‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 13 sur 60 · LETTRE CVI · texte numérisé non relu

LETTRE CVI

Jlf. fjorELJCE au méfne.

oVe vois-je pas, cher ami, que je n'aurai besoin que de patience pour arriver au pouvoir suprême ? Qu'aurons-nous à dire si toutes ces plaintes d'unt réputation blessée, ces regrets qui ne font qu'augmenter, ces ressentiments qui ne s'éteindront jamais, ces ordres chagrins de m'éloigner, ne signifient que le mariage ; et â la véritable cause de tant

DE CliAKIS/Si:. 117

de pétulance et d'inquiétude n'est que le délai qu'on me voit apporter à toucher cet article. - Il m'étoit arrivé une fois de l'effleurer;; mais. je m'étois ora obligéde m'eavdoppér dans des^nuages, et d'abandonner mon sujet aussitôt qu'on s'étoit aperçH'de mon intention; dans la. crainte qu'on ne me reprochât d'abuser des .circonstances , sur-tout après la défense qu'on m'avpit faite de remuer cette corde, sans avoir donné des preuves de ma réformation , et sans avoir tenté uue réconciliation ayec les Harloves. Aujourd'hmqueje me vois maltraité, injurié y et si fortemait pressé de la quitter, qu'il ne me reste aucun prétexte pour. ^ retenir , s'il lui prenoit envie de m'échapper ; sa^os compter qu'au moindre doute de msi bonne foi y elle pourroit se jeter sous quelque autre protection, ou retourner peut-être au château d'Harlove, et se.livreq à Sodmes;. j'ai.p£(rlé ouvertement, et j'ai apporté, quoiqu'a vec dos précautions^ infinies, et mêm^aveq un air d'€^Qb^ri;;as( de peur qu'elle n'en fut oSepsée, Belford), des raisons qui devçientla faire consentir a mexendre le plus heureux de tous les hommes. Que ses regai;ds, baissés, son silence, accompagné d'un tremblement de lèvres j et l'éclat redoublé de son teint, m'ont appris éloquemment que L'o Sensé n'étoit pas mortelle !

Charmante créature, ai -je dit en moi-mêiuc (garde-toi, Belfordj de découvrir mon triomphe

il;8 :|ïisToittB

k d^âUtrè» persooiïte de ée sèke), ënsuis^jeTdtoc si tôt à ce point ? sui$*je déjà noiaitre de la dê^aé^ de Clàtî^se HarloVe? suisse dëjà cet komine r^i^ lô*, qtlé ]é dévots. être rfmt i[àe «le reoevoir le moindre encouragettieût ? Est-oe aiusi cpie pkte voui> &fe ûôntiôissez, ttioit!» -vOttS troùvea d« raison de prendre du^ùt pottf tfaoi? et cobMdnt Fart entret^i! dafa^ uû è^lit ai cél^ïê? Mfe baniâr, insister si rigbùVèoséinent sur moû ab^enoô^ dam lik vue «de ih'&^J)r6<5lier plus pt*ès de vous et d^ ^^ôndr^ appàt^èihmtiht Ife pfaisir pltiéf dier? Vos p%ntfe^ nases jù^Ufieiit tnet*v^ifl«toiseâië|i« le& Miiràiies) et m'ek^ èiteût à diépk>yêr^ur vt^H 1« fëc^(Hidité dl^»i^]& géDÎe. •Mais pérmettésÈ-moi de vôusdit^, àdorâb3e fiHe^

^'èlï Stfpposant infime qti^'tosdéàirs si>ltent qûidqtie jotot-i'èttîplis, Tous iîïé ddï^éfc conif^te iSttpatBiVaixt de là i*êptrgnahce que tous av^z eue à partir avec moi y dAtl& ttnfe crise oii votre départ ëtbit béccJJsaire pôûV éviter un engagenafent forcé àtec un misërable que vous devez haïr , A Voiis rebdï^ phis ^e justice à-^WyCr^'tnéritequ'âU miefa. : : *>

