LU VIE D^ARÉTIN
Cet historien prétend qu*Arétin parcourait les villes d'Italie, et que, mettant en pratique les talents dont il était doué, il cherchait à pénétrer dans les cœurs pour y découvrir les secrets les plus cachés , dont il traûquait ensuite avec ses bienfaiteurs *. De nos jours, un auteur espion ne pourrait au plus s'exercer que dans la librairie : les hommes du seizième siècle auraient-ils donné leur confiance à un marchand de médisance ? De plus, on sait qu'Arétin n'aima guère à voyager, et quMl demeura presque toujours à Venise, depuis qu'il s'y fut établi.
Il s'était forgé des ressorts d'une espèce bien différente : son premier soin fut d'acquérir la réputation d'un homme caustique et véridique, auquel aucun respect humain ne pouvait imposer. Il disait ordinairement qu'il ne connaissait personne de plus méprisable que celui qui fait le bien par l'impuissance de faire du mal ^ : mais il était fort réservé dans la pratique. Auprès des grands, adulateur et soumis , il savait flatter ou se taire '. Sa critique ne portait jamais qu'en général , sans singulariser le prince ni le courtisan, et la cour de Rome fut son but favori. Outre le désir de se venger, il s'établissait là avec moins de danger cette réputation de caustique qu'il souhaitait avoir, et ne sacrifiait que de légères espérances : car l'expérience lui avait appris que TÉglise ne donne pas volontiers. S'il lui arriva d'attaquer nommément quelqu'un, il était bien sûr de l'impuissance ou de rinsensibilité de celui contre lequel il s'élevait. Le cardinal Gaddi fut du nombre de ces derniers : Arétin avait envoyé en France Eusebi pour y toucher 600 écus ; ce jeune homme perdit cet argent à Rome , et pour s'excuser, il accusa Gaddi de l'avoir fait jouer de malheur. Le poète, furieux, écrivit une lettre impertinente au cardinal. « J'apprends, lui dit-il, que mon « élève a fait une perte considérable dans votre maison, et que « vous lui teniez les mains. Cette action, qui serait détestable « dans un brigand, est bien digne d'un cardinal. Je ne peux me refuser une vengeance légitime, et les prochaines affiches vous
• Zilioli, Wor. di Poel. itaLy p. 223. » Lettres (V Arétin, 1. 111, p. 225.
* Voyez ses liiires aux rois et aux personnes distinguées.
Vn D*A&iTlK. un
*eo mstniiront. Au surplus, sachez que le public voudrait me
* Tojr dans le rang que vous déshonorez *. »
Cette aventure s'était passée chQz Strozzi ; mais Arétin, qui
o'osait se jouer à ce général, passa sa colère sur le cardinal qui
y était. Celui-ci se contenta de dire qu'il s'embarrassait peu des
loJQres d' Arétin ; que de plus grands maîtres que lui avaient pris
Patience; qu'au surplus, cet homme avait tort de lui vouloir du
^al; que lui, Gaddi avait toujours été son ami, et qu'il voulait
''être à l'avenir*. Si Gaddi l'eût pris sur un autre ton, Arétin
^tl abrégé l'invective , car il était poltron , et devenait souple
^mme un gant quand on lui montrait le b&ton. D'un autre
Côté, Rome faisait si peu de cas de ses attaques, qu'Orsinio Fui-
vio, qu'il avait appelé « méchant prêtre » , le remerciait de ce
qu'il le traitait comme un prélat '.
* Il avait grand soin d'éviter les disputes littéraires. Sa présomption ne l'avait pas aveuglé sur la faiblesse de ses armes. S'il se vit engagé dans quelques-unes de ces querelles, il fit bientôt les avances du raccommodement. Berni, dont il craignait lu supériorité, ne put l'attirer dans la lice : s'il attaqua l'Albicante, il se livra avec bassesse aux conditions de la paix. La contestation qu'il eut avec Bernardo Tasso fut assoupie aussitôt que formée, par l'entremise de Sperone , qu'Arétin sollicita d'cmtreprendre cette réconciliation. Il se vante d'avoir porté le coup mortel à Boyardo * ; mais s'il s'acharna contre ce poète, ce ne fut que dans la vue de gagner les bonnes grâces du Bembe, qui lui était plus utile.
Le titre de véridique, qu'il affectait, donnait un nouveau prix à ses éloges. Il ne manquait pas de les accompagner d'une peinture touchante de ses besoins. Il prêchait la générosité comme une vertu qui égalait les princes à Dieu même >*. Loin de rougir des mensonges et même des contradictions où la nécessité de
» Lettres d'Arétin, t. II, p. 304.
» Lettres d'Arélin, t. Il, p. 207.
» Lettres (VArétiiiy l. II, p. IT.
♦ Lettres d* Arétin, l. II, p. 217 ; t. V, p. 134. » filtres d*4réiinj i. h p. V^»
LIV VIE d'ARÉTIN.
