LETTRE CXXII
MiBs HofTB à miss Cljaisse lÏAKLors:
, * (En pépouse à ses de«x deimières») >
Mardi i8 avril.
V eus avez une famille implacable. Une nouvelle, visite de^Qtre oncle Antonin,a^on-seulementcon^ firme ma mjère dans son opposition à notre, corres-
' Prévost, Tome XXI, l5 .
d9& HISTOIRE
pondance, mais l'a fait presque entrer dans tous leurs principes.
Passons à d'autres sujets. Tous plaidez avez hedxt* eotip de génërb^ité pour M. Hieknlan. Peut-être ai-je fait à son égard ce qui m'arrive quelquefois en chantant, de prendre trop haut de quelques tons, et de ootttlhuëi* néanmoins plutôt que de reconi-* mencet*, (quoique ma voit soit obligée dé se contraindre. Mais il est certain qu'il en est plus respectueux; et vous m'avez appris que les caractères qu'un mauvais traitement est capable d'humilier , deviennent insolents lorsqu'ils sont mieux traités. Ainsi , bon et grave monsieur Hickman ; un peu plus de distance, je vous eh supplie. Vous m'ave» élevé un autel, et j'espère que vous no refuserez pas d'y fléchir le genou.
Mais vous me demandez si je traiterois M. Lovelace comme je Iraîle M. Hickman. Réellementy ma chère, je m'imagine q^e non. JTai considéré trèsattentivement ce point de conduite en galanterie , de la part des deux se;^es ; et je vous avouerai franchement le résultat de mes réflexions. J'ai conclu que, de la part dîes^ hommes,- la poJite^ est néces-* saire , même à l'excès , pour nous faire agréer leurs premiers soins, dans la vue de nous engager à plier le cou sous un joug dont l'inégalité n'est que trop sensible. Mais, en coiismence, je douté s'ils n'ont pas besoin d'un petit neiélange d'insoleiice pour se
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aoutemr daos notre esticoe, lorsquHls y sont par** tenus. Us ne doivent pas nous laisser voir que nous puissîoiis lesi traiter commet des 'sots. D'aitleurs.'je m'imagine. qu'un amour trop uni, c'est^-à-'dire une passion sans épines, en d'autre termes, unepassmn ^sanispa^sion^ ireissemble à ces ruisseaux dormants où l'on n'aperceyroit pas le. mouvement d'une paille; de sorte qu'un peu de craiiite^ et mémeile halne^ qu'on nous inspire qudquefois , produit des sentie ments tout opposés. —
S'il y a de la yérité dans-ce que }e dis, Lovelacé^ qui «'est montré d'abord l'homiiié du monde Je plu^ poli et le plus respectueux, a saisi la vraie métfaodel La pétulance qu'il a marquée depuis, sa facilité à &ire uhe creuse, son é^e famlité à s'hutmiier, me paroissent capables, sur-tQp.t dans un homme» à qui* l'on cohnoif du ^ns et du courage^ de sbut^nir vivement ht passion d'une femme , et de la :COBduire ^ en la fatigant par degrés, à une sorte de non^rési&j tance qui différera peu de la soumission qu'un mari tyran peut désijRca* dans la sienne.
U me semble, ien vérité , que la dxfier^oite con*t duite denos deiixbéros, à Fégard de leurs èéroïnesi porte la vérité-da cette idoetrinq jusqi;^àla démons^ Iration. Potw aioi, je ^ai» a ttccmitutnée aux ian»* guéuirs,tamL isoins ranxpants et à /la soumissSoij dii( mien, ^pe ye a'attends de lui que des soupirs^ desf révérences; et je spis sîpèa tcmcbée de ses sots dis^
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cours^ que souvent, pour le faire taire ou pour' me réveiller, je suis forcée d'avoir recôursr k mon cbve(ân. Au cbûtraire^Lovelace ssôitehir la balle eu l'air ; et son adroite vivacité dans la conversation y est un jeu continuel de raquettes. .!.:..
