ACTE I, SCÈNE VI
fussent jamais nées!) ils s'aperçoivent qu'il leur faut trouver des galants pour Tentretien de leurs tavernes, de leurs brelans, «t de leurs... J'ai été sur le point de le dire. PAPA. Cornes... à leur fantaisie !
DRUDA. Et combien y en a-l-il qui, chaque fois que leurs femmes ouvrent la bouche, la leur ferment avec dos soufflets ! Qui, durant des mois entiers, non-seulement ne couchent point ovec elles, mais ne leur parlent même pas !
PAPA. Canaille!
DRUDA. Combien qui, jouant les désespérés, font semblant c3e vouloir aller se faire soldats , afin que les sottes qui les ai- Tnent les retiennent en leur donnant ce qu'elles ont, pour <q|u'ilâ le mettent en gage chez des usuriers ! PAPA. Â la taverne !
DRUDA. Je frémis quand je pense aux battements de cœur C][u'éprouvent ces pauvres femmes qui les entendent , après c:|u'ils ont tout perdu au jeu, briser la porte à coups de pied, et monter l'escalier en courant; puis, arrivés dans la salle avec ^es regards enflammés, et assis à cette table qui les a attendus ^es heures entières , s'écrier aussitôt : « Quelle salade bonne « pour des oisons ! Quel pain sans levain ! Quel vin gâté ! Quelle « nappe sale ! Quelle... »
PAPA. « La fistule puisse vous dévorer! » leur répondrait la Papa.
DRUDA. Si tu as jamais vu un gros vilain chien, qui grogne pour un os qu'il ronge, et un chat amoureux, tu as vu deux «les ribauds que je dis.
PAPA. La peste les crève !
DRUDA. Après avoir mangé quatre morceaux , ils s'élancent ^ans la cuisine ; troublés par la perte qu'ils ont faite, ils tournent de tous côtés des yeux menaçants; comme si c'était leur femme qui eût gagné leur argent, ils crient : « Quelles écuelles « mal placées ! Quels baquets sens dessus dessous î Quels chau- « drons sur le carreau ! Quels chandeliers malpropres ! Otez de « là cette poêle ! Pendez là ce trépied ! Quelles broches dans « la cheminée'^! Que de bois sur le feu! Mille lampes allumées !
« Tu nViiètespas Thuile, toi, madame! Non, vraiment, tu ne « rachètes pas ! Oh ! plût à Dieu que je fusse encore à t'épou- « ser I... Je ne sais qui me tient que je ne t'étrangle, putain « d'hôtellerie! rebut des tréteaux!... »
PAPA. Que le bourreau les mette sous ses pieds *' !
DRUDA. Que penses-tu de quelques-uns, qui non-seulement disent toute sorte de saletés en présence de leurs femmes, mais cherchent encore à leur en faire ?
PAPA. Justice, jette-les dans la fournaise !
DRUDA. Je mMndigne quand je me souviens d'aucuns, qui se pavanent avec l'argent qu'ils tirent des galants de leurs femmes!
PAPA. Je tombe des nues** !
DRUDA. En voici une qui n'a rien à mettre dans son estomac! En voilà une autre engourdie de froid, et qui n'a que la peau sur les os! Celle-ci, un souffle la renverserait! Gelfe-là respire encore, mais c'est tout ; et on ne leur donne pas de médecin, de peur qu'il ne publie que ce ne sont ni les obstructions , ni la phthisie, qui les arrangent de la sorte, mais les poisons lents, qui leur ont été donnés par ces ennemis de notre Seigneur JMeu.
PAPA. Les larmes me sont venues aux yeux.
DRUDA. Ceux qui se défont de leurs femmes'^sont plus nom* breux que les bœufs et les brebis ; les podestats et gouverneurs servent peu, parce que quelque argent par -dessous main fait donner tort à qui a raison , et raison à qui a tort, foi de Druda !
PAPA. Miséricorde!
DRUDA. Oh ! quelles omelettes fera Belzébuth de ceux qui) n'aimant que la chair fraîche, ont recours aux abstinences hypocrites, donnent pour excuse à leurs compagnes , qu'on doit ne toucher sa femme qu'en carnaval, et disent qu'il faut penser à son âme!...
PAPA. Ciel, foudroie-les!
DRUDA. Oh ! que n'ai-je les ongles au visage de ceux qui ne s'abstiennent point de caresser leurs servantes , quoique leur épouse le voie !
PAPA. 5>célérats !