‹ Œuvres choisies de Prévost avec figures (volume 2)Chapitre 30 sur 60 · LETTRE CXXX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXX

. Jfiés HofFB à miss Cljrissjb jEi4fLUoriE.*

JW A mèi-e t^efase d'accepter votfè boifdition/ <^hèrO amie. Je la hii ai proposée comme de iùei; mais leé Harloves (pardonnez Pexpression) possèdent rfbso-^ lùmerit son esprit. C'est un trait de mon invention y tn'a-t-elle dit, pour l'engager dans vos intérêts contre votre famille : elle me défie dfe la surprendre. Ayez moins d'inquiétude sur ce qui ildus regarde, elle et moi ; je vous le recommande encore: Nou$ tious arrangerons fort bien ensemble. Tantôt une ijuerelle, tantôt un raccommodement : c'est une ancienne habitude, qui a commencé Rivant (pfîl f&t question de vous. •

" Cependant je vous fais des remercîmerits siircèreà )pour chaque lighe de vos trois dernières lettres \ que je me propose de relire attentivement lorsque teta bile sera prête à s'échauflPer. Je ne tous dissîmute point que f ai im peu re^mbé à la p'reïnière lecttire ; mais chaque fois que je là recommence , je iwms croître pour vous^ s'il est po^dâblie, mitcûdresse «t ma vénération. - * "s.

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•Pai nëanmoms un avantage sur vous, que je eon* serverai dans cette lettre et dans toutes celles que \t vous écrirai à Pavenir ; c'est qu'en vous traitant avec la même Kberté^ |e ne croirai jamais que ma franchise ait besoin d'apologie. J'attribue cet efiet à la douceur de votre naturel, et à quelques petites réflexions que je ne laisse pas de faire, en passant, sur la vivacité du mien. Il faut que je vous dise une ^h mon sentiment sur l'uu et l'autre. Vous ét^ persuadée, 4apa chère , que la douceur n'est pas uu; défaut daiis une femme; et moi je tiens qu'un peut ^e chaleur, juste et bien placée , n'en est pas un non. plus. Au fond, c'est louer, des deux côtés, ce que nous ne pouvons et ce que nous ne désirons peutêtre- pas de pouvoir empêcher. Il ne vous est pas plus libre de sortir de votre caractère, qu'à moi de renoncer au mien. Il.&udroit que l'une et l'autre se fissent violence. Ainsi nous approuver, chacune de ootre côté, dans l'état qui nous est propre, c'est transformer la nécessité en vertu. Mais j'observerai .que si votre caractère et le mien étoient peints exactep^ient, le mien paroîtroit le plus naturel. Une beQe peinture demande également des lumières et des ombres. La vôtre seroit environnée de tant d'éclat et de gloire, qu'elle éblouiroit à-^la-vérité les yeux ; mais die feroit perdre courage à ceux qui voudrqient l'imiter. PuÎ3se, ma. chère, puisse yotre douceur ne vous exposer à rien de fâcheux , de la part d'un

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monde qui n'est pas capable d'en sentir te prix ! Pour moi, dont la pétulance sait écarter ceux qui chercberolent k me nuire, )e m'en trouve si bien y qu'en reconnoissant que ce caractère est moins »-^ mable, je ne voudrois pas le changer pour le vôtre.

Je me croirois inexcusable d'ouvrir la bouche pour contredire ma mère , si j'avois affaire à un esprit t^el que le vôtre. Ls^ vérité, ma chère, est ennemie des déguisements* Cest pour les caractères xiobles et ouverts que }e réserve mes louanges. Si chacun avoit le même courage^ c'est--à-dire celui de blâmer ce qui mérite du blâme, et de ne louer que ^e qui est digne de l'être, vous verriez qu'au défaut de principes et de conviction, la honte corrigeroit le monde; et que, dans une ou deui générations^ peut-être , la honte introduiront des principes. Ne me demandez pas â qui j'applique cette réflexion ; car je vous redoute, ma chère , presqu'autant que je vous aime.

Bien ne m'empêchera néanmoins devons pi*oaver, par un noiîivd exemple, qu'il n'y a que les bdles âmes qui méritent une obéissance impliâte* La vérité, comm&j'ai dit, est ennemie de^ toutes sortes de fard.

M. Hickman est, à votre avis^ un homme roo* deste ; mais la modestie a quelquefois ses inconvé^ nients« ( Nous examinerons bientôt, ma chère, tout ce que vcms me dites de cet honnête persoanagei.)

