LETTRE CXXXIV
M. LoVELACB à Joseph Lémait.
i7aTril.
IfjLm LorELJCE,' donne carrière ^ dans cette lettre, à sa folle imagination. Il commence par expliquer d Joseph ^affaire de miss JSetterton , qui ^n' est' y dit-il, qu^ une folie dé jeunesse. Iln^y a point de rapt dans le cas. Ses voyages n*/y ont, point eu de rapport. Jl étoit aimé de cette jeune personne , qu*il aimoit aussi. Elle n^étoit que la fille d*un bourgeois enrichi, qui apoit des vues^ d^'agrandissement , et qui s^ étoit prêté , par cette raison, aux commencements de V intrigue. Pour lui, il n'avoit jamais parlé de mariage au père ni à la fille. Tous lès parents , à-la-vérité , au-, roient voulu qu^elle se fût jointe à eux pour l'attaquer en justice ^ et c^ étoit à leur barbarie qu^elle avoit dû sa mort, après avoir refusé d^ entrer dans leurs ressentiments. Le petit- gar-^ çon, étoit fort joli, et ne faisoit pas déshonneur d son père. Il V avoit vu deux fois , à l^insu d'une tante qui en prehoit soin, et son intention étoit de pourvoir asph établissement. Toute cette fa-^
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mille ^toit folle de Veiifant y qUoiqu^élh eût la méchanceté de maudire le père.
n apprend à Joseph quelles sont ses règles en amour : ce d'éviter les femmes publiques; de marier » une maîtresse qu'il quitte, avant que d'en prendre 1^ une autre; de mettre la mère à couvert du be^ » soin, lorsqu'elle a des parents cruels; de prendre » grand soin d'elle dans ses couches; de pourvoir )) à la fortunedu petit, suivant la condition delà )) mère; et de prendre le deuil pour elle, si elle » meurt en travail. Il défîe Joseph de trouver quel^ ». qu'un, qui s'acquitte de ces devoirs avec plus )) d'honneur. Est- il surprenant, dit -il, que les y> femmes ayent tant d'inclination pour lui J> ?
Il n'a rien à craindre de cette aventure^ ni pour sa tête, ni pour son cou. a Une femme .Qiorte en » couche, il y a dix-huit mois; point de. procès , y> commencé pendant sa vie ; un refus avéré d'en- 7> trer dans les poursuites; voilà de jolies raisons ^ D> Joseph, pour fonder une accusation de rapt! Je » répète que je l'aimois ; elle me fut enlevée par ses y> brutaux de parents, dans l'ardeur die ma pasy> siou.... Mais c'est parler assez delà chère miss Bèt- » lerton. Chère, en vérité; car la mort rend une » femme encore plus chère. Que le ciel fasse paix » à ses cendres ! Ici, Joseph , je donne uù profond » soupir à la mémoire de miss Betterion )U Il loue le goût de Joseph pour les bons mots.
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<c La plaisanterie, dil-il f convient plus aui pau- » vres que les gémissements. Tout ce qui arrive » dans )ô monde n'est-il pas un sujet de plaisanterie ? » Quiconque ne le prend pas sur ce ton est un im- )> bécille , qui pe sait pas regarder les choses du y> bon côté. Celui qui condamne la joie dans un » pauvre, mérite de n'en ressentir jamais ».
Il applaudit à raffectioji de Joseph pour sa jeune et incomparable maîtresse. Il vante ses propres sentîmmits pour elle , et ses honorables intentions. Sa parole est un gage sacré; et là-dessus il en appelle à lui : a Vous savez, Joseph, lui dit-il, qu'avec >> moi les efiets surpassent les promesses. Pourquoi ? y> parce que c'est k meilleure façon de montrer D que je n'ai pas l'ame chiche et étroite. Un homme » juste tient sa promesse. Un homme généreux » passe au-delà. Telle est ma règle ».
Il rejette sur miss Clarisse le délai de leur mariage , en gémissant de l'éloîgnement où elle le tient, et l'attribuant à miss Hovre, qui lui inspire , dit-il, des défiances continuelles; il ajoute que c'est la raison qui l'oblige à se servir de lui, pour faire agir les Harloves sur l'esprit de madame Hovve.
H prend ensuite avantage des ouvertures de Joseph , à l'occasion des conférences secrettes du ca^^ pitaine Siugleton avec M. James Harlove : ce Ptii&- » que le capitaine, lui dit-il, qui se fie au témor- ^ gaage de James, a pris une si bonne opinion de
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y> vous, ne pourricz-vous , en feignant beaucoup ô) de haine pour moi, proposer à Singleton d'offrir » à M. James, qui a tant de passion pour la ven- » geance, le secours de toutes ses forces, c'est-à- » dire son vaisseau et son équipage , pour enlever » sa sœur , et la transporter à Leitb , où ils ont tous » deux leurs établissements ?