flatter Tentralnait, il s'en vantait à ses amis. « Personne , leur « ditp-il, ne me croit assez slupide pour ne pas apercevoir les « défauts du coloris et les imperfections du dessin. Je me suis a fait un style qui convient à tous les sujets, et je me vois forcé <x de nourrir Forgueil des grands pour Tètre moi-même. Je les « porte au ciel sur les ailes de Thyperbole ; je joins à Tart, Tact grément du nombre et de la cadence. J'exprime mes pensées <f avec grâce ; je donne de la force aux paroles : je mets en place « les digressions, les métaphores et les autres figures de Técole. <f Ce sont là les ressorts qui impriment le mouvement, et les te- « naiUes qui ouvrent les portes fermées par Tavarice *. Je suis <f parvenu au point où je me vols, dit-il ailleurs , parce que je « m'embarrasse peu de mentir quand il s'agit de louer ceux qui « ne le méritent pas >. » Un de ses amis l'avertissant qu'on l'accusait de se contredire, il lui répond : « Dites à ceux qui me font « ce reproche, que par ses satires Pierre Arétin se montre tel « qu'il est, et que dans ses éloges il apprend aux princes quels « ils devraient être. Au surplus, la pauvreté qui m'égorge ne me « permet pas de penser aux bienséances '. »
« Les supplications, les prières et les plaintes, écrit-il ailleurs, « que j'emploie pour extorquer le payement de la pension que « l'empereur me fait, me sont d'une grande utilité. Je les charge « d'encre , de façon que je ne poux ni'cmpôcher de rire en les « relisant. Vous pouvez eu faire de même, quand vous me voyez <c louer des pagodes indignes de mon encens. Vous devez encore « traiter de chansons ces discours : Je meurs de misère, je suis « dans le plus grand besoin, et les autres bourdes dont je les « régale *. »
Il faisait des présents à ceux dont il attendait quelque bienfait, pour les piquer d'honneur ^. Il envoyait dans les cours les
' heures d'Arélin^ l. II, p. 52.
• heures d'Areiin, l. IV, p. 168.
» heures d'Arélifiy t. III, p. 133.
♦ heures d'Aréiin, t. III, p. 124.
• heures a'Areun, i. ni, p. 124.
^ heures d'AreiUiy 1. 1, p. H, 17, 4o ; t. U, p. 6T, 68; I. VI, p. n, IM,
rS. 188. 193. 241. 276.
VIB D'AAÉTllf. I.T
plus éloignées, pour être informé de ceux dont il pouvait se flatter de tirer quelque chose, et ne manquait pas de leur écrire *• Il devenait importun quand on lui avait donné quelque espérance *, et insolent quand il avait obtenu ce quMl demandait. Il i^pond à un trésorier de France qui venait de lui payer une gratification : « Ne soyez pas surpris si je garde le silence. J'ai usé <( mes forces à demander, il ne m'en reste plus pour remercier '. » Il se servait de Tappui des plus grands pour forcer la libéralité <les inférieurs. Il employa Marguerite d'Autriche auprès du duc ^e Camérino *, Cbarles-Quint près du grand-duc ^, et ce deruier auprès du cardinal de Ravennes^
Il n'ignorait pas l'usage des dédicaces. Il les adressait à ceux ^ont la générosité lui était connue. Un simple marchand fut associé aux honneurs qu'il faisait valoir aux souverains. Charles Affactati, lui ayant fait présent d'un diamant et d'un collier de lOo écus, cela lui fit croire que cet homme payerait chèrement ^ne dédicace : il ne manqua pas de lui adresser le quatrième volume de ses lettres, avec le compliment circulaire qu'il faisait ^^x rois : « Je me repens, lui dit-il, de ne vous avoir pas adressé ^« tout ce qui est sorti de ma plume, je vous la consacre en ce ^ jour, et je n'écrirai plus que pour vous '. » Lorsque l'épître ne l^endait pas ce qu'il s'était promis, il entrait en fureur. Il écrivit Oes impertinences à Paul III, parce qu'il n'avait pas payé la dédicace de son Ora»ia, et le menaça d'adresser au sultan sa Légende des Saints ".
Il travaillait de commande, et la matière lui était égale. De là
' Lettres d^AréliUy t. Il, p. 27.
» Lettres d'Are lin, l. ï, p. 50, 69; t. II, p. 53, m ; t. lil, p. i87, 146, 176, ^92, 31T ; l. V, p. 231.
* Lettres d^Arélin, L IV, p. 42.
* Lettres d'Aréiin, t. IV, p. 3.
» Lettres d'Arélin, l. Il, p. 5s).
• Lettres d'Arélûiy 1. 111, p. 195.
' Lettres d'Arétin, t. IV, p. 105, 166 ; l. V, p. 224, 226 ; à l'Arélln, t. U, t^. 294. Rime di Xic. Grudio. Leide, 1612, 1. III, p. 40.
• Lettres d'Arétin, U HI, p. 63, 70, 141.
LVI VIE D'A&iTIN.
cette bigarrure de sacré, de profane et d^obscène. La marquise de Pesquaire Texhortant à consacrer sa plume à la piété : « La « volonté d*autrui et ma misère, lui répond-il, sont les causes de « tout le mal. L'avarice des grands est égale à ma pauvreté, et ' « ma plume ne recueillerait que des compliments de commiséra- « tion, sans sa complaisance *. » Il composa les vies de sainte Catherine et de saint Thomas d'Aquin, par ordre de la marquise du Guast ; la Comédie du Philosophe fut faite pour le duc d*Urbin : Baudouin del Monte lui fit commencer la Légende des Saints ; mais ce seigneur ayant cessé de payer la pension qu'il lui avait promise, Arétin abandonna Touvrage. Ses autres livres de dévotion durent leur naissance à Tenvie de se raccommoder avec la cour romaine *.
