DES VERS ALEXANDRINS
Les alexandrins tiennent la place, en nostre langue, telle que les vers héroïques entre les Grecs et les Latins, lesquels sont composez de douze à treize syllabes : les masculins de douze, les fœminins de treize ; et ont tousjours leur repos sur la sixiesme syllabe, comme les vers communs sur la quatriesme, dont nous parlerons après. Exemple des masculins :
Madame, baisez-moi, je meurs en vous baisant.
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OÙ tu vois manifestement le repos de ce vers estre sur la sixiesme syllabe. Exemple du fœminin :
O ma belle maistresse, as-tu pas bonne envie ?
Tu dois icy noter que tous noms françois qui ne se terminent en e lente, sans force et sans son, ou en es, sont fœminins ; tous les autres, de quelque terminaison qu'ils puissent estre, sont masculins. Exemple de e fœminin : singulière, femme, heste, nasarde, livre, escritoire. Exemple de es : livres, escritoires, chantres, etc. Exemple des masculins : donné, haut, chapeau, descendez, surmontez. Il faut aussi entendre que les pluriers des verbes qui se finissent en eut sont reputez fœminins, comme : ils viennent, disent, souhaitent, parlent, marchent, etc. La composition des alexandrins doit estre grave, hautaine, et (s'il faut ainsi parler) aitiloque, d'autant qu'ils sont plus longs que les autres"; et sentiroient la prose, s'ils n'estoient composez de mots esleus, graves et resonnans, et d'une ryme assez riche, à fin que telle richesse empesche le style de la prose, et qu'elle se garde tousjours dans les aureilles, jusques à la fin de l'autre ver. Tu les feras donc les plus parfaits que tu pourras, et ne te contenteras point (comme la plus grand part de ceux de nostre temps) qui pensent, comme j'ay dit, avoir accomply je ne sçay quoy de grand, quand ils ont rymé de la prose en vers. Tu as desja l'esprit assez bon pour descouvrir tels versificateurs par leurs misérables escrits, et par la cognoissance des mauvais, faire jugement des bons, lesquels je ne veux particulièrement nommer, pour estre en petit nombre, et de peur d'offen-
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ser ceux qui ne seroient couchez en ce papier ; aussi que je désire éviter l'impudence de telle manière de gens. Car tu sçais bien que non seulement Kepafxeùç
xepafxeî xoT^et xa\ textovi t^xtcov, mais aussi àoi86; aoî8w. *
[Si je n'ai commencé ma Franciade en vers alexandrins, lesquels j'ay mis (comme tu sçais) en vogue et en honneur, il s'en faut prendre, à ceux qui ont puissance de me commander et non à ma volonté ; car cela est fait contre mon gré, espérant un jqur la faire marcher à la cadence alexandrine ; mais pour cette fois il faut obéir.] *