LXVI NOTICE
Il soupire en repos Pennui de sa vieillesse Dans ce même foyer où sa tendre jeunesse A vu dans le berceau ses bras emmaillottés...
Voilà le reptavit. Et, au lieu de Frugiàus alterniSj non consuUy computat annum, sans entrer dans une antithèse difficile, il dira nonchalamment:
Il tient par les moissons registre des années...
Mais surtout il y met à chaque instant ses impressions vraies, et les associe aux tons primitifs sans qu'on puisse les démêler. Je renvoie les curieux aux pièces elles-mêmes. Et c'est ainsi que les trois poètes, en présence d'un ancien, nous donnent tour à tour la mesure de leur procédé et de leur goût. Le seul Racan, par la fusion de l'harmonie et de la couleur, a retrouvé le charme et le je ne sais quoi d'enchanté.
Il faut conclure. Je l'ai presque déjà fait au début, par des paroles de Fénelon. Je le ferai ici encore en terminant, et par des paroles de Chapelain. Qu'on n'aille pas s'effaroucher, la chose yaut mieux que le nom. Jamais je n'ai rapproché Chapelain de Ronsard comme poète ; des deux, il n'y a que Ronsard qui le soit. Chapelain est un esprit judicieux, réglé, de tout temps un peu lourd, venu à la suite, et digne finalement, par ses vers, de toute la risée de Boileau et de tout notre oubli. Mais à son heure, et encore jeune, il jugeait bien de toute cette littérature antérieure ; et c'est à lui que Balzac adressait, à une date qui doit être des premiers mois de 1640, cette lettre souvent citée où. il lui disait : « Mais est-ce tout de bon que vous parlez de Ronsard, et que vous le trai-
-*^-ir«r J— I <~ ii j i T i I ■ « - • ^ •■••/^^^«■■^iMMMawia^Ma^ta
SUK RONSARD LXVII
tez de grand ? ou si c'est seulement par modestie, et pour opposer sa grandeur à notre ténuité? Pour moi, je ne l'estime grand que dans le sens de ce vieux proverbe: Magnus liber , magnum malum, et me suis déclaré là-dessus dans une de mes lettres latines, que vous avez laissée passer sans y former d'opposition. » Chapelain, ainsi pressé par Balzac, lui répond un peu longuement, mais très-judicieusement, et cette lettre inédite, publiée ici pour la première fois, ne saurait désormais se séparer de la question même qui lui était faite et dont on se souvient encore:
« Vous me demandiez, lui écrit-il le 27 mai 1640, > par Tune de vos précédentes, si répithète de grande que j'avois donné à Ronsard, étoit sérieux ' ou ironique, et vouliez mon sentiment exprès là-dessus. J'avois alors beaucoup de choses à vous dire plus nécessaires que celles-là, et à peine avois-je assez de temps pour vous le dire. Maintenant que je suis sans matière et sans occupation, je puis bien prendre celle-ci pour remplir ma page et satisfaire à votre désir, plutôt tard que jamais. Ronsard sans doute étoit né poète, autant ou plus que pas un des modernes, je ne dis pas seulement François, mais encore Espagnols et Italiens. C'a été l'opinion de deux grands savants de delà les monts, Sperone et Castelvetro, dont le dernier, comme vous avez pu voir dans les livres que je vous ai envoyés, le compare et le préfère à son adversaire Garo dans la plus belle chose et de plus de réputation qu'il ait jamais
1 D*après la copie très-authentique des Lettres de Chapelain que j'ai sous les yeux, je rapporte celle-ci à Tannée 1640. Dans les lettres imprimées de Balzac à Chapelain, on a porté les lettres correspondantes de Balzac à Tannée 1641.
* Chapelain ne met pas épithète au féminin ; il se souvient du latin et du grec, oii le mot est neutre.
^ar^ -5 --^^-^^-jjçï^r