SCÈNE X
DEUX VOLEURS, BOCCACGIO.
VOLEUR. Je suis tout rompu de porter ces barres de fer.
L^AUTRB. Reposons-nous un peu.
VOLEUR. Mouche la chandelle, car il parait qu'elle s'éteint.
l'autre. Caquesangue! Elle s'est attachée à mon doigt!
VOLEUR. Secoue ta main, et la cuisson passera.
l'autre. Oh ! oh I Elle est des fines !
VOLEUR. Il n'y eut jamais semblable puanteur.
l'autre. Lève en l'air la lanterne?
VOLEUR. La voilà.
l^autre. Qui est là?
BOCCACGIO. Quelqu'un qui tiendrait tête au diable *".
VOLEUR. Que fais-tu là en ce piteux état?
BOCGAccio. Demande-le au sort!... J'ai été trahi par une mauvaise truie, une coureuse, une voleuse, qui se donnait à tnoî pour ma sœur, qui m'a attrapé ainsi que mes 500 ducats d'or, et qui m'a fait tomber, les jambes en l'air, dans un privé-, j'étais en chemise, et j'en suis sorti comme tu me vois.
VOLEUR. C'est Tullia, pour sûr.
RoccACCio. Tu l'as dit.
VOLEUR. Ta disgrâce a été pour toi une bonne fortune, parce que, si tu n^avais pas fait cette chute, le moindre morceau qu^on t'aurait coupé eût été Poreille, tant est terrible soarufiien Cac« oiandoveli ***, ou plutôt Satan, qui vomit des flammes en guise de bave.
ROccAccio. Mon bonheur est celui de saint Lièvre, qui, s*étant rompu une épaule, remerciait le Ciel de ne s'être point roDipu le cou.
VOLEUR. Fais de nécessité vertu.
VOLEUR. Viens avec nous en tiers; avec nous, dis-je, qui sommes passés maîtres en ce métier, lequel, poiur être bien fait, demande dextérité, avisement, force, légèreté, et puis... «une corde pour ceux qui ne réussissent pas » , avait coutume de dire le prélat de la Porta Inferi ".
ROCCACCIO. Donc, de marchand, je dois devenir voleur?
VOLEUR. Tu ne changes point de métier.
BOCCACcio. Les marchands sont des voleurs?
VOLEUR. Oui, parce que dans tous les métiers il y a volerie... Il y en a chez qui vend, chez qui achète, chez qui troque, chez qui commerce, chez qui écrit, chez qui lit, chez qui sert, chez qui est servi ; et, sans parler des meuniers et des tailleurs : les seigneurs sont les seuls qui ne dérobent pas , qui ne pillent pas, et qui n'entendent rien à cela.
BOCCACCio. Tu me fais rire malgré moi ".
VOLEUR. Le prédicateur dit (fue toute chose au monde est un voleur ou une voleuse ; et il le prouve par les filoufi qui coupent les bourses, par les femmes qui volent les cœurs, par les envieux qui enlèvent la réputation; et il ajoute que la terre dérobe les corps, le ciel les âmes, et Tabime les esprits.
BOCCACCio. Si le prévôt nous rencontrait, où en serionsnous ?
VOLEUR. Au mieux; attendu que les lois frappent qui dé« pouille les vivants, et non qui dévalise les morts.
BOCCACCIO. EtTàme?
VOLEUR. C'est une récompense, et non une punition que recevra la nôtre ; parce (|ue, en ôtan( ^ i|n évéque enterré ses