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n o'a pas 'manqué de me remettrevotre dernier paquet en mains propres, avec une beOe révérence pt Vdir dVp homme fort conleni de lui-même. MaK hlBureusement eet air de satisfaction n'étoii pas ai-^ cor0 passé , lorsque ma mère , entrant tout-d'un^ coup , s'est ég^lfm^ni aperçue et de la joie qui parois^t sur son visage , et du mouvement que j'ai fait pour caeher le paquet dans mon sân.. Elle ne ^'est p^ trompée duos ses conjectures. Lorsque la Dolère a féusâ à eertaines personnes, vous les voyei^ toujours ^ «Mère , ou cherchant Foccasion d'en 2narquer. EH^ep! M*Hickman, ehbien^lNancyî c'est encore une lettre qu'on a la hardiesse d'apport tm* et de reeevoir I Là , votre homme modeste s'est trahi plus que jamais , par son embarras et par ses^ 4i9Q0urs i^tef rompus. H ne savoit s'il dev^t sortir, et me laisser vider la querelle avec ma mère ; ou s'il 4evoit tenir bon, pour être témoin du combat. J'ai dédaigné d'avoir recours au mensonge. Ma mère sf^ retira foiTiiisq^^ement ; et je ne m^exk suis pas jQnoins approcdbée d'une fenêtre, pour ouvrir le par qijvet, laifi^Wt à M*«Hickman la liberté d'exercé ses d^nts; blaiïeh^ sur l'ongle de son pouce.

Après avoir lu vos lettres , je suis allée chercher h^rdîmeot msi mère. Je lui ai rendu compte de vo& ^én^eui^ sentiments , et du désir que vous aviez de vous 'eonfbrmer à ses volontés. Je lui ai propoiaé vQtre eoQ<ËtiQn , comme de luoi-meme. Elle V^ rer

}6tée. Elle ne doutoit pas , m'a-t-elle dit , qu'il ae ^ f ît d'admirabJesi portraits d'dle, entre deux jaunes créatures qui oot plus d'esprit que de prudence. Au-lieu d'être touchée de votre gçiiérosit^ , elle n% fait usage de votre opinion que poui^ se. içonfirmer dans la sienne. Elle m'a raoïouv^ ^ défense,^ ^^J joignant Tordre de ne vous écrire que. pour vou$ en informer. Cette résolution y a-t-eUe ajouté , ne^ changera point pjsqu'à ee que vous soyez réconcilié^ avec vos proches. Elle m'a fait entendre qu'elle s'y étoit engagée y et qu'elle coipptoit 9ur xasi soumi»^ sion.

Je me sui^ souvenue betpf^is^iient de vps r^ proches,, et j'ai pris un air l^umble, quoique chagrin» Mais je vous déclare, ma chère^qu'^us^ long* temps que je pouri'ai me rendre témoigiiage de l'innocence de mes intuitions y et que je serai convaincue qu'il n'y a que de bons effets k 9e projoiettr^ de notre correapondance; ws^loi^emps qu'il mf^ restera dans, la mémoire, qa^ celte défende vient de (a même source que. toutes vos difigraces^ ^lussi long* temps que je saurai., comme je le sçis, €|ue ce^ n'est pas votre faute si vos amis ne se réconcjJient point avec vous, et qute vous leur faites des offres que l'bcNDineur et la r^on ne leur f>ermettent pas de refuser ; toute la déférence que j'ai pour votre jugement , et pour vos excdlefites leçops , qui poa~ viendroient presqu'à tous les c^sdiffêreots-du votre,

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n'empêchera pas que je n'insiste sur la oontinuâiioq de notre commerce, et que ]e n'exige dans vos lettres le même détail que si cette défense n'avoit jamais été poitée.

Il n'entre aucune humeur, aucune perversité, *4ans ce que j'éeris. Je ne puis vous exprimer combien mon cce^r est intéressé à votre situation. £i^ un mot, vous devez me permettre de penser que, si je suis assez heureuse pour vous être utile pa^r mes , lettres, la défense de ma mère ne sera jamais si bien justifiée que ma constance à vous écrire.

Cependant, pour vous satisfaire autant qu'il m'est possible, je me priverai, en partie, d'une satirfaction si chère, et je bornerai mes réponses, pendant Yinterdit^ aux occasions où mes principes d'amitié, me les feront juger indispensables.

