LETTRE CXXXIII
JOSSPB LÉMAN à M. LorEJJjtCS.
16 avril.
jf i informe M. Lovelace de la persécution à laquelle ses maîtres se préparent contre Jui, pour le rapt de miss Betterton^ qu^il apoit enlevée à sa famille y et qui^ étant morte en couches ^ avait laissé un enfant de lui, encore vivant y dont on raccusoit de ne prendre aucun soin. Joseph lui apprend, auec sa simplicité ordinaire, qile ses» maîtres donnent le, nom d'infâme à cette aven-* ture ; mais il espère, dit-il, que Dieu ne per-^ mettra pas qu^elle le soit, quoiqu^ on publie que^ M. Ltovelace a été obligé de quitter le royaume pour se mettre à couvert, et que le désir de voyager n^a été qu^ un prétexte. Il ajoute que c^est une des histoires^ que M. Solmes auroit souhaité, de pouuoir raconter à mademoiselle Clarisse, si elle avait été disposée à lécouter.
Il prie M. Lovelace de lui avouer si cette affaire peut mettre sa vie en danger; et, par l'affection qu'il lui porte, il souhaite qu'il ne soit pas pendu, comme, un homme du commun, mais qu'il n'ait que la lête^ coupée ; ejt qu'il ait la bonté de se souvenir de lui:
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ayant la sentence, parce qu'il a entendu dire que tous les biens des criminels appartiennent au roi ou à la justice.
n lui marque que le capitaine Singleton est sou-' vent en conférence secrette avec son jeune maître et sa jeune maîtresse, et que son jeune maître a dit, en sa présence, au capitaine, que son sang bouillait pour la vengeance^ qu'en même-temps, son jeune maître a fait l'éloge de lui , Joseph , en vantant au capitaine sa fidélité et son entendement. Ensuite il offre ses services à M. Lovelace, pour prévenir les accidents ficheux , et pour mériter sa protection , dans la vue qu'il a de prendre l'hôtellerie de VOurs bleu, dont on lui a dit beaucoup de bien. Ce n'est pas tout, ajoute-t-il : la Jolie ourse, c'est-à-dire Betty Barnes, lui roule aussi dans la tête. Il espère qu'il pourra l'aimer plus que M. Lovdace ne voudroit, parce qu'eUe commence à lui paroître de bonne humeur, et à l'écouter avec plaisir lorsqu'il parle de VOurs bleu; comme si elle étoit déjà , dit-il, pour continuer la figure, au milieu derVorgeetdes fèves. Il demande pardon, là-dessus, pour ce bon mot qui lui échappe ; parce que , tout pauvre qu'il est , iJ a toujours aimé l'agréable plaisanterie. , Il dit que sa conscience lui reproche quelquefois ce qu'il a fait ; et qu'il croit que , sans les histoires que M. liovelace lui a fait raconter dans la famille, il atlroit été impossible que le père et la mère
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eussent eu le cœur si dur; quoique M. James et mademoiselle Arabelle ayent beaucoup de malice* Ce qui lui paroît le pire, c'est que M^ et madame Harlove ne pourront jamais bien éclaircir les affaires avec mademoiselle Clarisse, parce qu'ils croyent que toutes ces histoires sont venues de la bouche du valet-de-chambre de M. Lovelace. Il se gardera bien de les détromper, de peur, dit-il, que M. Lo- Velace ne tue son valet-de-chambre, et lui aussi, pour rejeter leur mort sur ceux qui ont commence à vouloir les corrompre. Cependant il craint bien, dans le fond, de n'être qu'un misérable. Mais il n'en a jamais eu l'intention.
Il espère aussi , que â sa très-chère et très^^hono^ rée jeune maîtresse, mademoiselle Clarisse, selais^ soit aller à mal , M. Lovelace voudra bien se souvenir de l'abreuvoir de YOurs bleu *. Mais il prie le ciel de le préserver de toute mauvaise vue, comme de toute mauvaise action. N'étant pas encore fort vieux, il espère qu'il aura le temps de se repentir, s'il pèche par ignorance : et puis, M. Lovelace est un homme de grande qualité et de grand esprit, qui est capable de répondre de tout, pour un pauvre domestique tel que son très-humble et très-fidèle serviteur,
Joseph Léman.
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* Dans la plupart des bourgs d'Angleterre , il y a une sorte d< ymer, qui sert d''abreuToir , q^ l'ancien usage est de plonger 1«|' f«mnes scandaleuses.
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