DES MISÈRES DU TEMPS
D*e£frontez vergongneux, de cruels charitables, De larrons aumosniers, et pas un n'a changé Le vice dont il fut auparavant chargé. *
Ronsard ne s'aveuglait pourtant pas sur les fautes et les abus de TÉglise romaine, et, dans un discours à Guillaume des Autels, après avoir énuméré les torts des huguenots, il ajoute :
Or nous faillons aussi : car depuis sainct Grégoire Nul pontife romain, dont le nom soit notoire. En chaire ne prescha : et faillons d'autre part. Que le bien de l'Église aux enfants se départ. Il ne faut s'estonner, Chrestiens, si la nacelle Du bon pasteur sainct Pierre en ce monde chancelle, Puis que les ignorans, les enfans de quinze ans, Je ne sçay quels muguets, je ne sçay quels plaisans, Ont les biens de l'Église, et que les bénéfices Se vendent par argent ainsi que les offices.
Mais que diroit sainct Paul, s'il revenoit icy, De nos jeunes prélats, qui n'ont point de soucy De leur pauvre troupeau, dont ils prennent la laine. Et quelquefois le cuir ; qui tous vivent sans peine, Sans prescher , sans prier , sans bon exemple d'eux Parfumez, découpez, courtisans, amoureux,
« Éd. P. Bl., t. VII. p. 17.
3iO DISCOURS
Veneurs, et faucouniers, et avec la paillarde Perdent les biens de Dieu dont ils n'ont que la garde?
Que diroit-il de voir TÉglise à Jesus-Ghrist, Qui fut jadis fondée en humblesse d'esprit, En toute patience, en toute obéissance, Sans argent, sans crédit, sans force, ny puissance, Pauvre, nue, exilée, ayant jusques aux os Les vergeà et les fouets imprimez sur le dos ; Et la voir aujourd'huy riche, grasse, et hautaine, Toute pleine d'escus, de rente, étude domaine? Ses ministres enflez, et ses papes encor Pompeusement vestus de soye et de drap d'or?
11 se repentiroit d'avoir souffert pour elle • Tant de coups de baston, taut de peine cruelle, Tant de bannissemens, et voyant tel meschef, Prieroit qu'un trait de feu luy accablast le chef.
Il faut doncq corriger de nostre saincte Église Cent mille abus commis par l'avare prestrise, De peur que le courroux du Seigneur tout-puissant N'aille d'un juste feu nos fautes punissant.
Quelle fureur nouvelle a corrompu nostre aise ? Las I des Luthériens la cause est très-mauvaise, Et la défendent bien ; et par malheur fatal, La nostre est bonne et saincte, et la défendons mal.
heureuse la gent que la mort fortunée * A depuis neuf cens ans sous la tombe emmenée I Heureux les pères vieux des bons siècles passez, ' Qui sont sans varier eu leur foy trespassez, Ains que de tant d'abus l'Église fust malade ! Qui n'ouirent jamais parler d'Œcolampade,
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De Zuingle, de Bucer, de Luther, de Calvin; Mais sans rien innover du service divin Ont vescu longuement, puis d'une vie heureuse En Jésus ont rendu leur ame généreuse.
Las ! pauvre France, helas I comme une opinion Diverse a corrompu ta première union !
Tes enfans qui devroient te garder te travaillent. Et pour un poil de bouc entr'eux-mesmes bataillent, Et comme reprouvez, d'un courage meschant, Contre ton estomac tournent le fer trenchant. *
Mais comment pourroit Thomme avec ses petits yeux Cognoistre clairement les mystères des cieux, Quand nous ne sçavons pas régir nos republiques, Ny mesmes gouverner nos choses domestiques?
Quand nous ne cognoissons la moindre herbe des prez? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos piez? Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles, Comme si l'Esprit Sainct avoit usé ses ailes A s'appuyer sur eux, comme s'ils avoient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu.
Et comme s'ils avoient (ainsi que dit la fable De Minos) banqueté des hauts dieux à la table, Sans que honte et vergogne en leur cœur trouve lieu, Parlent profondement des mystères de Dieu ; Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires. Ils sçavent ses advis, ils sçavent ses affaires, Ils ont la clef du ciel et y entrent tous seuls, Ou qui veut y entrer, il faut parler à eux.
I Éd. P. Bi., t. vu, p. 42.