Doni, pour exprimer la facilité avec laquelle Arétin composait, dit qu'il faisait un livre, comme on crache ^. Arétin lui-même en convient lorsqu'il dit : « La vie m'est présentement à charge; « il m'est impossible de satisfaire à l'avidité des seigneurs. Je « n'ai plus de neuf à leur offrir. La vieillesse engourdit mon « imagination, et l'amour, qui réveillait autrefois mon esprit, ne « fait plus que l'endormir. Je faisais quarante stances dans une « matinée, je suis bien heureux quand je peux en achever une. « Je n'ai mis que sept jours à ma Paraphrase des Psaumes; le « Courtisan et le Maréchal ne m'ont coûté que dix matinées : «j'ai employé trente jours à la p^ie de Jésus-Christ, et j'ai « achevé en moins de six mois l'œuvre entier de la Sirena *. »
Coccio dit qu' Arétin ne travaillait qu'une heure ou deux chaque matinée », et il eût été à souhaiter, suivant le Bembe, qu'il eût eu assez d'aisance et de tranquillité pour pouvoir recueillir les fruits de sa fertilité ®.
On ne sera pas surpris, avec cette abondance, qu'un homme
* Lettres d'Are lin, l. II, p. 9.
' Lettres d'Aretiiiy 1. 1, p. 225; 1. 11, p. 168.
* Libreiria 1. Venezia, 1533, p. 40.
* Lettres d'Arèlin, 1. 1, p. 99.
* Let, In fine Ragg. Edit. Cosroopoli, I660i p. 4i5,
* le/, de Bembo^ i. m, p. 285,
▼lE D*ABÉTllf. LTIl
qui faisait métier de littérature, fût plus curieux de livrer sa marchandise que de la finir. Les erreurs et les bévues rinquiétalent peu, pourvu que la satire en favorisât le débit. Une critique mordante lui tînt lieu de justesse, et le soutint pendant sa yîQ : il n'approuvait rien qui lur fût étranger, et ne cessait de louer ce qui lui appartenait ; mais il n*en imposait qu'à ceux qui prennent les effets d'un mauvais cœur et d'un esprit mal fait pour les marques d'un génie supérieur.
11 avait un principe bien dangereux en matière de religion <. 11 soutenait que les fictions poétiques deviennent des vérités quand elles contribuent à relever la gloire des saints. « Ce livre, « ditr-il en parlant delà f^ie de sainte Catherine, se soutient sur « le dos de l'invention : l'ouvrage eût été peu de chose sans le ^ secours de mes méditations '. » Sa confession de foi s'accorde assez avec ce sentiment. « Je crois, dit-il , en Jésus-Christ, et « sans chercher autre chose, je m'acquitte des devoirs de la foi '. y» Il avoue cependant la témérité de son entreprise ; il reconnaît <ïw'il écrivait sur des matières au-dessus de ses forces *, et s'en excuse dans ces termes : « Si j'eusse composé ces ouvrages par « «ne confiance téméraire , j'avoue que je mériterais plutôt un ^ châtiment qu'une réprimande ; mais n'ayant travaillé que par • obéissance, je suis digne d'excuse *. w
lime reste à rendre compte des ouvrages de notre auteur, et ^ parler de ceux qui lui ont été faussemant attribués.
I. Ses dialogues obscènes sont sans contredit ce qu'il y a de Daieux écrit pour le style. Il se vante d'avoir traité les matières les plus inf&mes, sans qu'il lui soit échappé un terme déshoni^ête^ Je laisse à juger si cette excuse justiûe le choix de la ma* lière.
Ces dialogues peuvent se diviser en trois parties. La dernière,
' heures d'Arétiiij l. II, p. 168.
* Lettres d^Arétin, t. III, p. t69.
* Lettres d'Aréiin, t. III. p. 106.
* Lettres d'Arélin, l, VI. p. 3ii.
* Lettres d'Arétin, t. VI, p. 3ii.
* Lettres d^Arétin, 1. 111, p. m*
qui traite des cours, est la plus supportable. Dans la première, il est question des désordres des nonnes, des femmes mariées et des courtisanes. La seconde traite de la vie et de Tesprit des dernières. Uautcur les intitula d'abord Caprici , invention bizarre et sans règle ; il les nomma dans la suite Dialogues. Us ont été imprimés ensemble et séparément. La première partie est dédiée à son singe, et finit par cette invective contre les nonnes : « Bien loin d'écrire sur ces matières, je n'aurais pas seule- « ment osé y penser, si je n'eusse espéré que le feu de ma plume « pourrait servir à purifier les traces honteuses de leurs débau- « ches. Elles devraient éclater dans leurs cloîtres comme les lis cf des champs ; mais elles se sont souillées dans la fange du siè- « cle, de façon que les monastères, établis pour nous donner une « idée du paradis, sont devenus l'image de l'enfer. Je me flatte « que cet écrit fera l'office du fer cruellement pitoyable, avec <f lequel le bon médecin retranche le membre infecté pour sau- « ver ceux qui sont sains \ »
La seconde partie est dédiée à la Faldaura , célèbre courtisane de son temps.
On ne vit des éditions un peu correctes qu'après la mort de l'auteur. La plus complète a pour titre : Raggionamenti di M, P, AretinOi cognominato il flagello di principi, il veretiero e iL divino, divisi in ire giornate, 162i. La seconde partie est intitulée : Il Fiacevole Raggionamento del Aretino^ nel quale iT Zoppino fraie , e Lodovico Putassiero, trattano de la viia e de la genealogia de lutte corteggiane di Roma. On y a ajouté : Il Commento di ser Agresto sopra la prima fieala del padre Siceo con la diceria de JVasi '. On lit à la tète de la quatrième partie : Raggionamento nel quale M, P. Aretino figura etm quarto euoi amici, che favellano de tulle le Corti di mondOt e di quella del Cielo. Il y avait eu une édition antérieure où l'on avait daté Cosmopoli, au lieu du nom de la ville dans laquelle parut pour la première fois le Dialogue de Madeleine et de Ju-
* Mgg» Edit. Cosmopoli, 1660, p. i.