• JFé stris accotttùin*^ , in'en doutez J>à^, atïk préférehcés d^iiiie infinité dé ftmmes qui ne sotft pas audisons de vous pour le rang/quùiqûe je n'en c6nnoisse point dont le mérite soit égal au votre. Deviendrois-je le mari d'une femme -qui m\t donné lieu de douter du degré que j'occupe dans "son eslime ? Non 5 mon très-cher amour. JPïii tant de res-

peei pour vc» saintes loix, qné je M pùu ^ufirir qpi'eiles soi^xt violées par voa&^memé. D'aîil^uà oe croyez pas que yqtre sileiïce &. votre rougeui suffisent pour m'expliquerTOs iiilemions. Je ne^eum pas non pJlus qu'il fite- reste de f inquiétude sur voâ motifs; c'est-à<lire du douté si o^^st amour ou né^^ ôesâtë qui vous, inspire cette eondeBcendance. :^

Sur cespribdpes, Belfond^ quel autre parti avoîs»^ je à prendre que d'expliquer «on oUience comme une marque de méooni;entement? Je lui ai demandé pardou d'une hardiesse dotit tout me portoit à la croire offensée. Je ivi ai péonni qu'à Ta venir moi respect serbit iiKviolable pour ses volontés , et <|nè |e lui prouver pis^ par tomein^K^onduite, qu'un ve-^ ritable amour craint toujoltrs de déplaire et d'of^ ienser.

'- Et qrfa^t^^eôe p«i répond^f^?^ Je ffî'^agine, Bel^ ford, que fz^^tftUt démande. '■'- -^ ^

Rëpojtférsé^'Mh foi, elle a' pa#u <!liàgrine, c^on-^ cetcée, piqbéè) dncertaîne ^ autam que* few ai pu> ju^ryifli MM bolère devoit r^oinbm^ sikf ^Ue-r mâme ou siroiiioa C^^sdlâk dSe sW toarâéê) ^sKMBime pou^ ekifaer un^ lariue qââf>lui éc^appoit iiÉa%ré ^le^ ^^-ît poussé tm soupir,' divisé en iaKiis du quatre pâttie^ d[t^<mne â'^^c la §0fr^e qa'ii* fàSoît pour se faire eiïi^dre, mâôs en sPéSbtôant inémi^ moins de l'étoulBtor; et sortant enfin, elle m^itlai^isé mattre du d^ainp de bataille. ' [ -' ?

}30 HISTOIlli:

' Ne me parle point de politesse. Neme parle point: de générosité. Ne me parle point 'de eoœpas^ôxr. Les foiK^es. ne sont relies pas égales'? L'ayantage n'est-îl pàs.mêine dé son eôié?jNe m^a^^t-dle pa*. fait douter de. sqnâtodur? N'a-^+élle pas pris l'officieuse ;peine* de. ine >déelarer que sa haine pour Solmesne venoitd'aucimeiconsidératioQ fOfiir moi?* et que dois-je penaei) ^ cbag^in qu'elle rasent; 'de ae voir hors de ses atteintes, où, ce qui revient aii m^e, de s'être rendue à la porte du jardin ? • ' ! Sopges-tu qm\ ^noit lé tricmipke. des.oi^eîflecii^ Harloves, si je prenons le parti déii'épouser à^pré^ ^ent ? Une famille inférieure . à; i la- - mieneo ! Nul

