LA
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Si j'aime mieux les ombres que le jour, Songe divin , ce bien vient de ta grâce.
Suivant ton vol je volerois aux cieux ; Mais son portrait, qui me trompe les yeux, Fraude toujours ma joye entre-rompue.
Puis tu me fuis au milieu de mon bien, Gomme un éclair qui se finit en rien, Ou comme au vent s'évanouit la nue, *
Le commencement est imité du Bembe. On remarquera ce cep voluptueux,
qui, d'un amoureux tour, La branche aimée en mille plis enlasse.
Voilà des images poétiques qu'on chercherait vainement dans nos poètes avant Ronsard et Dubellay.
Ores la crainte et ores Tesperance
De tous costez se campent en mon cœur :
Ny Tun ny Tautre au combat n'est vainqueur.
Pareils en force et en persévérance.
Ores douteux, ores plein d'asseurance.
Entre l'espoir, le soupçon et la peur.
Pour estre en vain de moy-mesme trompeur, • Au cœur captif je promets délivrance.
Verray-je point, avant mourir, le temps, Que je tondrai la fleur de son printemps, Sous qui ma vie à l'ombrage demeure?
* Éd. p. Bl., t. I,p. 18.
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Verray-je point qu'en ses bras enlassé,
Tan test dispos, tantost demy lassé,
D'un beau souspir entre ses bras je meure ? *
Avant qu'Amour du chaos ocieux .
Ouvrist le sein qui couvoit la lumière,
Avec la terre, avec l'onde première.
Sans art, sans forme estoient brouillez les cieux.
Tel mon esprit à rien industrieux, Dedans-mon corps, lourde et grosse matière, Erroit sans forme et sans figure entière, Quand l'arc d'Amour le perça par tes yeux.
Amour rendit ma nature parfaite, Pure par luy mon essence s'est faite.
Il m'en donna la vie et le pouvoir ;
Il eschaufa tout mon sang de sa flame, Et m'emportant de son vol, fit mouvoir Avecques luy mes penser s et mon ame.
L'idée de ce sonnet n'a rien de bien neuf ; mais les deux derniers vers sont pleins de mouvement, et rendent à merveille Timpulsion imprimée à l'âme.
^ Gomme un chevreuil, quand le printemps détruit Du froid hyver la poignante gelée,
* Éd. P. Bl., t. I, p. 26.
> Éd. P. Bl.,t. I, p. 31.
DB GASSANDRB 9
Pour mieux brouter la fueille emmiellée, Hors de son bois avec Taube s'enfuit :
Et seul et seur, loin de chiens et de bruit, ^ Or' sur un mont, or' dans une vallée, Or' près d'une onde à l'escart recelée.
Libre s'egaye où son pied le conduit :
De rets ne d'arc sa liberté n'a crainte,
Sinon alors que sa vie est atteinte
D'un trait sanglant, qui le lient en langueur.
Ainsi j'allois sans espoir de dommage, Le jour qu'un œil sur l'avril de mou âge Tira d'un coup mille traits en mon cœur.^
Ce sonnet est pris du Bembe : Si corne suol, poicheH verno aspro e rio, etc., etc. Il n'est pas inférieur à Toriginal, et j'oserai même dire que je le lui préfère. Le charmant vers : Pour mieux brouter la fueille emmiellée appartient tout entier à Ronsard ; et cet autre vers, allègre et sémillant, Libre s'egaye où son pied le conduit^ vaut mieux^qfhe Ovunque piii la 'porta il suo desio.
Si je trespasse entre tes bras, ma Dame, Je suis content : aussi ne veux-je avoir Plus grand honneur au monde, que me voir, En te baisant, dans ton sein rendre l'ame.
Geluy dont Mars la poictrine renflame, Aille à la guerre : et d'ans et de pouvoir
» Éd. P. Bi., t. 1, p. 35.
Ji •.
Tout furieux, s'esbate à recevoir En sa poitrine une espagnole lame :
Moy plus couard, je ne requiers sinon, Après cent an?, sans gloire et sans renom, Mourir oisif en ton giron, Gassaudre :
Car je me trompe, ou c'est plus de bon-heur D'ainsi mourir, que d'avoir tout l'honneur D'un grand Gesar ou d'un foudre Alexandre.^
Ainsi Tibulle :
Non ego laudari euro, mea Délia ; tecum Dummodo sim, qusso segnis inersque vocer.
Ainsi Properce, Ovide, et tous les élégiaques de Tantiquité.