' Molza est Tauteur du premier ouvrage , et Doice a bit la barangoe sur lea nez.
VIE 0*ABÉT1K. LIX
lie, sotis le titre de la Putana errante. €et ouvrage a formé de grandes disputes dans la république des lettres, les uns Tattribuant à TArétin, et les autres le donnant à Laurent Venier^ Bayle se déclare pour les premiers *. Ceux qui adoptent le sentiment des seconds se fondent sur ce qu'Arélin dit lui-même :
Moi qui connois à l'odeur un ouvrage, Qui sais sentir un gentil badinage, Je vous envoie, en un style bouffon, Du bon Venier la Courtisane errante ; Mon écolier dont la plume galante Passe son matire en ce métier Tripon '.
Et La Motbe le Vayer, voulant caractériser une femme entièrement décriée, rappelle la Courtisane de Fenier^, Il n'est pas cependant si difficile d'accorder ces deux opinions, quand on sait que deux ouvrages ont porté le môme titre. Le premier est un petit poème divisé en trois chants, qui contient 138 stances, et qui fut imprimé à Venise en 1531 ^; et le second est le dialogue dont il s'agit. Ce dernier est d'Arétin, et l'autre de Laurent Venier, qui invoque son maître en ces termes :
Illustre et sublime Arétin, Prête à ma muse fanatique Le Teu de ton pinceau divin.
Et de ta verve satirique.
Dans la seconde édition de ce petit poëme, qui ne parut qu'en 1558, il y a une préface d'Arétin, qui ne vivait plus alors, et Venier y ajouta 144 stances, sous le titre de JVenVuno^ de la Saf^ fetta, qui contiennent le récit d'une aventure de sa courtisane. Venier, qui était piqué de ce qu'on avait donné son premier ou-
' Bayle, DicL, mot Arélln (Pierre), note k.
' Opère burlesche, 1. III, p. 28, 29.
' DUhgue du mariage^ p. 396.
* C'en de cette édition dont Arelio parle. Lettres à l' Arétin, 1. 1, p. los. " ikarê n frenfuno, ett une façon figurée de parler qvToik ^u\ t^cAt^ en firaoçaif pur àonner le reste.
LX VIE D^ASÉTIN.
vrage à rArétin, s'en plaint aigrement au commencement de cette édition :
Il n'est point de léle ignorante
Dans sa langue et dans le latin,
Qui ne dise : C'est Arétin
Qui fil la Courtisane errante.
Us ont menti, les sots ! et pour mieux éclaircir
Jusqu'à quel point va leur bélise.
De Saffelte en ce jour Je chante le plaisir.
Mais d'où peut naître leur méprise ?
Si cet écrit brille de quelques Teui, Arétin m'a prêté son pinceau merveilleux.
Pense-l-on qu'un esprit de glace Pour avoir invoqué sa muse une ou deux fois.
Atteigne au sommet du Parnasse ?
Ce serait dans un jour guérir du mal français. Il faut que l'on invoque Arétin, vrai prophète. Si l'on veut, comme moi, devenir bon poêle :
D'un style plus sublime eût écrit l'Arétin,
S'il eût fait parler ma P
Je lui dus ces talents qui font que l'on me prise. Mais jamais d'une femme a-t-il vu la chemise ? Il vous a donc aidé. J'ose encor dire : Non ; El ne veux point que l'on me berne Avec Berni ', qui souscrit de son nom Ces vers dignes de la taverne.
Où si mal est peint le guerrier
Qu'en ridicule il a su copier.
Et plus bas il ajoute :
Pressé par deux motifs, dans un style divin, Saffelte, j'entreprends de chanter votre gloire :
J'ai voulu prouver qu' Arétin
N'avait pas de part à l'histoire, etc.
Malgré ces preuves, qui sont concluantes, Fauteur anonyme
' Berni, trouvant le style du boyard trop bas pour chanter Roland^ a^iTitt de mettre le même poëme en vers plua pompeux.
d'une lettre ra|iporléG par Ménage ne laisse pas de s'opiniâtrer à soutenir que le dialogue et le poëme soni d'Aréiia *. L'édition de Lncerne attribne maliguement les deux poëtnes à MaDëe Ve- DJero, archevËque de CorTou, et ce n'est \>as la seule fois qui? les . protestants out usé de cette ruse, dans le dessein de porter atleinii: aux ubefs de t'%lisc romaine. MaOëc n'était pas né lorsque ces ouvrages parurent, et le véritable auteur se nomme bien espresscmcnl lorsqu'il dit ;
Puisqu'on peut, »ns blcsier l'eucle Lienséance, EilravaRUïr une Toi) l'an,
Voire Laurent Venicr prend ici sa licence.
Il a paru i Cologne, chez Pierre Marteau, un petit livre sans date d'année, inlitulc la Bibloihèçue d'^rélin, qiioi(|u'on y ait inséré plusieurs pièces qui ne sont pas de lui. On trouve au commencement une traduction des clcui premiers dialogues, qui n'est ni exacte ni Qdéie ; celle de l'entretien de Madeleine et de Julie, qui est a la fin, est un pou meilleure.
Ces dialopes ont été traduits en espagnol et en latin, et Im* primés ï Zuîckaw i;t à Franurart eu 163(, sous le titre de Poraoboteo-didaicalu», tea OilloqaUitn muliebre de aifu et dolii mareirieum, ex ilalico in hiipanicum venui à Fevdinando Xtiareiio, ex biipanieo in /alinum à Gatpare Barihio. Ils ont encore été mis en allemand sous le num <lc P. Arelini llalia tàtcher Huren Spiegel. Nuremb., IGTÎ.
