qu'il y a deux jeunes iiommes prodigieux, Luigi Priuli et Marc-Antoine Soranzo, qui sont arrivés au dernier terme de ce qu'on peut non-seulement apprendre, mais désirer de savoir... Eh! qui égale en courtoisie, en vertu et en jugement monseigneur Valério, gentilhomme accompli , ainsi que monseigneur Brévio ?
VALÈRE. Ils sont bien connus à Rome.
FLAMLNio. Il y a donc à Venise des sociétés savantes et de nobles récréations. Mais le merveilleux était d'entendre le grand André Navagiéro ** , dont le bon Bernardo suit les traces, et j'avais oublié Maflîo Lione, un second Démosthène, un nouveau Cicéron...; sans parler de mille autres beaux esprits qui illustrent notre siècle, comme l'illustre aussi Egnazio*', aujourd'hui seul soutien de l'éloquence latine , et comme l'honore la plume des historiens. Et ne crois point qu'à Rome il y ait un messire Giovanni da Lege , chevalier et comte de Sainte-