d'entre eux d%ne de mon aUianoé f à l'ejsceptibq d'elle! Un bien oiumdérable, dans letçpiel «je sai^ me renfermer pour éviter toutes sortes d'obliga^ tions e^ de d^^pdltuçeci! Des espéraàeearsiVeleVées! Ma personne , mes talents , qui îae isw^ paa mjéjpri^ sahlé$'^y assurément ^ et: ^i ,n'ont obtaé« que* le mépris des HarloiKes! Obligé. dé reàdré/ des soins furtifs à leur fille ^ làndîa quéviâews iaa^i^ans'def plua .Qonsîdérablés jdu' royaume (vme-i&isoîeiit des pix>positions ' s^iii:squelW fe: feraloi^ l'oreille, »oi% pour ramoar d'«Ue, ^oit paree^ue^déteitadt d'aiJr lèii^ft.Ie marîa^ , j e ;$u»s résolu de' n'avoir jainais d'autarefemm.e : toe voir, foreé'de la dérober, fionr seulement à ^u^j VP^i^k eUe-meipi$! jetn^^i^ut-itpa^ que je me réduise encoxé à implc^r^f' l^ pj^nidou de 59

DE CliARISSE. 1221

&mille? à. demander d'être reconnu pour le fils d'un sombre tyran, qui n'a que ses richessfes à vanter- pouf le frère d'uu jniséraUe, qui a conçu pour moi une haîhet immortelle;' et d'une sœur indigne de mon attention (sans quoi j'aurpis triomphé^ tfelle à mon gré, et mûrement î^vçc mille fois moins de peine que de sa sœur, qu^'^Ue a barbaremept outragée ) ; enfin pour le neveu de deux oncles qi^, n'ayantpointd'autreméritequejletirfortunçacquisei en prendroient droit de m'insuller, ou voudroient me voir rampant dans l'attente de leur faveur? Non y non, mes ancêtres] on n'aura poifit à vous fepro-* cher que le^ dernier de vos descendants, qui n'en est pas assurément le plus méprisable, s'al^aisse,; rampe, baisé la poussière, pour deveiiir ïe^clam d'une femme! ,;

le reprendrai jtantôt ma plume, i », ,

' -'î'-*." ^ »' LoV'E-'ii'AeBi •••-. •.

JiETTRE CVii. .

M. 'fjovÈL^oB diiniêjne. '

Mais cette femme, n'est-ce pas la divine Claris^ ( supprimons* le nom d'IJ^rloye , que je méprise ^dans toiit.âiitre qu'ioJIe)? J^'est-çe pas sur cet adof rable Ql>jct que retombent impli<;itemeut mes mor

-naces? Si la vertu .est la véritable noblesse, que Clarisse est ennoblie parla sienne! et qu'une alliance avec elle seroit aussi capable d'ooinoUir ^ s'il n'y avoit point à lui reprocher la famiUe doiit elle est sortie et qu'elle préfère à moi !

Cependant, marchons la sonde en iiiain. N'y a-t-3 rien eu de repréhensible jusqu'à -présent en ellfr* même? et quand on pourrmt tout expliquer en ma Ëkveur , mes réflexions sur le passé ne me rendrontt elles pas malheureux , aussitôt que la nouveauté sera dépouillée de ses «larmes, et que je serai en post session du bonheur où j'aspire ? Un libertin capaldff de dâicatesse, la pousse plus loin que les autre» hommes. Comme il est raf e qu^il trouve les résis» tances^ de la vertu dans les femmes avec lesquelles il se lie, il s'accoutume à juger de^ toutes lea autres pât celles qu'il a connueSi 11 n'y â point de femme. au monde ipii 'résistera la persévérance d'un amant, lorsqu'il sait proportionner l'attaque aux inclinations : c'est là, comme tu sais, le premier article dii symbole des libertins.

Eh quoi! Lôvelace, t'entends-je demander avec surprise, peu5i:tu douter de la plus admirable de toutes les femmes ? Doutes-tu de la vertu de Clansse r

Je n'en douté point , cher ami ; je n'ose en doute^ La rdîgieuse vénération que j'ai pour elle me £erok trouver de l'impiété dans ce doute* Mais je te de*-

D« CLAKIME. ia5

mande à moii tour : Ne se peut-il pas que le principe de sa vertu soit Porgueii? De qui est-elle fille? De quel sexe est-elle? Si Clarisse est impecqaUe^ d'où lui vient son privilège? L'idée orgueilleuse de donner un ^and exemple à Son sexe peut l'avoir soutenue jusqu'à-présent. Mais cet orgueil n'est-il pas abattu? Connois^u des hommes ou des femmes qui soient capables de résister à l'infortune et à l'humiliation ? Humilie particulièrement une femme ; et tu verras , avec très-peu d'exceptions , que l'abaissement passe jusqu'à l'ame. Miss Clarisse Harlove est-^le donc le modèle de la vertu? Est-ce la vertu même? Tout le monde en a cette idée, me répondra-l-on ; tous ceux qui la coiinoissent, tous ^

ceux qui ont entendu parler d'elle.

