ACTE lU, SCÈNE VU
droix , qui déploya à Bologne les splendeurs de son esprit avec iine sage libéralité.
YALÈRE. En somme, s^il en est ainsi, à part P Académie de Jfiedicis, nous vivons ici avec un troupeau d'afTamés etd^aflandeurs**.
FLAMiMO. Cest plus quc jc ne dis... Et, pour achever de t.'édairer, le noble Firenzuola '"^ dit qu'il ya un François BeretlAï, qui est plus habile en improvisant que ne Pest à tète re- IBOsée Pa8quin,qui assourdit ici nos oreilles 3^... Mais laissons de côté les philosophes et les poêles... Où est la paix , sinon à Denise? Où est Famour, sinon à Venise? Où Fabondance, où la charité, sinon à Venise?... Et ce qui prouve que cela est ^vrài, c'est que cet antipode des prèlres, ce miroir de sainteté, oe père de Thumilité, Fexemple des bons religieux, je dis Tévéque de Chieti **, s'est retiré avec sa petite Iroupe » à Venise, tiour le salut de leurs âmes ; méprisant, dans son horreur pour Home 9 cette vie honteuse que nous y menons ^^. Je séjournai ^ Venise pendant deux carnavals ; et je fus émerveillé de la «siofilre des compagnies de la Calza^\ etdes fêles étonnantes que dotmèrent les magnanimes Reali^ les gracieux Floridi et 1«8 honorables Coriesi**.,. Et en voyant tant de pères de la patrie, tant d'illustres sénateurs , tant de fameux procuratori , t«nt de docteurs et de cavaliers, et tant de noblesse , et Jânt de l'ichesse, j'-étais hors de moi... Et j'ai vu une lettre au roi trèschrétien , où Ton dit que le sérénissime prince André Gritli *'' ^tint monté sur le Bucentaure avec le sénat de la république pour honorer le sang royal de France et la duchesse de Ferrare, le Bucentaure fut sur le point de sombrer tant il était * chargé de sagesse ! Et leurs grands* desseins , exécutés par les armes de leur très-prudent capitaine-général F.-M., duc d'Urbin, vivront éternellement dans les récits du très-divin monseigneur Bembo ^\.. Et ne crois poiut que les seigneurs qui négocient pour leurs princes avec l'excellent et juste ^nat vénitien soient moins affables et moins courtois que reux qui sont. ici ambassadeurs auprès de Sa Sainteté : lu est le révérendissime légat monseigneur Aleandpo *% dont la
doctrine et la religion, si elles servaient de modèle aux autres prélats, rendraient meilleure la réputation du clergé. Mais dois-je laisser de côté don Lopez, dépositaire des secrets et des négociations du très-heureux Charles-Quint, le soutien de la foi chrétienne?
VALÈRE. Tu parles de don Lopez Soria, dont la courtoise bonté est le fondement des espérances de Pierre Arélin.
FLAMiNio. Je parle du nouvel Ulysse.
* VALÈRE. Je m'incline au bruit de son nom ; et c'est bien juste, i)uisqu'il est le protecteur de tous les genres de mérite.
FLAMiNio. Parle au digne et fidèle Jean-Joachim *^y et à tous les gentils es|)rits qui arrivent dans cette ville, et tu apprendras le mérite du très-docle monseigneur de Selve, évèquede LaYaur*% dont la seule présence et les mœurs font assez reponnailre qu'il est Tagent du grand roi François ; et, dans ses fonctions d orateur de ce prince, il fait Padmiration de tous par sa prudence- et sa modestie. Regarde ensuite la gravité décente et la noble politesse du prolonotaire Gasali ^", modèle de vraie libéralité? Ce serait peu de la moitié de TAngleterrepour récompenser les services qu'il a rendus à son roi. Par Dieu! Valère, l'homme que Son .Excellence le duc d'Urbin tient ici pour le représenter, est apte, par son savoir, à rtgler les intérêts de deux mondes, et il est vraiment digne d^ la confiance de son maître. Quel personnage que ce Viscpnli, qui est là aussi pour les affaires de son duc de JVlilan *^ ! Je jne tais sur les qualités deBenedetto Agnello, envoyé du grand-duc de Mantoue;sur celles de l'excellent Jean-Jacques Tebaido, qui est assez bon ' pour rendre bonne Ferrare : oh ! quel aimable vieillard ! quelle fidèle personne ! il est cousin, je crois, de notre messire Antoine Tebaldéo, qui, comme dit lé poëte, unique favori des Muses, stupéfiera l'univers par ses écrits, comme Pollion Arétin par les Triom/l sacri qu'il donnera bientol au monde ^,
VALÈRE. Tu m*as fermé la bouche, en vérité.
Fi.AMiMO. J*ai passé sous silence une foule de peintres et de sculpteurs (jui sont à Venise avec le bo'n M. Simon Hianco, et