LETTRE CXXXII
M. LovELJCB à M. Belford.
Vendredi ai ayril.
JL/sjDf JT^iTR supprime encore dans cette lettre^ tout ce qui. ne parait rqit qu'une répétition de la précédente. Mais ild cru devoirconsejver quelques détails de la confusion de Clarisse, dans lesquels il n'est pas surprenant qu'elle ne soit pas entrée elle-même y à V occasion des offres deM> Lovelace.
Ici y Belford, que diras-tu si ton ami'^ comme un papillon qui cherche sa rpine autour d'un flambeau, ayoit failli brûler les ailes de sa liberté? Jamais ui^ homme ne fut en plus grand danger d'être pris dans ses propres pièges, de voir toutes ses vues renversées, tous ses projets inutiles; sans avoir conduit l'admir rable Clarisse à Londres , et sans avoir fait un effort pour découvrir si c'est réellement un ange ou un^ femme.
Je me suis offert à elle, avec si peu de^préparalion , à-la-vérité, qu'dUe n'a pas eu le temps de ^&ar
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espérances se fondent sur l'opinion que vous n'e l'êtes pas. Ah ! daignez l'être. Je vous en conjure à vos pieds. Nous aurons alors tout le monde pour nous; et l'on s'empressera d'applaudir à un évéue* ment qui #t attendu de tout le monde.
A vois- je le diable au corps? Je ne penscHS non plus à cette impertinente extase, qu'à voler au même moment dans Fair. Cette merveillecise fille est toute puissante ! Ce n'^t pas elle , à ce compte , c'est moi qui dois succomber dans la grande épreuve.
Avois-tu jamais entendu dire qu'on eût prondncé des serments solennels, par une impulsion involon^ taire, en dépit d'une résolution préméditée et des plus oi^eilleux sy^êmes? Mais cette charmante créature est capable de faire renoncer un barbare à toute intention de lui nuire ou de lui déplaire : et je crois véritablement que je serois disposé à lui épai^er toute nouvelle épreuve (on ne peut pas dire même qu'il y en ait eu jusqu'à^présent), s'il n'étoit question d'une sorte de contention que sa vigilance a fait naître centre nous, et qui consiste à savoir fiequel^des deux vaincra l'autre. Tu sais quelle est ma générosité quand on ne me dispute rien.
Fort bien.; mais à quoi m'a conduit. mon aveugle impidsioU'? Ne t'imaginerois-tu pas que j'ai été pris au mot? Une offre prononcée si solenndlement , et même à genoux,. BeUbrdJ - ' ^ J^ien moins. La petite badine m'a laissé échapper
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avec toute la facilité que j'aurois pu désirer. Le projet de son frère, le désespoir d'une réconciliation , la crainte des mallieureux accidents qu^ peuvent arriver, ont été les causes auxquelles il lui a plu d'attribuer sa confusion ; sans que mon offre ni Famour y aient eu la moindre part. Qu'en dis-tu? fti^rder notre mariage comme sa seconde re»fiource; et me dire, du-mpins en équivalent, que sa confusion est venue de la crainte que mes ennemis n'acceptent pas l'offre qu'elle vçut leur faire, de renoncer à un bomme qui a risqué sa vie pour elle, et qui est prêt encore à s'exposer au même danger !
J'ai recommencé à la presser de me rendre beureux; mais elle m'a remis après l'arrivée de son Qouâo Morden. C'est en lui qu'elle met à-prés^i^ toutes ses espérances.
. J'ai paru fuiieux , mais inutilement. On devoit écrire , ou l'on avoit écrit , uaç seconde lettre à la tante Hervey ; et l'cm se promettoit une réponse.
Cependant , cher ami , je crois que les délais auroientpu diminuer par degrés, si j'avois été homme de courage. Mais que faire avec tant de peur d'of-^ fenser?... Le diable n'est pas pire. Un galant si ti-< mide! Une princesse qui exige des soins si réguliers! Comment s'accorder jamais ensemble; sur-tout sans le secours d'une obligeante médiation? Il est rare néanmoins, diable! Belford , il est rare qu'un amour si ardent se trouve dans le même qœur avec tant de
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VésigoalioD. Le véritableamour^ j'en suis conyaincu â-présenl j se borne aux désirs. Il n'a point d'autre volonté que celle de l'adorable objet.
La charmante personne ! Revenir encore d'ellemême à me parler de Londres } Si par hazard le , complot de Singleton avoit été de mon invention , je n'aurois pu solihaiter de plus heureux expédient pour hâter son départ. Elle l'avoit différé, je ne saurois deviner' pourquoi. i
Tu trouveras sous cette enveloppe la lettre de Joseph Léman /dont je t'ai parlé dans la mienne de lundi dernier, et ma profonde réponse à cette lettre. Je ne puis résistera la vanité qui m'excite à ces communications. Sans une raison û forte, il seroit peutêtre mieux de te laisser penser que Fétoile de la belle combat contre elle , et dispose des occasions à m'oiî avantage ; quoiqu'dles soient l'unique effet dé ihon iavention sU{)erieure. * ' *• ■ ''
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