‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 25 sur 60 · LETTRE CXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIV

Mias Clarisse Harlove à miss How^.

Jeudi ao avril,

Li£ courrier de M. Lovelace est déjà, de retour, avec la réponse de son ami M. Dolemw, quiparoit s'être doxmé beaucoup de peine dan$ ses recherches,,

et qui lui eh Fend un compte fort exact. M. Love^ lace m'a donné sa lettre, après Pawoir lue ; et comme il n'ignore pa&^q^e je vous informe de tout ce qui m'arrive, je l'ai prié de trouver bon que je vous la communique. Vou$ me la renverrez^ j s'il vous ptaît^ par la première occasion* £lle vou» apprendra que ses amis de Londres nous croyeQt déjà mariés.

A M. Lorr.LACB.

Mercredi soir ]9«TTil.

ce Monsieur et c;h£R ami;,

<c J'apprends avec une joie extrême que nous ï> vous reverrons bientôt à la ville, après une si y> longue absence. Votre retour sera plus agréable » encore à vos amis, s'il est vrai, comme on le » publie, que vous soyez actuellement marié avec y> la belle, dame- docit nous vous avons entendu y> parler avec tant d'éloges. Madame Doleman et • ï> ma sœur prennemt beaucoup de part à votre y> satisfaction, si vous Fêtes ^ ou à. vos espérances, >) si vous ne l'êtes pas eneore. Je suis depuis quelque » temps à la viUe, pour trouver un peu de soula- » gement à mes anciennes infiraiités, et je suis ac* y^ tuellement dans les remèdes : ce qui ne m'4 poiqt y> empêché de faire les recbericbes ^que vous dési- )) rez. Yoici le résultat de mes soins.

» Vous pouvez avoir un premier étase^ fort

y> bien meuble^ chez un mercief , riiè de Belford^ y> avec les commodités qu'il vous p)aira pour des 3> domestiques, soit par mois, soit par t]uattier.

y> Madame Doleman a vu plusieurs logements y> dans ]a rue de Norfolk , et d^âûtres dans ceUe dé 9» CecU ; mais quoique la vue de la Tamise et des » collines de, Surrey rende ces deux rues très- )) agréables, je suppose qu'elles sont trop proches » de la Cité.

» Les propriétaires de la rue de Norfolk ne vou- 3) droient pas louer moins que la moitié de leurs y> maisons. Ce seroit beaucoup plus que vous ne » tiemandez; et je m'imagine que vous ne pensez » point à conserver un appartement garni , après 7) la déclaration de votre mariage.

» Celui de la rue de Cecil est propre et com*- 3D mode. La propriétaire est une veuve, de fort » bonne réputation ; mais elle demande qu'on s'en- * y> gage pour une année.

3> Vous pourriez être fort bien dans la rue de » Douvres, chez la veuve d'un officier 6€S Gardes, » qui, étant mort peu de temps ap^ès avoir acheté )) sa commission^!! laquelle il avoit employé la meil- » leure partie de son bien , a laissé sa femme dans la » néq^sûté de louer des appartements pour vivre. » Cette raison peut faûre une difficulté : mais on )) m'assure qu'elle nereçoit point de locataires qui yy n^ soient d'unnom et d'un caractère connvis. Elle

I)3S CliARISSE. 287

1^ 9 pris enrenia deux, bonnesmaisoûs^ sëpsrëes l'nne » .def^utr«paruQp9S6ageqiiileursertdeooar€om'' >). «aune. Là maison mtërieurQ^est la plus joUe et k >» . mieuK meviblé^; mnîs vousipour ree obtenir l'usage y> d'une fort, belle qbawbm»$ur Jb «devant, si* vous » voulez av^r une* vue spr k nie< Jlerrièpe la mai'- » son intéir^Qw*^ est .un petit )ii)ifdîii:^ où la vieille

