STANCES
Quand au temple nous serons Agenouillés, nous ferons Les dévots, selon la guise De ceux qui pour louer Dieu Humbles se courbent au lieu- Le plus secret de l'église.
Mais quand au lit nous serons Entrelassés, nous ferons Les lascifs, selon les guises
« Kd. P. Hl., t. I, p. 46.
DB CASSANDRB 11
Des amants, qui librement
Pratiquent folastrement
Dans les draps cent mignardises.
Pourquoi doncques quand je veux Ou mordre tes beaux cbeveux, Ou baiser ta bouche aimée, Ou toucher à ton beau sein, Contrefais-tu la nonnain Dedans un cloistre enfermée?
Pour qui gardes-tu tes yeux j
Et ton sein délicieux,
Ton front, ta lèvre jumelle?
En veux-tu baiser Pluton
Là bas, après que Charon
T'aura mise en sa nacelle? /
Après ton dernier Irespas, Gresle, tu n*auras là bas Qu'une bouchette blesmie :
Et quand, mort, je te verrois, Aux ombres je n'avouVois Que jadis tu fus m'araie.
Ton test n'aura plus de peau,
Ny ton visage si beau
N'aura veines ny artères :
Tu n'auras plus que des dents
Telles qu'on les voit dedans
Les testes des cimeteres.
Doncques tandis que tu vis,
Change, maistresse, d'avis.
Et ne m'espargne ta bouche.
Incontinent tu mourras :
Lors tu te repentiras De m 'avoir esté farouche.
Ah je meurs 1 ah baise-moy !
Ah, Maistresse, approche-toy !
Tu fuis comme un fan qui tremble : ^
Au moins souffre que ma main
S'esbate un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.^
De pareilles beautés ne réclament ni ne souffrent aucun commentaire. Bien malheureux qui, en lisant ces vers, n'y verrait que des scènes de plaisir et des espiègleries folâtres I Tout cela y est, et de plus, surtout vers le milieu, il y a des larmes, larmes de tristesse autant que de volupté...
Quoniam medio de fonte leporum Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat.
Lucrèce.
Ou pour parler avec Lamartine :
Mais jusque dans le sein des heures fortunées Je ne sais quelle voix que j'entends retentir
Me poursuit, et vient m'avertir Que le bonheur s'enfuit sur Taile des années, Et que de nos amours le flambeau doit mourir.
Voicy le boip que ma saincte angelette Sur le printemps rejouist de son chant :
Voicy les fleurs où son pied va marchant.
Quand à soy-mesme elle pense seulette :
* Éd. P. Bl., t. I, p. 74.
DB GASSANDRB 13
Voicy la prée et la rive mollette, Qui prend vigueur de sa main la touchant, Quand pas à pas en son sein va cachant Le bel email de l'herbe nouvelette.
Icy chanter, là pleurer je la vy,
Icy sourire, et là je fu ravy
De ses discours par lesquels je des-vie :
Icy s'asseoir, là je la vy danser :
Sus le mestier d'un si vague penser Amour ourdit les trames de ma vie. *
Imité de Pétrarque : Senuccio ; i' vd" che sappi in quai maniera, etc.
Icy chanter:
Qui Ciantb dolcemente, e qui s'assise ; Qui si rivolse, e qui rattenne il passo ; Qui co' begli occhi mi trafisse il core.
Qui disse una parola, e qui sorrise ;
Qui cangibU viso. In questi pensier, lasso,
Notte e di tienmi il signor nostro Amore.
Il faut avouer que ces deux derniers vers de Pétrarque sont bien au-dessous des deux vers correspondants de Ronsard, qui offrent une riche et gracieuse image.
Page, suy-moy par l'herbe plus espesse ; Fauche Fesmail de la verte saison.
Puis à plein poing en jonche la maison Des fleurs qu'avril enfante en sa jeunesse,
* Éd. P. Bl., t. I, p. 92.
Despen du croc ma lyre chanteresse, Je veux charmer si je puis la poison, Dont un bel œil enchanta ma raison Par la vertu d'une œillade maistresse.
Donne-moy Fencre et le papier aussi ; En cent papiers, tesmoins de mon souci, Je veux tracer la peine que j'endure :
En cent papiers plus durs que diamant, Afin qu'un jour nostre race future Juge du mal que je souffre en aimant. ^
De ses maris l'industrieuse Heleine, L'aiguille en main, retraçoit les combas Dessus sa toile : en ce poinct tu t'esbas D'ouvrer le mal duquel ma vie est pleine.
Mais tout ainsi, Maistresse, que ta leine Et ton fil noir desseignent mon trespas.
Tout au rebours pourquoy ne peins-tu pas De quelque verd un espoir à ma peine?
Mon œil ne void sur ta gaze rangé, Sinon du noir, sinon de l'orangé, Tristes tesmoins de ma longue souffrance.
fier destin 1 son œil ne me desfait Tant seulement, mais tout ce qu'elle fait Ne me promet qu'une désespérance.^
1 Éd. p. Bi., t. I, p. 109/
« Éd. p. Bl., t. I, p. H8.
DE GASSANDRE
Ingénieux et bien tourné. Il paraît que Tinvention appartient à Ronsard.
Quand je te voy discourant à part loy, Toute amusée avecques ta pensée, Un peu la teste en contre-bas baissée, Te retirant du vulgaire et de moy :
Je veux souvent, pour rompre ton esmoy, Te saluer : mais ma voix offensée.
De trop de peur se retient amassée Dedans la bouche et me laisse tout coy.
Mon œil confus ne peut souffrir la veue :
De ses rayons mon ame tremble esmeue :
Langue ne voix ne font leur action.
Seuls mes soupirs, seul mon triste visage
Parlent pour moy, et telle passion
De mon amour donne assez tesmoignage. ^
Le tableau du premier quatrain est parfaitement touché : cet air pensif, cette tête penchante, et celte façon d'exprimer la rêverie : Toute amusée avecqiies ta pensée! La Fontaine eût-il pu trouver mieux?
* Éd. p. Bi., 1. 1, p. 120.