Coccio parle ainsi de cet ouvrage : « Arétia a plus rassemblé a de paroles en dixjourg que les presses n'en pourraient rassem- « bler en vingt. Les femmes qu'il introduit gardent leur caraca tère ; il leur Tait tenir des propos sans ordre et sans jjaison ; (1 la négligence qui caractérise les ouvrages de l'auteur est une beauté dauscclui-ci. Les périodes coupées, tes expressions impropres, les vices de la diction contribuent ï le rendre plus in- «'génu. L'auteur représente au naturel deux femmelettes qui «entament de grands discours sans les Qnir, qui répètent ce « qu'elles ont dit, et recommencent quand on croit q
LKIJ VII l»*AltTni.
« »che?é. Let matières <|u*il traite sont à la portée de tout le • monde. On reconnaît partout le feu et la fertilité de cet admi- « rable génie. Il n*y a personne qui ne crde entendre deuxFlo- « rentines causant à cœur ouvert, etc. i»
II. / iêtti Salmi di Penttentia di David, composH per M. Pie' tro y4rêHno, Cette paraphrase des Psaumes fut imprimée pour la première fois en 1534, et dédiée k Antoine de Levé. Il y en eut dans la suite plusieurs éditions. Louis de Yaucelles , prieur de Montrotticr, maître des requêtes delà reine de Navarre, se donna la peine de la traduire en français. Crescembeni la juge digne d'être lue ; mais il faut avouer qu^Arétin a eu le sort de tous ceux qui ont voulu faire parler le roi prophète sans avoir ses sentiments.
IH. Itrelibri de VUmanita di Cristo di M. P, Aretino. Arétin dédia ce livre au marquis de la Stampa, son bienfaiteur, qu'il y qualifiait de magnanime seigneur ; mais le titre et la dédicace furent supprimés aussitôt que le marquis de la Stampa cessa d'être utile ; exemple de désintéressement renouvelé de nos jours. Le prieur de Montrotticr habilla aussi cette Humanité h la française.
IV. // Genesi di M. P. Aretino^ eon la Fisione di JVoe, nella quale si vede i Misterii del Testamento yecchio.e JYuovo. Vinezia, 1538. L'infatigable Vaucellcs donna encore une traduction de cette rapsodie. L'inquisition, en condamnant ces ouvrages, leur donna la vogue. Aussi furent-ils réimprimés le siècle suivant, sous le nom anagrammatique de Partenio Etiro.
V. La Fita di Catharina F'ergine^ divisa in tre libri , dédiée au marquis du Guast. Il y eut une seconde édition de ce livre en 1^5S, sous le même nom de Partenio Etiro.
VI. La P^ita di Maria P^ergine , dédiée à la marquise du Guast. €e livre fut traduit en français par un anonyme et réimprimé dans le dix-septième siècle.
VII. La Fita di san Thomaso ^Aquino, Finexîa, 1$M. Arétin nous apprend que le chevalier Vendrino s'avisa d*en faire un poëme^. Elle fut réimprimée en 1928 et en 1630.
' U/ireJtd'Àrélinyi.\,v,iK%,
Si Ton en croit Ghilini : « Tous ces outrages sont d*aiie « grande beauté, remplis de doctrine, et prouvent que le génie « d*Arétin embrassait tous les genres de littérature *. n II fallait que Ghilini ne connût ces livres que superflciellemcnt^ ou qu'il fût aveuglé par Tamour de la patrie et le mauvais goût des siècles précédents. Ménage en juge plus sainement, lorsqu'il dit : « Arétin n'est supportable que dans ce qu'il a fait de libre ; « mais en matière de dévotion, on ne peut le souffrir, et c'est la m chose dit monde la plus pitoyable que ses Vies de sainte Ca- « therine et de saint Thomas d'Aquin , sa Genèse et sa Parafe phrase des Psaumes, soit pour les expressions, soit pour les « pensées '. »
VIII. La Corteggia, comedia del divino M. P. Aretino, f^inezitty 1534. Dans cette pièce, Maco de Sienne vient à Rome pour accomplir le vœu de son père de le faire cardinal. Convaincu qu*on ne peut attraper la barrette sans être rompu au manège de la cour, 11 s'adresse à maître André pour apprendre le métier de courtisan. Celui-ci le conduit aux étuves et le fait entrer dans une cuve qu'il nomme le mouU des cardinaux. Après l'avoir fait raser et parfumer, il lui persuade que ce cérémonial lui a donné l'esprit et la science qui lui manquaient, et lui présente un miroir concave. Le bon Maco , voyant son visage grossi de moitié, s'imagine qu'il en est de m^me de son mérite, que toutes les femmes vont courir après lui, et qu'il sera bientôt le maître dans Rome. Il faut remarquer que l'auteur introduit sur la scène le sacristain de Sainte-Pierre et le prieur des récollets ^Ara (Mi* Le clergé de ce temps n'était pas si chatouilleux que le nôtre, puisqu'il laissa représenter cette pièce pendant le ^^rême de 1537, dans la ville de Bologne, qu' Arétin nomme la Servante des prêtres 9t l'adulatrice de leurs débauches >.
IX. liMarescalcOf comedia diM, P. Aretino, 1633. Un duc de Ifantoue avait un maréchal qui regardait les femmes de travers. Ce duc feignit de vouloir le marier, et promit 400 ducats pour la
' Teat, deçH Vont, leiter., 1. 1, p. 192.
* MéDff.f t. If, p. 108.
' Lettres (FArétin^ 1. 1, p. 245.