L'expédient d'employer lamaind'Hickman (voicir lé tour de votre homme ^modesiej^ ma dbère; et comme vgtis aimez la modestie dans son sexe, je m'efforcerai de le tenir dans un juste éloignement, pour lui conserver votre estime}; cet expédient, dis-je, est un petit piège dans lequel j« ne donn^pas aisément. L'intention de ma tendre amie est de rendre cet homme-là de quelque importance à mes yeux. La correspondance ira son train , quels que^ soient vos scrupules*; c'est de quoi je puis^ vous as^ surer. Ainsi, votre proposition en faveur d'EBckr. K\9n devient mutile. Yons If dvrai^je? Je crois qi»e

BB CliARISSE. fiSl

o^t assez cPhonneur pour lui d'être nommé si sou-* vent dans nos lettres. La confiance que nous oonr tinuerons de lui accorder suffira pour le faire marcher la tête plus haute, en étendant sa main blanche et faisant briller son beau diamant. Il ne manquera pas de faire valoir ses services, et la gloire qu'il y attache, et sa diligence, et sa fidélité, et ses inventions pour garder notre secret , et ses excuses, et ses évasions avec ma mère , lorsqu'elle le presse de par* 1er ; avec cinquante et qu'il aura l'art de coudre en-* semble. Ne sera-ce pas d'ailleurs un prétexte pour faire sa cour plus assidûment que jamais à la char^ jnante Gïhdk la bonne madame Hov^e?

Mais l'admettre dans mon cabinet, tête à têle avec moi , aussi souvent que je souhaiterois*de vous écrire ; moi , seulement pour dicter à sa plume ; ma mère supposant, dans l'intervalle, que je commence à prendre sérieusement de l'amour pour lui; le rendre maître de mes s^itiments, et comme de mon cœur, lorsque je vous écrirois; en vérité, ma chère, il n'en sera rien. Quand je serois mariée au premier homme d'Angleterre , je ne lui ferois pas l'hon-r pem- de lui accorder la communication de mes corl'e^KHidaficesv Non, non , c'est assez pour un Hickman de pouvoir se Confier de la qualité de notre agent, et de voir son nom sur l'adresse de. nos lettres^ N'ayeaj. point d'embarras ; tout modeste que yous le croyez, il s^ra tirer parti de cette^faveur^

tS% HISTOIEIB

Tous me Uamez sans cesse de manquer de g^ nérosité pour lui , et d'abuser du pouvoir. Mais je vous proteste, ma chère, que )e ne puis faire autre* ment. De grâce, permettez que j'étende un peu mes plumes et que je me fasse quelquefois redouter. C'est ^ mon temps ^ voyez -tous; car il ne seroit pas plus honoraUe pour moi que pour lui , de prendre ces <iirs4à quand je serai sa femme. Il ressent une joie , lorsqu'il me voit contente de lui , qu'il n'anroit pas si mon mécontentement ne lui causoit du ^agrin.

Ssr^ez-vous à quoi je serois exposée , si je ne le faisoispas quelquefois trembler? Il s'e£Porceroit lui-même de se faire craindre. Tous les animaux de la création sont plus ou moins, entre eux, dans l'état d'hostilité. Le loup, qui prend la fuite devant un lion , dévorera un mouton le moment d'après. Je me souviens d'avoir été un jour si piquée contre un poulet qui en becquetoit continuellement un autre ( un pauvre petit agneau , comme je me l'imagmois) , que, dans un mouvement d'humanité, je fis prendre l'offenseur et je lui fis tordre le cou. Qu^arriva-^-îl après cette exécution ? L'autre devint insolent Misr sitôt quHl se vit délivré de son persécuteur, et je le vis becqueter à son tour un où deux autres pou*^ têts jJusfoibles que lui. Ils mériteroient tous d'être étranglés, m'écriai- je; ou pluiàt, j'aurois auspi bien Ëiit de pardonner au premier, car je voîg^ que c'est h nature de l'e^èce.

BE CliARX&SE. ' a83

Batrdoiinez mes extravagances. Si fétois avec

vous , je vous arracherois quelquefois un sourire ^

comme il m'est arrivé cent fois au milieu de vos airs

les plus graves. Ah! que n'aves-vous accoté Poffre

queje vousfâisois de vous accompagner! Mais voua

êtes révoltée contre tout ce que je puis vous offrir.

Prenez-y garde ; vous me âcherez opntre vous : et

lorsque je suis (àcbée , vous savez qq.e je ne m^nag^

personne. Il m'est aussi impossible de n'être pas uq

peu impertinente, que de cesser d'être votre tendre

et fidèle amie,

Annb Hqwe.

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