C'est-à-dire qiie le bruit commun est en sa faveur* Mais le brait commun établit-il la vert^i ? La sienne est-eOe éprouvée? Où est l'auda<)ieux qui ait osé Illettré la vertu de Clarisse à l'épreuve?

Je t'ai dit, Belford, que je voulois raisonner avec moi-même j et je me trouve en^gé dans cette discussion sans m'en être aperçu. Poussons -la jusqù^à la rigueur.

Je sais que tout ce qui m'est édbappé jusqu'ici, et tout ce qui va sortir volontairement de ma pltidie^ ne te paroîtra pas fort généreux dans un am»nt î mais en mettant la vertu au creuset, mon dessein n'^si-il pas de l'exalter, si je l'en vois sortir pure et

triomphante ? Ecartons pour un moment toutes les considérations qui peuvent naître d'une foiblesse , à laquelle quelques-uns dohneroient assez malà-propos le nom de gratitude^ et qui n'est souvent propre qu'à corrompre un cœur noble.

Au fait, cher ami. Je vais mettre ma charmante à la plus. sévère épreuve, dans la vue d'apprendre à toutes les personnes de son sexe , que tu voudras instruire par la communication de quelques passages de mes lettres , ce qu'elles doivent être pour mériter l'estime d'un galant homme; ce qu'on attend d'elles; et , $i elles ont affaire à quelque tête seasée et délicate (orgueilleuse, si tu veux), combien elles doivent apporter de soin , par une conduite régulière et constante , à ne pas lui donner occasion de j^ger désavantageusement de leur caractère, par des faveurs bazardées, qui seront toujours traitées de foijilf^es. Une feiçme n'a-t-elle pas en garde l'honneur d'un homme? et ses fautes ne jettent^dles pas, pliis de honte sur un mari que sur elle-mèttie? Ce u'^t.pas s^qs raison, Belford , que j'ai toujours eu du dégoût pour l'état d'entraves.

Au fait, encore une fois, puisque je suis tombé $i^r cette importante question : savoir, si je dois prendre une. femme; et si ce doit être une femme de la premi^e ou de la seconde main? L'examen sera de bonne foi. Je rendrai , à cette chère personne , non,-s^^lement une sévère , mais une gêné-

DE CLAKISSE. Iii5

tease justice ; car mon dessein est de 1$ juger par ses propres règles, aussi-bien que par nos principes;

Elle se reproche d'être entrée en correspondance avec moi ; c'est-à-dire avec un homme d'an caractère fort libre, qui s'est d'abord proposé de l'engager Han^ ce commerce , et qui a réussi par des moyens qu'elle ignore elle-même.

Voyons»: Quels ont été ses motifs pour celle correspondance ? S'ils n'ont pas été d'une nature que sa délicatesse puisse trouver condamnable, pourquoi se les reprocher?

A-t-elIe été capable d'erreur? L'a -t- elle été d'y persister? N'importe qui étoit le tentateur ou quelie étoit la tentation. C'est le fait j c'est l'erreur qui est maintenant devant nous. A-t-elle persisté contre ]a défense de son père? C'est un reproche qu'elle se fait. Jamais une fille, néanmoins, eût-elle de pins hautes idées du devoir filial et de l'autorité paternelle ? Non , jamais. Quels doivent donc avoir été les motifs qui ont eu plus de force que le devoir sur une fille si respectueuse? Qu'en ai-je dû penser dans le temps? Quelles espérances en ai-je dû concevoir?

