AMOURS D'ASTRÉE
Ronsard, qui n'avait pas dédaigné dans Marie une humble fille de village, ne craignit pas de lever les yeux jusqu'à une noble dame de la famille d'Estrée, qu'il célébra sous le nom àHAstrée. Nous prendrons trois sonnets parmi ceux qui sont adressés à cette dame.
Jamais Hector aux guerres n'estoit lâche Lors qu'il alloit combattre les Grégeois ; Tousjours sa femme attachoit son harnois, Et sur Tarmet luy plantoit son pennache.
Il ne craignoit la Peléenne hache Du grand Achille, ayant deux ou trois fois Baisé sa femme, et tenant en ses dois Une faveur de sa belle Andromache.
Heureux cent fois, toy chevalier errant,
Que ma Déesse alloit hier parant.
Et qu'en armant baisoit, comme je pense 1
De sa vertu procède ton honneur :
Que pleust à Dieu pour avoir ce bon-heur,
Avoir changé mes plumes à ta lance ! *
» Ed. p. Bl., t. I, p. 268.
AMOURS d'astrée 63 (
A mon retour ( hé, je m*en désespère I ) ]
Tu m'as receu d'un baiser tout glacé,
Froid, sans saveur, baiser d un trespassé,
Tel que Diane en donnoit à son frère, '
Tel qu'une fille en donne à sa grand mère,
La fiancée en donne au fiancé, 1
Ny savoureux, ny moiteux, ny pressé :
Et quoy, ma lèvre est-elle si amere?
Hà, tu devrois imiter les pigeons.
Qui bec en bec de baisers doux et longs Se font l'amour sur le liaut d'une souche.
Je te suppli', Maistresse, désormais Ou baise-moy la saveur en la bouche Ou bien du tout ne me baise jamais.*
Charmant sonnet ; jamais on n'a mieux rendu la saveur d'un baiser d'amour.
Pour retenir un amant en servage Il faut aimer et non dissimuler, De mesme flame amoureuse brusler.
Et que le cœur soit pareil au langage :
Tousjours un ris, tousjours un bon visage, Tousjours s'escrire et s'entre-consoler :
Ou qui ne peut escrire ny parler, A tout le moins s'entre-voir par message.
« Éd. p. Bl., t. I, p. 273.
Il faut avoir de Tamy le pourtraict, Cent fois le jour en rebaiser le traict :
Que d'un plaisir deux âmes soient guidées,
Deux corps en un rejoincts en leur moitié.
Voilà les poincts qui gardent Tamitié,
Et non pas vous qui n'aimez qu'en idées.*