Vos disputes et vos réconciliaticms iréqueites, vérifient cette observation.* Je crois réellanent que $iM: Hickman avoit eu Fart de soutenir znoii;atteQ'^ tion, à la manière ddvotre Lovelaee^ jeâerois déjà sa femme. Mais il devoit eommencelr sur m ton ; cac il est trop tard à-^pr&ent pour y revenir* Jamais, îainais il ne se rétablira ; c'est sur quoi il peut eonip-» ter« Son sort est de faire le nigaud jusqu^au jour de notreinariage; et, ce qu'il y a dé pire .pour luij d'être condanmé à la soumission jusqu'à tomderniér 'soupir* é - ^ ^'
Pauvre Hickman! direz-vous peut-être; 'On m'a quelquefois nommée votre écho : paitvre: Hickman! dis^je-comme vous. / ; ». «
1 Vious vous étonnez^ ma chère , que M. Lpvelace ne vous ait pas fait lire, en anrivaiifr de Windsor, leslettifesde sa taÀt» et de sa cousine^ Je n'approuve pas non ^lus qu^il ait différé un séidnioment à^vous Cipmmuniqu^ des pièces «iiint^ssbikiss y et^qixi ont un, . ^i^port si* nécessaire aux ' conjonctures; : Cetcë ^ffectaiiiôn de ne vàualea montrer qùelelendemaîii, Ipr^queivous étiez irritée coâtre lui^ s^mè^^ mar-^ qu.er^u'i}l$^tej;M)H.«ifti rés«i?¥e> pour /aire (so^paix
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dans Poccanon : et concluez de là que le sujet de colère étoit donc prévu. De toutes les circonstancesqui sont arrivées depuis que vous êtes avec lui, c'est^ celle-ci qui me plaît le moins. Elle peut sembler petite à des yeux indifférents ; mais elle suffit , aux mi^s, pour justifier toutes vos précautions. Cepen-" dant je -crois aussi que la lettre de madame. Greme à sa sœun, 1^ demande répétée pour Hannsli , poui> une des filles de votre veuve Sorlings, et sur-tout pour madame Norton , sont d'agréables contrepoids. Ces quatre circonstances m'empêchent de dire tout ce que je pense de l'autre. L'étourdi! de vous avoir déclaré le soir qu'il avoit les lettres , sans offrii* dé vous les montrer. Je ne sais quel jugement porter de lui.
J'ai lu avec plaisir ce que les dames lui écrivent f d'autant plus que , les ayant fait sonder encore , je trouve que toute la famille désire votre alliance avec autant d'ardeur que jamais.
Il me semble qu'il n'y a point d'objection raisonnaUe contre votre voyage de Londres. Là , comme y
au centre, vous.serez en état d'apprendre des nouveUes de tout le monde, et- de donner des vôtres. Tous y mettrez la bonne foi de votre homme à l'épreuve, ou par l'absence à laquelle il s'e$t engagé, ou par d'autres essais de cette nature. Mais, au fondy ma chère , je pense toujours qu'il n'y a nen de plus pressant que votre mariage. Vous pouvez tenter
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( car il faut pouvoir dire que tous Pavez tenté ) ce que vous avez à vous promettre de votre farmille ; mais au moment cpi'elle aura refusé vos proposi-' lions, soumettez-votis au joug , et tirez-en le meil-^"» leur parti que vous pourrez. M. Lovelace seroit un tigre, s'il vous mettoit dans la nécessité de vous^x-* pfiquer. Cependant c'est mon opinion , que vous devez fléchir un peu. Souvenez- vous qu'il ne peut souffrir l'ombre du mépris.
Voici une de ses maximes , qui avoit rapport k moi : ce- Une femme, m'a-t-il dit un jour, qui se » propose tôt ou tard de faire tomber son choix 1^ sur un homme, doit ^re counoître, pour son J> propre intérêt, qu'elle distingue son adorateur » de la troupe commune ».
Vous rapporterai-je de lui une autre belle sentence, prononcée dans son style Kbertin , avec un geste convenable au discours? « Il se donnoit au » diable, malgré le peu de délicatesse qu'on lui )f> supposoit, s'il prenoit pour sa femme la première » princesse de l'univers , qui balanceroit une mi- » nute entre un empereur et lui d.
Eln un mot, tout le monde s'attend à vous voir k faiL On est persuadé que vous n'avez quitté la maison de votre père que dans cette vue. Plus la cérémonie est différée , moins les apparaices vous sont favorables aux yeux du public. Ce ne sera point la faute de vos proches , si votre réputation demeure san^
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tache pendant que vous n^ serez point mariée; Votre oncle Antonio tient un langage fort grossier, foqdë sur les anciennes moeurs deLovelace. Mais, jù^u'^àr présent , votre admirable capaçtèro a s^vi dWti-r dote au poison. Le harangueur est méprisé , et n'excite que de l'indignation* '
J'écris avec quantité d'inter^pli^D^* Yom .Y0Ufr apercevrez même que ma lettn^e^ pliée et cfaiiSm-* née, parce que l'arrivée subite de ma mère m'oUige souvent de la cacher daps hioq ^in. Nous avons ^i un fort joli débat, je vous aswre. Ce n'est pas la peine de vous fatiguer p^r ce redit. . . . Mais en vé^ rite. . . . Nous verrons , nou9 verrons..