On dira que sa principale vue étoit de prévenir des accidents redoutables entre ses proches et rhomme qu'ils insultoient de concert.

Fort bien ; mais pourquoi prenoit-eUe plus d'in-» térêt à la sûreté dés autres, qu'ils n'y en prenoieui eux-mêmes? D'ailleurs, la fameuse rencontre

la6 HI3T0IES

n'étoit-elle * pas arrivée ? Une per$OD9ïQ dé ?€«l9 devoit-eile connoitre des raisons assezr fortes pour la faire passer sur un devoir évident, sur-tout Iprsqu'il n'étoit question que de prévenir un mal incertain?

Je crois t'entendre encore : Quoi ! Lov^ce ! c'est le tentateur qui devient aujourd'hui l'accusateur! , Non, mon ami, je n'accuse personne. Je ne fais que raisonner avec moi-même; et, daiis le fond d^ mon cœur, je justifie et je révère cette fille divine^ Mais laisse-moi chercher, néanmpini, si c'est à la vérité qu'elle doit sa justification , ou à ra^foihleese, qui est le véritable nom de l'amour.

Lui supposerons-nous un autre motif? car ciç sera , si tu veux , l'amour : motif que tout l'univers jugera excusable ^ non parce qu'il le pen^ , pour té le dire en passant , mais parce que tout l'univers «eut qu'il peut être égaré par cette fatale passion. Que oe soit donc l'amour. Mais l'arnour de qui ? D'îinlkwelace, me réponds- tu.

N'y a-t-il qu'un Lovelace au monde ? Combien deLovelaces peuvent avoir senti l'impression d'un^ M charmante figure et de tioit d'^dmira^bies qualités! C'est sa réputation qui a commencé ma Refaite ; c'est sa beauté et Pexoellewe de son ^pril qui ont mé mes ofaaînes. Aujourd'bm pe sont toutes ees forœs ensemble qiu forment un lien commd invincible, et qui me la font juger digne de la^s attaques, digne de toute mon ambition.

' jEaîs a^^elle eu la bonne foi, la candeur de rer* connoitre cet amour ?

Elle ne Fa pas eue.

S'il est donc vrai qu'il se trouve de l'amour au fend , n'y a-t-il pas avec lui quelque vice caché •DUS son ombre? de l'affectation , par exemple ? ou, si tu veux, de l'orgueil 7

Que résuke-t--il? La divine Clarisse serait donc capable d'aimer un homme qu'die ne doit pas aimer. Elle seroit donc capable d'affectation. Sa vertu n^auroit doncqfue de ForgueU pour fondement; et^ «'il y a de la vérité dans ces trois suppositions, la ^viae Oarisse ne seroît donc qu'une fèmme ! . «

Comment peut-elle amruser un amant td que le «ièti ? le faire trembler ? lui qui s'est fait une babi-^ ttMÏe de triompher des autres femmes; le^ faire dour ter si elle a de l'amour pour lui , ou pour quelque Jikonime au monde; et n'avoir pas eu sur elle-même tin juste empire, dans des occasLons qu'elle croit de ia plus haute importance pour son honneur? ( Tu vois , Belford , c[ue je la juge par ses propres idées. } Mais s'être laissé piquer par Finjuslioe d'autrui , jusqu'à promettre d'abandonner la maison de 809 père , et de paitir avec utn homme dont elle con~ fioissmt le caractère, en stipulant même de faire dépendre sou mafiage de plusietirs suppositions éloignées efC $fi»is Vraisemblance ! Quand Je sujet de sea plaintes auroit été capable de justifier toute

IStS HISTOItl£

autre femme, une Clarisse devoit-^tte ouvrir rentrée de son cœur à des ressentiments dont elle m condanme aujourd'hui d'avoir été si touchée?