LXIY VIE D^ARETIN.
dot de la future. Quoique le maréchal se trouvât dans un grand embarras, Tavarice triompha néanmoins de Taversion ; mais le duc lui présenta un jeune garçon habillé en fille. Ce galant homme ne se fut pas plutôt aperçu de la raillerie, qu'il reprit toute sa gaieté. Ces pièces ne sont que des scènes détachées. I/auteur avait dessein de les réduire en cinq actes*, pour leur donner ime forme régulière ; ce projet n'a pas été exécuté. Il fait paraître dans ces deux pièces vingt à vingt-cinq acteurs sur la scène.
X. VIpocrito, comedia di M. P. Aretino, Finezia, 15i2. Liséo, vieux père de famille, accablé de malheurs et réduit au désespoir, reprend courage par les conseils de l'Hypocrite , et s'élève au-dessus de ses adversités. La persécution de ses gendres et la débauche de ses filles ne le touchent plus. Il méprise même les faveurs que la Fortune lui vient offrir, d'où l'auteur conclut que cette déesse, sujette aux travers de son sexe, refuse ses grâces à ceux qui les sollicitent, et les prodigue à ceux qui n'en fout pas de cas. Cette pièce ne tient rien de ce que son titre promet, exemple fidèlement copié par plus d'un moderne. On croit trouver un caractère comme dans le Tartufe, on n'y voit que quelques traits contre les faux dévots.
XI. Il Filosofo, comedia di M. P. Aretino. Finezia, 1546. Toutes ces comédies étant extrêmement rares, nous n'avons pu recouvrer celle-ci, ce qui nous met dans l'impossibilité d'en donner l'argument. Un certain Jacques Doronnetti, sur la fin du dixseptième siècle, fit une imposture à la république des lettres, dont il est à propos de rendre compte. Après avoir changé les prologues, les noms des personnages, et retranché les obscénités, il fit réimprimer les comédies dont il s'agit, comme des pièces nouvellement découvertes. Le maréchal fut déguisé sous le nom d'y/ Càvalerrizzo, comedia ingeniosa ; le Philosophe prit le titre d'// Sofista, comedia bellissima , et l'Hypocrite fut masqué sous celui iX'JlFinto, comedia leggiadra. Pour appuyer l'imposture, il raconte, dans la préface qu'il a mise à la tête de cette édition, que ces comédies ont été trouvées dans les papiers d'un
TIB D*AKÉTIN. UCT
bel esprit qu*il nomme Luigi Tansillo, mort depuis peu de temps. Stigliani a donné dans le panneau ^ ; mais Grescembeni a démasqué le plagiat par la confrontation de cette édition avec les précédentes*. Il impute cette supposition à la nécessité d'éluder les fiilminationsqui enveloppaient indistinctement tous les ouvrages de notre auteur.
XII. La Talenta di M. P. Aretino^ composta alla petizione de magnifici signori sempitemi , e recitata d'alla loro proprie tnagnificenze col mirabel apparato, f^inezia, 1542. Talente, courtisane, se plaint de la fuite d'un Maure et d'une esclave, qui lui avaient été donnés, Tun parTinca, capitaine napolitain, l'autre par Vergolo, Vénitien. Armillio, seigneur romain, avait feint de Tamour pour cette courtisane , afin d'avoir entrée dans sa maison, et pouvoir parler à l'esclave qu'il aimait. Fâché de l'avoir perdue , il rencontre Blando , qu'il soupçonnait de l'avoir enlevée, et entre chez lui » où il apprend que le Maure est la femme de Marchetto, fils de Vergolo, qu'on avait peinte en noir; que l'esclave est un jeune garçon habillé en fille, et marié depuis peu à Marmillia , fille de Tinca , et que ces déguisements n^avaient eu pour objet que d'escroquer les faveurs de Talente. Cette découverte guérit Armillio de sa première passion, et lui fait ouvrir les yeux sur les beautés de la fille de Blando qu'il épouse : Vergolo et Tinca payent la valeur des esclaves, et Talente se raccommode avec Orsinio, son ancien galant.
XIII. Lettere di M. P. Aretino. Finezia, 1637. Ce recueil, dont il ne parut d'abord qu'un volume , fut poussé jusqu'à six , qui furent réunis dans une édition qu'en donna Mathieu Le Maître, à Paris, en 1619 *. Quoique Arélin se vante d'avoir été le pre-
< LeL de Siiglianiy a. e., ii9.
* Istor, délia volg. Poesia, t. II, p. 437. Giomale dtlle Letter. tPltal^
t. XI, p. 153.
' Le premier volume, imprimé en 1537, est dédié au duc dIJrbin. Ce livre eut tant de vogue qu'il y en cul neur édiiions en sept ans. Le deuxième fut Imprimé en 1542, et dédié à Jacques l«r, roi d'Angleterre. Le troisième en 1548, dédié à Côme de Médicis, duc de Florence. Le quairième fut dédié à Charles Afifaelati Marchand^ eu ^5^0 \VV \« ^>aL^\^|&^^
mier qut ait publié des lettres familières S TAddo avait fliit imprimer *, longtemps ayant, celles de Catherine de Sienne et celles de Filelfo ; mais il faut convenir qu'il est le premier qui se soit avisé de donner au public ses pitopres lettres *. M inutoli prétend que le premier volume mérite quelque attention ^. Et Ménage dit «qu'il a lu avec attention toutes les lettres de Pierre Arétin, « et qu'il n'a pu y trouver un mot qu'il lui fût possible de faire « entrer dans ses ouvrages ^. »
XI y. Laude di Clémente f^lly Opt, Maœ. Pont.f eompoxi^ tione del divino poeta M. P, Aretino, Ce petit poème et le suivant ne se trouvent que dans les anciennes bibliothèques. Ils furent imprimés à Rome en 1531.