» Vous pouvezleur dire que, si ce projet réussit, » c'est le moyen de me réduire au désespoir et de » faire entrer mademoiselle Clarisse dans toutes » leurs mesures. Vous pouvez les Informer, comme » sur fe témoignage de mon valet-de-chambre, dé » la distance où elle me tient d'elle, dans l'espoir » d'obtenir grâce de son père en renonçant à moi, y> si l'on insiste sur ce sacrifice; leur dire que le seul » point dont mon valet-de-chambre vous ait fait un » mystère, étant le lieu de notre retraite, vous ne >^ doutez pas qu'avec quelques guinées, vous ne )) puissiez tirer de lui cet éclaircissement, et des y> lumières certaines sur le temps t>ù je poùrroîs y> m'éloigner d'elle, afin qu'ils trouvent plus de fa- » cilité dans leur entreprise; leur dire encore, et » toujours comme de mon valet, que nous sommes » à la veille de changer de logement (ce qui est » vrai, mon cher Joseph), et que mes affaires m'o- » bligent souvent de m'absenter ».
S'ils ouvrent l'oreille à votre proposition, vous* vous ferez un mérite auprès de Betty , en la lui com- *
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muniquatat sous le secret. Betty fera la même cob-' fidence à miss, ArabeUe^ qui, embrassant avec joie toutes les occasions de vengeance, ne manquera point d'en instruire son oncle Antonin, si elle n'ia .pas été prévenue par son frère. M. Antonin Har^ love se hâtera probablement de porter cette décou^ verte à madame Howe, qui ne la cachera point a sa fille, quoiqu'dUes soient toujours assez mal en7
semble. Sa fille l'écrira aussitôt à ma chère miss Clarisse : et, si le complot ne vient point à mes oreilles par quelqu'une tle c^ voies, vous me l'écrirez, comme en secret, sous prétexte de prévenir toutes sortes de désastres; ce qui fait, comme vous savez, l'objet de tous vos soins et des miens. Alors je ferai voir votre lettre à ma chère miss. Alors sa confiance augmentera pour moi, et me convaincra de son amour, dont je suis quelquefois tenté de douter. Elle se hâtera de choisir un logement plus sûr. J'aurai \jf^ prétexte pour demeurer près d'elle., qui sera de lui servir de garde. Elle verra clairement qu'il ne lui reste aucune espérance de réconcOiatiou. Vous donnerez continuellement à James et à Singleton de faux avis, que j'aurai soin de vous fournir; de sorte qu'il n'y aura rien de fâcheux à redouter.
Et quelle sera l'heureuse, heureuse et triplement heureuse conséquence? Notre chère miss deviendra ma femme, par des voies honorables. La bonne intelligence sera bientôt rétablie entre ses parepts et
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les'mieiis. Dix guinées, sur lesquelles vous pouvea compter régulièrement, tripleront tos gages dans' cette avare famille. Votre réputation de prudence et de courage se répandra dans la bouche de tout le monde. . . . L/Ours bleu ne vous manquer» pas nonplus ; et, si vous jugez à proposquelqu&jour de l'acquérir en propre , vos amis ne vous laisseront pa» dans rembarras pour la somme. Je parie que ce dé-' tail est déjà clair à vos propres yeux : car Betty croii^a sa fortune faite en* devenant votre feinmej tousjdeux, j'en siiis sûr, vous avez eu la prudence d'épargner quelque chose; la famille des Harloves, que vous avez servie si fidèlement (car c'est l'avoir bien servie, sans doute, que d'avoir détourné les. malheurs que la violence du fils aurait attirés sur die ) , ne peut manquer , avec honneur , de fouraiv quâque' chose pour votre établissement; j'ajouterai plus que vous ne pensez, à votre petit trésor. Ainsi vous ne devez voir devant vous que du repos^ de l'honneur et de l'abondance.
Chantez de )oie, Jos^h, chantez. Un fumi^ dont vous sei*ez le maître; des domestiques qizi vous serviront à vôtre tour; une femme, qù'H dé-^ penidra de vous d'akner , ou de querdler , comme l'envie vous en prendra ; monsieur VMtiB^ k chaque mot;, être payé pQur fiôre bonne chère, au-lieu de donner du vôtre : heureux ainsi, non -seulement dâj;^ voQS^niéme, mais encore dâqs auinn^ pa^ U
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réeoQCÎlmtiofi et la tranquillité de deux bonnes familles, Sjans nuire à une seule ame chrétienne : O Jo* seph! honnête Joseph! que vous aurez de jaloux! Qui feroit le dégoûté avec une si belle perspectiye devant les yeux?
Ce que je vous propose aujourd'hui couronne irotre ouvrage. Si vous pouvez leur faire seulement former oe dessein, soitqu'ils Fentrq^rennent ou non, vous répondre» également aux bonnes intentions de votre ami irès-aSectionné^
LoyÉiiAC£*