Mais voyons cette chère créature qui prend la résolution de révoquer sa promesse ; qui ne s'en détermine pas moins à se trouver au rendw-vous avec son amant, homme dont elle connoit la hardiesse et l'intrépidité , à qui eUe a manqué de parole plus d'une fois, et qui vient, comme dledeil; s'y attendre, dans la disposition de recueillir le fruit de ses services, c'est-à-dire résolu de l'enlever, y oyons cet homme qui l'enlève actuellement, et qui en devient le maître absolu. Ne peut-il pas se trouver, je le répète, d'autres Lovelaces, d'autres mortels audacieux et constants qui lui ressemblent, quoiqu'ils puissent ne pas conduire tout^faitleur dessein par les mêmes voies? r

Est-il donc vrai qu'une Clarisse ait été fragile, suivant ses propres règîle3 ! fragile sur des points de cette importance^ et ne se peut-il pas qu'elle le devienne encore plus, qu'elle le soit sur le plus grand point, vers lequel toutes ses autres fragilités semblent l'acheminer naturellement ?

Ne médis pas que, pour nous comme pour c^ sexe , la vertu est une faveur du ciel; je ne parle ici que de l'empire moral que diacun peut avoir sur ses sens, et ne me demande pas pourquoi l'hommç s'accorde des libertés qu'il refuse aux. femmes, «t

Ami U ne ^eut pas même qu'dies puifisem are soupçonnées? Vains arguments, puisque les fautes ^'une iÏHnme sont plus injurieuses pour son marî^^ Tpie oelfes d'nn>mari ne le scfnt pour sa femme. Ne comprends-tu pas quel odieux désordre les pre^ tniàres )etteroiœt.dans la succession desfamittôs? lie crime ne sa^roit 411*6 égal. D'ailléuirs, j'ai hx quelque part que la femme est iailépour Fhofnme^ cette d^>endance entraîne une oèl^tioti plus ia4 dispenaabie à la venu. *

Toi^ Lo^dlace (roedirois-tu peut^^re/jH je té connoissois moins) ! toi, demander tant de p^ec^ lion dans une femme!

Oui, moi, puis-je te répondre. Connois-lu le grand César? Sais^tu qu'il répudia sa femme siirua ^mple soupçon? C^r étoit aussi libertin que Lo^ "vèlace , et n*étoit pas plus fier.

' Cependant je conviens iju'il n'y eut peti^-étre jamais de femme qui ait tant approché c[ué ma C3a^ lisse, d^Ia nature angélique.Mais, encore une fiois^ n'a-t-dle pas déjà fait des démarches qu'elle cou- ^damne elle-même? des démarches dont le public et sa propre famille ne l'auroient pas crue capable , et <jue ses plus chers parents ne veulent pas lui par^ donner? Ne t'étonne pas même que je n'admette point , en faveur de sa vertu , Pexcuse qu'on peut tirer de ^s.^ jtiste^ ressentiments. L01 pérsémiic»^

Prcro9t. Tome XXI. , ^

l3o HISTOIRB

et le$ tentations ne sontselles pas Tépreuve des âmes Tertueuses? Il n'y a point d'obstacles m de ressenti* ments qui autorisent la vertu à s'anéantir eUe-imeixie*

R^renons. Crois*-tu que cekii qui a pu la m«aer si loin, ne soit pas encouragé, parle succès, à mar-r cher en avant? Il n'est question que d'un, essai, Belford- Qui s'alarmera d'un essai pour une femme toute divine? Tu sais que je me suis quelquefois pl^^à faire des essais sur de jeunes personnes de mérite et d'un assez beau nomi. C'est une chose étralige que je n'en aye pas encore trouvé une qui ait tenu ferme plus d'un mois, ou assez long^temps pour épuiser mon invention. Tea ai tiré des con-^ iditsioBS fâcheuses ; et si je n'en découvre aucune dont la vertu soit incorruptible , tu vois que |e serai jexi état dç prêter serment contre tout le sexe* Toutes les femmes sont donc intéressées à l'épreuve que je médite. Quelle est celle qui, connoissant Clarisse, ne mit pas volontiers sur sa tâte l'honneur dé toute l'espèce ? Que celle qui le refuseroit s'avance, et soutienne l'engagement à sa place. .; f