]> d^uQoea 4^pjk>yéi^>i[iw^'iSMi^û^

)^ j[i(OnU)re^d^ f figlinesr et deJvfitsés douJi oUe à. pris

^ plaisir à l'orner* •.' - r

)) Comme j'ai jugé 3fUQC<$iIi)geiXieotpourroitvb« » plaire, mesinibrQiatiansQiitjétié fort fixactes«L'ap« 3> partem^^t c(vi l^/trouye à Jouer estrdans la mai-* yx son intérieur^ JlQSt;QOjnat|m^ d'uâe salle à mangers^ » 4^ux: salles d^ <;on^pagIm^de1^^ok(>Av€US0hdm<<f » bresd^liv,,':^yecleursg^dé-roh«b,j^t:d'unfo!Ptj[oIx :ii>. (cabin^4^fla)ik;u$doni^4i)i)lepetHJardm;.Tou( :& ^t fortbÂefameublé.,UIMCj[désîftSt«]^e^e^ >> )avec sa .^sn^iine.et i^ne jeiii^ fiUe^à ioariier ,. est le p' dernier qui i'a occupé. Il ?^^tsoiHi;deptd$'^eu:( » ;pour aller prendre possession d'uôib^éfice odne» :^ sidérable en Irlapdft* La v^ùve ia'a.dk<qu'il-:ne ^ l'avoit loué d'abotd que ;pphf trois moisfimak » qp'il !y avoit. pris .tant de gpûi, qu'il y étoittde<f p, meure deuxaos^.et qi^'il joif^^'^voit (foitté qu'are- ;i> gret. Elle se yautequ'il en ^td^m^nè de tèi!isjsedi 3>» locataires^ ils s'arrêtent cbes dy^quatirefoispltts ^ long-^tensips qu'ils ;ne se rétQi4^ prp|>osél . . \/) c

a58 HISTOIRE •

j> J'ai ea qudque coDuoissanoe dû knari ^ qni a?oit y^ Ja réputation d'un botnme dtionkieur. Mak c'est » la première fois que j'aye vu sa veuvê. Je lui trouve » l'air un peu mâle ^ et quelque <)bose de rude dans 9) le regard* Mais-, en observant 6es manières et ses y> attentionspour deaitjefiinesf personnes fort agréa^ 9> fafes, qui sont le^ tiiècl^ de -son Èdari et qui se ^ louent beadcoup d'elle^, je tfÀ pu attrU^uer son B. embonpoint) iqu'à^sar bonne fafïmeilr ; eat* il est ttré » que les personnes hargneuses soient fort grasie^» sr* £lle est respectée dans le <|uttmét^ ^ ^ j'ai appris «> tqii'dle voit fort benne compàgmé.' - Tx : Si cette descrâption y ou ceMe dés^ autres loge- ^ ments que j'ai nbnâmés, ne 66nxîwt pas à ma-^ » datneLovefaoejelIesèrâlibredeh^jf^ftsdemeûfef » Iong*temp^etâeife^s'en rapporléft^q^îà sonprdj^re p choix; Là veuve Consent à lou<^i' {^tt^ mois^ et à ^i lie loum* qtje ee qui pourra vëttfe convenir. Elle ». ne s'etfitbarrftsâè- ]^à5 des terme^^ dit^IIe ; et ce }> qfi'eUe voiidi*éi^fifiàvi(>ir uniquèttiént'/e'tést ce qu'il w faudra fournit* à madame votre' ëpoiise, et quelle »< sei*a la conduite de'âes^ gens ou des vôtres ; parce BT pque Pexpéricncè-lûiapprend qué leS domestiqueii ». Bont ôrdiàaireip^rit plus difficiles que tes mattt^s. -:rO)b"Madam0 L6véîâ#evaura là^libéi^tédé mangêi* à »? vAA^ d*b6ce^ ô tf dé »e fiiire servie cbese die. - V.;»: £)omme' nous Vôïis supposons niariés, et pett*^ 7> étreoblig^^^héè^quereHesdefamUle^ànepa^

DE CLARISSE. sSq

y> divulguer encore votre mariage , f ai juge qu'il ne )^ seroit pa^ mal-à-propos d'en faire entendre quel- 3» que chose k la veuve, qtfbique sans l'assurer d^ K^ rien ; et je lui ai demandé si, dans cette supposij> tion, elle pouvoit vous loger aussi, vous et vos 3D^ domestiques. Elle m'a répondu qu'elle le pouvoit y> facilement , et qu'elle le souhaitoit beaucoup • » parce que la circonstance d'une femme seule , » lorsque les témoignages n'étoient pas aussi cer* » tains qu'ils le soùl ici , étoit ordinairement pour » elle un sujet d'exception. -

)) Si vous n'approuvez aucun de ces logements, 9> il né faut pas douter qu'on n'en puisse trouver de » beaucoup plus beaux dans d'autres quartiers , sur^ » tout vers les nouvelles placés. Madame Doleman , >) to seeur et ijaoi, nous vou^ offrons, dans notre « maison d'Uxbridge, touties les commodités qui y> dépendront de nous , et pour votre chère moitié 50 et pour vous-même, si vous jouissez du bonheur 9 que nous vous désirons , ep attebdânt que vous ^y soyez parfaitement établis.

» Je ne dois pas oublier que l'appartement dti ^> mercier, dans la rue de Cecîl, et celui* de la 3> veuve, dans la rue de Douvres, peuvent être prêts -» en avertissant la veille. Ne doutez pas, Monsieur » et cher ami, du zèle et de l'affection avec lesquels j> je suis, été.

