ACTE rV, SCÈNE XV
Rosso. Le cordon est tombé; mets i^ainlenant le scapulaire... Par ma foi ! oui, elle est belle. "
LE JUIF. Et quel drap! •
ROsso. Vraiment, comme tu me parais un homn^He bien, j'ai pensé à une chose avantageuse pour toi.
LE JUIF. Peste étouffe le trompeur ! ''
ROSso. Je veux que tu te fasses chrétien.
LE JUIF. Vous avez envie de jaser!.. Vous croyez à Dieu, et moi à Dieu... Si. vous voulez acheter, c'est une chose; et, si vous voulez parler, c'est* une autre.
Rosso. C'est un péché de vous faire du bien... Qui te parle de Tàme? L'àme est moins qlie rien ®*.
LE JUIF. Quittez mon pourpoint.
ROSSo. Fais attention à ce que je tejis. Pour trois raisons J je veux que tu te fasses chrétien.
LE JUIF. Quittez-lé, vous dis-je.
ROSSo. Écoute, bête! Si tu te fais chrétien, premièrement, le jour de ton l)aptême, tu recevras un plein bassin d'argent, puis tout Rome courra te voir couronné d'olivier, ce qui n'es pas à dédaigner. *-
LE JUIF. Vous avez du bon temps, vous!
ROSSO . L'autre raison ,c'est q ue tu mangeras de la chair de porc .
LE JUIF. Je m'en soucie, peu.
Refisse. Peu?... Sj tu goûtais du pain graisse, tu renierais cent Messies pour en manger. Oh! quelle douceur, que le pain graissé^ au coin du feu, avec le pot de graisse entre les jambes!... et graisse, et mange, et bois !...
LE JUIF. Eh ! donnez-moi mon pourpoint, car j'ai affaire.
ROSSO. La dernière raison,. c'est que tu ne porteras pas la marque rouge sur la poitrine ^*?
LE JUIF. Qu'importe?
ROSSO. 11 importe beaucou|), puisque les Espagnols veulent vous crucifier à cause de t^ette marque.
LE JUIF. Pourquoi crucifier ?
ROSso. Parce que vous paraissez des leurs avec cette marquera *<>.
174 LA. GOURTISANB.
LE JUIF, il y a pourtant quelque différence de nous à em.
Rosso. Au contraire, il nV a pas de différence entre vous, avec cette marifue... Et puis, quand tu ne porteras plus ce .stigmale de juif, les petits enfants ne f assailliront pas saos cesse avec des oranges, avec des écorces de melons et de citrouilles... si bien que... fais-toi chrétien, fais-toi chrétieo, fais-toi chrétien !... J'ai voulu te le dire trois fois. .
LB JUIF. Je ne veux f^as, je ne veux pas, je Vie veux pas- Voilà que, moi aussi, je sais le dire trois fois.
Rosso. Moi, messire Juif, j'ai,r^comm0 un homme de bien
que je suis, — fait mon devoir et déchargé miicoospienoe:
uaintenant fais de même ; car» certes, je na te dQPnetvis P^
ôed de ràmed'unchrétien... Maintenant que veux-tu de touti^
la défroque? ^ ,
LE JUIF. Douze ducats.
Bosso. En or, ou en monnaie *■ ?
LE JUIF. A la romaine, s^entend.
ROSso. Tourne-toi un-peu, afin que je voie (X)mment elle vi par derrière.
LE JUIF. Me voici tourné.
ROSSO. Tiens-toi immobile... Les teignes...
LE JUIF. Ce n'est rien.
ROSSO. Attends, ne bouge pas.
LE JUIF. Je ne bouge pa§, regardez-la bien... '. • (Rosso s'enfuit avec le pourpoint^ et le juif fiomanello^ vêtu en moine , court après lui.) ' .
LE JUIF. Au voleur! au voleur!... arrête Je voleur! arrête !... au voleur !