XY. Canzone in Iode del Datario, compoziHone del pre* elaro poeta M. P. Aretino. On peut regarder ces ouvrages comme des pièces fugitives, qui par leur valeur n'ont intéressé personne à les conserver.
XYI. SonnetU Ittssuriosi di P. Aretinô. Ce sont ces sonnets, dont nous avons parlé, qu'Arétin fit. pour mettre au-dessous des d«88ins de Jules Romain, gravés par Marc Raymond!. Ce petit livre est aussi rare qu'il est obscène, et ne contient que 23 pages. On ne trouve plus que l'estampe qui servait de frontispioe. Lallain, riche marchand de Paris, acheta ces planches pour 100 écus, somme alors considérable, dans le dessein de les anéantir ; ce que son zèle exécuta, de façon que les misérables copies qui courent aujourd'hui le monde n'ont que le venin de celles de ces grands maîtres^. M. de La Monnoye, pour égayer sa sérieuse littérature, a bien voulu réduire en distiques latins cha-
magnanime seigneur. Le cinquième parut la même année, et est dédié à Baudouin del Monte. Le sixième parut en 1557, et est dédié à Hercule d'Esté.
' Lettres d'Arélin, t. lU, p. 19 ; Ménag., t. II, p. 178.
' Elog. Ital.y p. 361, 362.
' Let. d'àpostolo Zeno.
* Bayle, Dict,, mot Aréiin (Pierre), note i.
* Ménag., t. II, p. 109.
* ClievîUier, Orig, de'iimp. de Parist p. ss4.
cuQ de ces sonnets. 11 a mis ces deux vers sous le portrait d'Are tin:
Marc grtTa ces tableaui que Iules aTait pehil : L'on et Faulré le cède aui ?erf de rArétio.
Et pour préface :
De Marc et du Romain les noms sont oubliés ; Le public â toi seul adjuge ces figures t Tes vers font oublier les traits et les postures. Et les honneurs communs te sont appropriés.
Uais, victime du temps, ton galant badinage,
Hélas î ne se retrouve plus !
Pour réparer du sort l'injurieuse rage.
Faible soulagement à des pleurs superflus.
J'ose t'offrir, lecteur, dans ces fliibles distiques.
Un essai de oes sels atliques:
Priape écoutera volontiers mes discours ; Il est, quoique grossier, le frère des Amours.
Qui ne serait attendri des regrets de ce grave académicieu ? Quelques auteurs, qui avaient euteudu parler de ces sonnets sans les avoir vus , se sont imaginé qu'Ârétin avait composé un livre, de omnibus F'eneris schematibus .
XVIT. Duoi primi Canti di Marfisia del divinoM. P. yiretino. Ce poëme n'est que commencé. Le troisième chant parut en 1538. L'auteur en fit brûler le restée Bernard Accolti en parle avec éloge '.
XVIII. Stanze di M. P. Aretino in Iode di Madona Angela Sirena. f^inezia, 1537. L'impératrice, à laquelle il dédia cet ouvrage , lui envoya un collier d'or de cinq cents écus. II a fait imprimer À la tète quelques sonnets apologétiques qu'il avait mendiés de quelques poètes de ses amis. Nos anciens n'en savaient pas davantage : les Comités des cafés n'étaient pas encore formés. Aujourd'hui , cinq ou six émissaires députés dans
' Ullres d'Arélin, t. III, p. 288.
' Lettres à rAritm, 1. 1, p. 1 34.
LXYIII VU D*ABiTIM.
ces regrats du bel esprit emportent les suflfhiges , et la cohue subjugue le parterre et le public.
XIX. Délie lagrime (FAngelica diM. P, AretinOt duoiprimi canti. 1538. Ce poëme eut le même sort que celui de Marfise , et quoique imparfait, la marquise du Guast, à laquelle il était dédié, le paya comme aciievé sur la parole de Tauteur. L'Unico uéretino se récrie après Tavoir lu : « Moi dont Tart a fait pleurer les pierres, je n'ai pu m'empécher de joindre mes larmes à celles d'Angélique*.
XX. Stambotti* alla F'illanesca Freneticaii dalla quartana^ con le Stanze alla Sirena in comparazione de gli stili. f^inezia, 1544. Ces vers mordants sont adressés al facettissimo Trippa Cantianese Stafieri d'ogni senza menda duca d'UrbinoK
XXI. Grescembeni parle d'un poème à la gloire de la marquise du Guast, imprimé en 1542, dont il ne reste aucun vestige^
XXII. LOrasia di 3J. P, Aretino, f^inezia, 1546. C'est une espèce de tragédie en vers libres, que l'auteur appelle son chefd'œuvre*^, et qu'il dédia à Paul III. On ne la trouve qu'en manuscrit*.
XXIII. CapitoW di M. P. Aretino in Iode del magnanimo duca d*Urbino. Ce poème contient deux cent vingt--six vers , et deux sonnets, dont l'un est le portrait du duc et l'autre l'éloge de la célèbrj^ Vittoria Farnèscf son épouse.
XXIV. Temari « di M. P. Aretino in gloria di Giulo III e délia Reyna Cristianissima, Lyon, 1551.
* Ulires à l'Arétin, t. I, p. 134.
' Les StamboUi sont une espèce de poésie divisée par slancei de huit
vers chacune.
* BiblloL du P. Bloni faucon, t. H, p. 781. Il y a un exemplaire de cet ouvrage dans la Bibliothèque du Uoi i Paris.
* Istor. délia volg. Poes.^ t. IV, p. 40.