Je t'as«ure, cher ami, ^e j'ai des idées prodi* gieusement hautes de la vertu ^ comnpie de toutes les .grâces et les perfections auxquelles je n'ai pas été capable de parvenir. Tous les libertin^ n'en diroient pas autant. Us <u*aindroient de se condamner euxmâines, «a approuvant ce qu'ils néj^bgent. Mai#

DE cjLAiiissE. i3r

Fifligénuité a toujours fait une . éclatante partie de mon caractère.

Satan, qui a bonne part, comme tu peux croire, au desaein que j'ai formé, mit notre premier père à de rudes épreuves ; et c'est à la conduite que ce bon homme tint dans ces occasions, qu'il a dû la répara-, tion de son honneur et les récompenses qui sont Te-, nues à la suite. Une personne innocente, qui a le; malheur d'être soupçonnée , ne doit-dUe pas sou-* haiter que tous les doutes soient édaircis?

Renaud, dans l'Ârioste, éloigna de fan la coupe du chevalier Mantouan, sans vouloir tenter Fexpérience^. L'auteur lui prête de fort bonnes raisons : Pourquoi chercheroi^je ce que je serais au dé^ sespoir de trouver? Màfenmie est d'un sexefira^ gile. Je ne puis avoir nteilleure opinion d'elle. Si je trouve des raisons de l'estimer moins , Ic^ disgrâce sera pour moi-même. Mais Renaud n'eût, pas refusé de mettre la dame à l'épreuve avant, qu'elle eût été sa femme , et lorsqu'il auroitpu tirer avantage de ses lumières. .

Pour moi, je n'aurois pas rejeté la coupe, quoique marié ^ n'eût-ce été que pour me confirmer la bonne opinion que j'aurois eue de l'honnêteté de ma chère moitié. J'aurois voulu savoir si j'avois une colonoibe ou un serpent dans mon sein.

En un mot,. que penser d'une vertu qtû red^u-^

^ Voyes Roland U Furimix, Lir. XLUI.

tercît les épreuves , et pur censément d'une feiMiîD qui Toudroit les éviter ? Je conclus que, pour établir papltiteoieot Fbomieurd'uQe si excellente créature, il est nécessaire qu'elle soit éprouvée : et par qui , si eè'H^est par celui qu'elle accuse de l'avoir déjà lait mollir sur des pc»pts de moindre importance? Son propre intérêt le demande, non-eeulement pAree qu'il a déjà Ëiit quelque impression suf elley mm encore parce que le regret qu'eHe en. a^ doit feire présumer qu'eHe sera plus en garde contre de Ammiles attaques.

O&ut cotivenir quesa situation présente est uif jpeu* à son désavantage; mais la victoire lui en sers^ pkis ^lori^ise. .1

Ajoutons qu'une seule épreuve ne sufliroit pas : pourquoi? parce que le cœur d'une femme peut être d^ir<aindans un moment, et de cire dans Faut re. Je Fai vérifié mille fois, et toi sans doute aussi. Les femmes, dira&-tu , nepasseroient pas mal leur temps, si tous les hommes s'avisoient de les mettre à répreuve. Mais, Bdford, ce n'est pas m<Hi avis non ptas. Quoique libertin, je ne suis pas ami du liberti- M^'dans autrui ; excepté dans toi et tes camarades. £a&Qi, recueille cette morale dans mon ennuyeuse dîscuision : ce Les petites friponnes qui n'ont pas dé » goût pour Fépreuve, doivent faire un choix qui j> réponde à leurs dispositions. Elles doivent hono- » rer de la préférence de bom et sages mâles ^i tie

DM OXiAllISSS. :l55

y> *$ônt point accoutumé à la ruse; imites prendront » sur )e pied qu'eQoB se donnéqt ; et qui, ne th>ll* . )) yaat tien d'absolumait màixvais dans euiHftïÀmed , » ne se portent pasuisément à soupçonner les atttreft ^