Votre Hannah ne peut^e r^4re auprès dé vous.. La pauvre fille est reten^e depuis quinze jours par un rhumatisme , qui ne Im permet pas de se remuer sans douleur. Elle a fondu en larmes, lorsque je lui ai fait déclarer le désir que vous avez de la reprendre. Elle se croit doublement malheureuse, de ne pouvoir rejoindre que maîtresse si dière. Si ma mère avoit répondu à mes désirs, M. Lovelace n'auroit pas été le pretoûer qui vous eût proposé ma Kitty^ en attendant Hannah. Je sens combien il est désagréable de se voir parmi des étrangers, et de n'avoir que des étrangers pour nous servir. Mais votre bonté vous fera des domestiques Qdèles> dans quelque ikn que vous alliez^
Il faut VQU& laisser suivre vos idées. Cependant y
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du côté de l'argent comme des habits, si vdiis vott^ expoâex àquelque kioommoditë qtte j'eusse pu prë Tenir, je ne vous le pardonnerois de ma vie. Ma mère (si c'est votre objecdon ) n'a pas besoin d'en être
informée.
Votre première lettre me viendra sans doute de Londres. Adresses&^la , je vous prié , et celles qui la suivront, jusqu'à nouvel avis, d M. Hickman^ dans 8a propre maison. U vous est entièrement dévoué. Ne vous chagrina pas tant delà partialité tX des préventions de ma mère. Il me semble que ]e nesuis plus dans if âge des «poupées.
Que le ciel veille sui» vous , et qu'il vous rende aussi heureuse que je vous crois digne de l'être! c'est e vœu çontini^el de votre fidèle amie,
. Anne Howe.
LETTRE CXXIIÏ.
Miss CLjinisSE Hjnt^rB à miss Howe.
Mercredi au soir iQ avril.
J'ai beaucoi]^ de joie, ma dbère amie, de vous voir approuver moû départ pour Londres.
Vos différends domestiques me causent un chagrin ine:q)rimable. Je me flatte que mon imagination
les grossit. Mais je vous conjure de m^apprendre les circonstances de celui que vous nommez un joîi débat. Je suisaccoutumée à votre langage. Lorsque vôusm'aurez^tout apptis, quelque rigueur que votre mère ait eue pour moi, j'en serai plus tranquîHeL Les coupables doivent plutôt gémir de leurs fautes , que s'ofTenser du reproche qû'e&es leiïr attirent! • Si j'ai des obligations pécuniaires à; quelqu'un dans le royaume, ce ne sera qu'à vous. Il n'est pas besoin, dites*vous, que votre mère sache les bontés que vous avez pour moi ! Dites , au contraire , qu'elle doit les savoir, si je les accepte , et si s^a curiosité vous presse là-dessus. Voudriez-vous mentir ou la tromper? Je >souliaiterois bien qu'elle fût sans inquiétude sur ce point. P^don, ma chère, mais je sais.... Cependant elle avoit autrefois meilleure opinion de moi. O téméraire démarche! que tu me coûtes déjà de regrets ! Pardon encore une fois. La fierté , quand elle est naturelle , se montre quelquefois au milieu de l'humiliation. Mais, hélas! la mienne est entiè-* rement abattue.' ^
Il est malheureux pour moi que ma digne Hannah ne puisse venir. Je suis aussi fâchée de sa maladie, que de me voir trompée dans mon attente. Hé bien, ma chère miss Howe, puisque vous me pressez de vous avoir obligation , et que vous m'accuseriez de fierté si je refosois absolument vos offres, ayez h^
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bonté d'envoyer à cette pauvrefîUedeiut gainées de ma part.
Si je n'ai pas^ comme vous le dites, d'autre ressource qu^ le mariage, c'est une consolation que les iparents de M. Lpvelace n'ayent pas de mépris pour une fugitive, comme je pouvois le craindre de l'orgueîl de leur naissance et de leur rang.
Mais que mon CMicle est crud ! Ak ! ma chère , quelle ciniauié de supposer. ... Le tremblement de mon cœur se communique à ma plume et ne me permettra pas de faire cette letlre bien longue. S'ils sont tous dans les mêmes idées, je ne sem pas surprise de les. trouver irréconciliables. Voilà , voilà l'ouvrage de mon insensible frère ; je reconnois ses barbares soupçons. Que le ciel li^ pardonne ! c'est la prière d'une soeur outragée.
Clarisse Harlote.