)» Tho. DQ£.£I^AN^.

Uiq . HISTOIRE

Tous jugeresft aiséa^ent, ma chère, après avoir la celte lettre, pour leqjUel de ce» logements je ine sxm déterminée. Mais, vpalant mettre. M^ Lovc^e k répreuve , sur un point qui me paroît demander beaucoup de circonspection^ j'ai d'abord affecté de préférer celui de la rue de Norfolk, par la raison même qui fait craindre à l'écrivain qu'il ue soit pa(^ de mon goût; c'est-à-dire parce qu'il est proche de la Cité. Je ne vois rien à redouter, lui ai-je dit) dans le voisijaage d'uuç ville 9iu6$i hïëa gouvernée qu'on représente Londres ; et j^ ne sais même s'ii ne seroit paspluB à. propos de me loger au centre, /que dans les faubourgs, dont on ne parle p^ $i Avantageusement. Fsfl, paru pençber ensuite. p<yur l'appartemeqt de la rue Cecil ; ensuite poi^r celui du mercier. Mais il ne- s'est déclaré pour.aucua^ et lorsque je lui ai demandé son siraliment sur :Qeliw de la rue de Douvi^, il m'a dit^qu'il.lc jugeoit l^ ]>lu$ commode, et le plus convenabl^^ à mon goùt^ fuais qu'osant se flatter que je n'y ferons pasiugi Iqv^ séjour , il ne savoit pas auquel il devoit donner ^

' Je ipe suis fixée alors à celui de la veuve; et surr jle-cham'p il a marqué ma résolution à M. Dolemaq.;, avec des remercî^ietits de ma pdrt pour ses oSref» oblii^eantes. ■ . . <

J'ai fait retenir la salle à manger , ^rne chambre de lit^ le cabinet C4?Qlkj^ ^^ propose de faire beau-

DE GliARISSE. ^ ,a4i

coup d^usage, si je passe quelque temps cbez la veuve) et une chambre de domestique. Notre des^- Sein est de partir samedi* La maladie de la pauvre Hannah me dérange beaucoup. Mais^ comme dit M, Lovelace, je puis m'accommoder avec la veuve pour unefemme-de-chambre, jusqu'à ce que Hannah soit mieux, ou que j'en trouve une à mon grë; et vous savez que je n'ai pas besoin d'une grosse suite.

M. Lovelace m'a donné , de son propre mouvement, cinq guinées pour la pauvre Hannah. Je vous les envoyé sous cette enveloppe. Prenez la peine de les lui faire porter , et de lui apprendre de quelle main lui vient ce présent. Il m'a beaucoup obligée par cette petite marque d'attention. En vérité, j'ai meilleure opinion dé lui, depuis qu'il m'a proposé de rappeler cette fille.

Je viens de recevoir une autre marque de sou attention. Il est venu me dire qu'après y avoir pense mieux, il ne jugeoit pas que je dusse partir sans une femme à ma suite, ne fût-ce que pour l'apparence, aux yeux de la veuve et de ses deux nièces^ qui, suivant le récit de M. Doleman, sont dans une situajion fort aisée; sur^tout lorsqu'exigeant qu'il me quitte si tôt après notre arrivée, je dois me trouver seule entre des étranger». Il m'a conseillé

Prévost. Tome XXI. l6

s4a HISTOIll£

de prendre, pour quelque temps, une des deux servantes de madame Sorlings, ou de lui demander une de ses filles. Si je choisissois le second de ces deux partis, il ne doutoit pas, m'a-t-il dit, que Fune ou Pautre des deux jeunes Sorlings n'embrassât volontiers Poccasion de voir un peu les curiosités de la ville; sans compter qu'elle seroit plus propre qu'une servante commune à me tenir compagnie, lorsque je voudrois les voir moi-même.

Je lui ai répondu, comme auparavant, que les servantes de madame Sorlings et ses deux filles étoient également nécessaires dans leurs offices, et que Pabsence d'un domestique ne pouvôit causer que de l'embarras dans une ferme; qu'à l'égard des curiosités de Londres, je ne penserois pas si tôt à me procurer ces amusements , et que je n'avoîs pas besoin, par conséquent, de compagne pour le dehors.

A-présent, ma chère, de peur que, dans une situation aussi variable que la mienne, il ne survienne quelque chose de nuisible à mes espérances, qui n'ont point encore été si flatteuses depuis que j'ai quitté le château d'Harlove , je vais observer plus que jamais la conduite et les sentiments de mon guide.

Clarisse Hakloyïu

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