Tu vas me demander à-'prés^it oe que deviendra Ja belle, siJa victoire ne se range sous ses éiendaifds? ,Qae veuxr4u? un» fois subjuguée, comme tu sak, ,elle l'est pour toujours. C'est une autre de* nos -maximes libertine». Quelle source de plaisir^ poilK^ un ennemi du mariage , de vivre ayec une fille <$u mérite de Clarisse, sans cette incommode formaKté qui oblige les femmes à changer rédiement de nom, et qui entraîne tant d'autrçs so}eis de dégoût!

Mais si Clarisse est toujours divine? si Chrisse so^t ^glorieuse de l'épreuve ?

£h bien ! )é l'épouserai ak^rs , n'en doute pas. Je •l)énirai mon étoile^ à qui j'aurai l'obligation d\ine .'femme que je regarderai comme un ange.

Mais ne me haïra-t-eUe pas? Ne refusera-t-elle pas peut-être. .. « Non, non, Belford. Dans les cir- «constances où nous sommes, c'est ce que je redoute le moins. Mebaïr! £t pourquoi lifaïroit-^lle un homme qui ne l'en Aimera que mieux aprèsFépreuye? Ajoute que j'ai le droit de représailles à faire valoir. Ma résolution n'est-^é pas justilSée par celle qu'elle » do m'éprouver moi-môme? N'a-t-elle pas déclaré qu'elle veut attendre , pour iiotre mariage , de bonnes preuves de ma réformalion?

l54 HISTOIRE

FinÎ86on8 cette gravé et éloquente lettre. Toimême, que je suppose dans les intérêts de la belle» parce que je n'ignore- pas que mon irè^-digne oncle t'a prié d'employer FinAuence qu'il te croit sur mon esprit, pour me persuader de courber la tête sous le joug nuptial, ne me permets-tu pas de tenter si je pourrai la réduire au rang des mort^ts ; d'essayer si, dans cette fleur de jeunesse, avec tant de charmes, avec une santé si parfaite, elle est véritablement inflexible , et supérieure aux foiblesaes de la nature?

Je veux commencer à la première occasion. Je veillerai sur tous ses pas ; j'observerai chaque moment, pour saisir eehii que je ch^-die; d'autant pltis qu'elle ne m'épargne pas, qu'elle prend avantage de tout ce qui se présente pour me tourmenter, et qu'au fond elle ne me croit point , elle ne s'attend point k me trouver honnête. Si Clarisse est une femme, si Clarisse m'aime, je la surprendrai une fois en défaut. L'amour est un traître pour ceux qui le l(^ent. L'amour au-dedans, Lovelace au-dehorsr : elle sera plus qu'une femme, ou moi bien moins qu'im homme , si je ne sors pas victorieux.

A-présent, Belford, tu es informé de mes desseins. Clarisse est k moi ; mais ^e m'appartiendra plus encore. Quoique le mariage soit en mon pouvoir, qui me blâmera d'essayer si je puis ^re son vainqueur autrement? Si je manque de succès, sa gloire n'en peut tirer'qu'un nouveau lustre , et ma

I>£ CLARISSE. lS5

confiance sera parfaite à Favenîr. Oest alors qc^dle méritera le sacrifice que je lui ferai de ma liberté^ et que tout soa seaie lui devra des honneurs presque divins.

Yois-tu maintenant toute la circulation de mon entre|^rise? Tu dois la voir comme dans un miroir J G^endant , cabak ^ est le mot. Que mon secret ne t'échappe pas y mémeen songe. Personne nodoute qu'elle ne doive être ma femme. Elle passera pour telle , lorsque je te donnerai le mot. En attendant , je ferai parade de réformation ; et si je puis conduire la beDe k Londres, quelqu'une de nos favorites me dédommagera de cette contrainte. J'ai tout dit.

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