* Lettres d* Are lin, l.IV, p. 59.
* AMac, Drainmalurgia, p. 624.
' Les CapiioU sont un genre de poésie dont les stances sont de six vers, et les rimes redoublent de trois en trois vers.
' C'est un genre de poésie dont les si^nces sont encQro de six verS} fpais sans rimes redoublées,
VIE D*AHéTIN. LXIX
XXV. Liduoi Cànti di Orlandino di divino M, P.Aretino, Stampato nella Stampa per maestro délia Stampa d*entro la Citta ; e non fuori^ nel mille, volto cerca. Arétia , sans s'excepter , tourne en ridicule tous les poètes de son temps qui affectaient de prendre leurs héros dans la cour de Charlemagne. Il invoque , au lieu d* Apollon , un certain Gambano, personnage infSune , et la fameuse Saffette lui tient lieu de muse. Il s*est servi du diminutif de Roland ; non qu*à Texemple de quelques autres il ait pris pour sujet Tenfance de ce paladin, mais parce qu'il en fait un pauvre petit homme , et qu'il représente Astolpbe , Renaud et les autres comme une troupe de goujats et de poltrons.
XXVI. Combat Umento poetico del divino M. P, jéretino, e del bestiale Albicante^ oceorso sopra la guerradi Piedemonte, e la loro paee celebrata nelV Academia de gli Intronati di Sienna.
Il coinposa encore un grand nombre de satires , dont il ne reste plus de vestiges. La mort de Jésus-Christ , tragédie de sa composition, a eu le même sort *. Il avait aussi fait un traité del Fondamento Cristianoy dont Ghilini^ Grasso', etDoni^ parlent comme d'un ouvrage qui n'a pas vu le jour. Il commença la légende des Saints '*. Le sénat voulut l'engager à entreprendre l'histoire de Venise*, et Charles-Quint lui proposa d'écrire sa vie '. Mais il s'excusa de l'un et de l'autre sur son incapacité. Alexandre Picolomini ' parle d'un dialogue entre deux cardinaux sur les mœurs du clergé , et Coccio lui attribue un Traité de la servitude et de la liberté*. Il y a bien de l'apparence que ces deux ouvrages ne furent qu'en projet. Il en est de même de
Lettres d^Aréiin, t. VI, p. t84.
Teat, d'Vom, letier., 1. 1, p. 192.
Elog, d'Vom, leiter,, 1. 1, p. 4o.
Libraria 11, Vinezia, 1555, p. 147.
Lettres d'Aréiin, t. VI, p. 7.
Lettres d'Aréiin, 1. 1, p. 320.
Lettres d* Are tin, t. III, p. 137; t. IV, p. 104.
Lettres à PArétin, l. II, p. 143.
Let, iù fine dei Haggion^t edit. mo» GosmopoU^p, 4iT«
LUI VW »'AMÊTUf.
la comédie, et des quatre thèses qae le Pédant annonce à la fin de la comédie du Maréchal y lorsqu^il dit : c< Dieu aidant, lors du relâchement de nos études , nous espérons tous donner une comédie des progrès du Maréchal , suivie de quatre thèses. La première établira quel est le bonheur de ceux qui n'ont point de femme. La deuxième démontrera la misère de ceux qui en ont une qui ne veut pas mourir. La troisième prouvera les accidents qui menacent le front et les épaules de ceux qui se chargent de cette marchandise. Enfin , la quatrième conclura par la félicité de ceux qui n'en ont point , qui n'en ont point eu, et n'en auront jamais *. »
La réputation qu'Arétin avait acquise d'homme caustique , et ses écrits satiriques et licencieux l'ont fait regarder comme un cynique. Ce titre de fléau des princes et de censeur du monde autorisait les railleurs à mettre leurs productions malignes à l'abri de son nom. Il se vit bientôt le père de ces libelles dont le venin fait le mérite , misérables enfants du secret et de la perversité, monstres désavoués par leurs parents et qui rampent dans l'ombre. On lui attribua ces satires sanglantes contre César Frégosse , contre Antoine de Levé , et contre Gharles-Quinl. On le fit l'auteur de ce testament ridicule qui déchire également le pape et l'empereur^.
On mit sous son nom, même après sa mort, un petit ouvrage intitulé Dubbi amorosi , auquel les vers suivants tiennent lieu de préface.
Docteurs es lois, sublimes ergoteurs,
Qui connaissez le grand Balde et Bartfaole,
Qui nivelez le droit dans votre école,
Expliquez-nous, magnanimes seigneurs, Ces doutes amoureux, source d'une querelle, Qui partage eu ce jour P et M
Le caractère de l'impressiou n'est pas d'Italie, et le style est du dix-septième siècle. Il contient trente-un huitains, suivis de
' Marescalco, corn., atto V, scena ullima.
' Il s'en défdiid vivemeol dans sei !,«<., 1. 1, p. T6 ; t. Il, p. 19.
VI E d'arktix. lxxi
seize problèmes et de leurs résolutions. Ou y a joint dix-sept sonnets dont quelques-uns pourraient bien être d'Arétin, et qui ont peut-être donné lieu à lui attribuer le tout.
Il servit encore de couverture à VyÉlcibiade fanciullo a la seuola di P. A.<t et on mit sur son compte le Commento de la Grappa intomo al Sonnetto,poiche mia Speme é longo à ventre troppo, dove ciarlo e longo délie Donne e del mal francese. Mantoua^ 1545. L'auteur affecte de n'employer que les expressions dont Arétin s'est servi dans ses dialogues : mais ces ouvrages n'ont de commun avec lui que les obscénités dont ils sont remplis.
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