Les autres ne sont rien sinon que grosses bestes, Gros chapperons fourrez, grasses et lourdes testes : Sainct Ambrois. sainct Hierosme, et les autres docleurs N'estoient que des rêveurs, des fols, et des menteurs : Avec eux seulement le Sainct Esprit se trouve, Et du sainct Evangile ils ont trouvé la febve.
pauvres abusez ! mille sont dans Paris, Lesquels sont dès jeunesse aux estudes nourris, Qui de contre une natte estudians attachent Melancholiquement la pituite qu'ils crachent, Desquels vous apprendriez en diverses façons, Encore dix bons ans, mille et mille leçons.
11 ne faut se ruser de longue expérience Pour estre exactement docte en vostre science : Les barbiers, les maçons en un jour y sont clers, Tant vos mystères saincts sont cachez et couvers 1
Il faut tant seulement avecques hardiesse Détester le Papat, parler contre la Messe, Estre sobre en propos, barbe longue et le front De rides labouré, l'œil farouche et profond.
Les cheveux mal peignez, le sourcy qui s'avale, * Le maintien refrongné, le visage tout pasle.
Se monstrer rarement, composer maint escrit, Parler de TElernel, du Seigneur et de Christ, Avoir d'un grand manteau les espaules couvertes, Bref, estre bon brigand et ne jurer que : Certes.
Il faut pour rendre aussi les peuples estonnez,
Discourir de Jacob et des prédestinez.
Avoir sainct Paul en bouche et le prendre à la lettre,
* Ravaler, s*abaisser, descendre.
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Aux femmes, aux enfans FEvangile permettre, Les œuvres mespriser, et haut louer la foy.
Voilà tout le sçavoir de vostre belle loy.
J'ay autrefois gousté, quand j*estois jeune d'âge, Du miel empoisonné de votre doux breuvage :
Mais quelque bon Démon, m'ayant ouy crier, Avant que Tavaller me Tosta du gosier.
Non, non, je ne veux point que ceux qui doivent naistre,
Pour un fol Huguenot me puissent recognoistre :
Je n'aime point ces noms qui sont finis en pts,
Gots, Gagots, Austrogots, Visgols et Huguenots :
Ils me sont odieux comme peste, et je pense
Qu'ils sont prodigieux à l'empire de France. *
Vous ne combattez pas, soldars, comme autresfois Pour borner plus avant l'empire de vos rois : G'est pour l'honneur de Dieu et sa querelle saincte Qu'aujourd'huy vous portez l'espée au costé ceinte.
Je dy pour ce grand Dieu qui bastit tout de rien, Qui jadis affligea le peuple égyptien, Et nourrit d'Israël la troupe merveilleuse Quarante ans aux déserts de manne savoureuse ; Qui d'un rocher sans eaux les eaux fit ondoyer. Fit de nuict la colonne ardante flamboyer Pour guider ses enfans par monts et par valées ; Qui noya Pharaon sous les ondes salées.
Et fit passer son peuple^ainsi que par bateaux Sans danger, à pied sec, par le profond des eaux.
« Éd. P. B(., t. VII, p. 59.
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Pour ce grand Dieu, soldars, les armes avez prises, (Jui favorisera vous et vos entreprises, Comme il fit Josué par le peuple estrangei* : Car Dieu ne laisse point ses amis au danger.
Dieu tout grand et tout bon, qui habites les nues, Et qui cognois Tautheur des guerres adveuues, Dieu, qui regardes tout, qui vois tout et entens. Donne je te suppli\ que l'herbe du printemps Si tost parmy les champs nouvelle ne fleurisse, Que Fautheur de ces maux au combat ne périsse, Ayant le corselet d outre en outre enfoncé D'une pique ou d un plomb fatalement poussé.
Donne que de son sang il enyvre la terre, £t que ses compagnons au milieu de la guerre Renversez à ses pieds, haie tans et ardens.
Mordent dessur le champ la poudre entre leurs dens, Estendus l'un sur l'autre, et que la multitude Qui s'asseure en ton nom, franche de servitude. De fleurs bien couronnée, à haute voix, Seigneur, Tout à Tentour des morts célèbre ton honneur. Et d'un cantique sainct chante de race en race Aux peuples à venir tes vertus et ta grâce. *
» Éd. P. Bi., t. vil, p. 80.